Les deux fondateurs de FouLire, Danielle Lajeunesse et Yvon Brochu

Quinze ans de création pour la jeunesse

Quand on entre chez Yvon Brochu et Danielle Lajeunesse, on comprend très vite comment ils ont su, au fil des 15 ans d’existence de FouLire, donner son sens le plus pur à l’expression maison d’édition.

D’abord, parce qu’ils nous reçoivent chez eux, dans la maison où ils vivent et d’où ils dirigent les activités de leur compagnie. Un endroit discret, lumineux et calme, dans un quartier tranquille des hauteurs de Charlesbourg. «Depuis le début, on a choisi de faire ça de la maison, pour réduire nos coûts fixes et pouvoir mettre toutes les ressources possibles sur nos auteurs et illustrateurs», explique tout de go Yvon Brochu, en nous proposant un café.

Sur la table de la cuisine, des piles de romans jeunesse aux couvertures colorées. Le fruit de la saison en cours, une petite parcelle de la somme considérable d’ouvrages publiés au fil des années. «Nous publions entre 30 et 40 titres chaque année», s’enorgueillit Danielle Lajeunesse. Tout au long de l’entrevue, les deux complices s’interrompent et se complètent. «Danielle s’occupe de la production, moi de l’édition. On se partage ça depuis le début comme ça», explique Yvon Brochu.

FouLire, c’est une aventure qui a commencé il y a 15 ans, quand Yvon Brochu, alors directeur de collection chez Héritage, maintenant Dominique et Compagnie, a eu envie de publier ses histoires crées autour d’un petit chien rigolo, Galoche. Il a réalisé qu’il n’y avait pas vraiment de maison d’édition jeunesse dans le créneau de l’humour. L’idée a commencé à germer, entre sa conjointe et lui, de remplir ce vide, en commençant avec les œuvres d’Yvon Brochu lui-même, illustrées par David Lemelin. FouLire était né.

«En 2002, on ne pensait pas se retrouver avec tous ces livres-là aujourd’hui! On est vraiment heureux, surtout pour nos auteurs. Nous avons plus de 330 publications à notre actif», détaille Yvon Brochu. «On voulait que ce soit le plus accessible possible et faire lire le plus de jeunes possible. Un humour qui fait appel à l’intelligence et l’imaginaire des enfants. Qualité, originalité et accessibilité, ce sont les trois mots-clés qui nous ont toujours guidés», explique Yvon Brochu.

Chiffres probants

Si le créneau était clair dès le départ, le public cible de la maison d’édition, lui, s’est imposé organiquement. «C’était pour répondre aux attentes à l’époque. Les enseignants nous disaient toujours qu’en 5e et 6e année, il manquait des livres pour ces âges-là, qu’il ne leur fallait pas de trop longs romans pour les utiliser en classe, parce qu’il y en avait la moitié qui lisait et l’autre moitié, pas vraiment», poursuit le directeur de l’édition.

D’où l’idée, entre autres, d’une des premières collections, Le trio rigolo, qui rassemblait dans chaque tome trois histoires, écrites par trois auteurs différents, ayant chacun leur personnage, autour d’un même thème. Mon premier baiser, Mon pire party, La honte de ma vie… Il y a aujourd’hui 33 tomes dans la collection, et les fondateurs concoctent une réédition anniversaire, qui rassemblera 10 histoires par personnage, au lieu de par thème. «Ça a eu un grand succès, cette série-là. On en a vendu 175 000 exemplaires», se remémore Danielle Lajeunesse.

Les chiffres sont en effet probants. Depuis 2002, plus d’un million de livres édités chez FouLire ont été vendus. Yvon Brochu et Danielle Lajeunesse collaborent avec 23 auteurs et autant d’illustrateurs, qui ont donné naissance à 32 collections. C’est sans compter le reste de l’équipe qui veille à maintenir le site Web à jour, produire des capsules vidéo, corriger les épreuves, etc.

Quelques livres jeunesse publiés par FouLire

Les deux fondateurs s’enorgueillissent aussi de la fidélité de leurs auteurs, et pas les moindres dans le domaine : Martine Latulippe, Johanne Mercier, François Gravel, Hélène Vachon... Des plumes et des crayons de Québec, mais aussi d’ailleurs dans la province. Yvon Brochu se fait toutefois un point d’honneur d’apporter de nouvelles voix au moulin, comme Jessica Wilcott et Geneviève Dumais, qui ont publié leurs premiers romans chez eux, récemment.

Danielle Lajeunesse revient aussi sur leur méthode particulière, qui tente de mettre en relation le plus possible les auteurs et les illustrateurs. De faire qu’ils se rencontrent physiquement, qu’ils élaborent le projet ensemble. «C’est tellement isolé le monde de l’édition, on veut casser tout ça. Il faut créer des occasions» complète son conjoint.

Chaque année, le couple rassemble tous ses collaborateurs dans la cour arrière, une journée de septembre, pour célébrer les succès de l’année et jeter un coup d’œil à ce qui s’en vient. Des moments qui restent chers au cœur du couple.

Il y a en a beaucoup d’autres, des souvenirs, mais Danielle Lajeunesse a aussi été particulièrement marquée par les premiers ouvrages publiés en couleurs. «C’était quelque chose, nos romans prenaient vraiment vie», se rappelle-t-elle.

Yvon Brochu, lui, garde un souvenir vif d’un congrès de l’Association québécoise des enseignantes et des enseignants du primaire, où les deux acolytes croyaient faire une présentation de leur catalogue devant une dizaine de personnes. «Finalement, on s’est retrouvés dans une grande salle devant 90 personnes, et ça continuait d’entrer dans la salle!» raconte Yvon Brochu. Un jalon important qui leur a signifié qu’ils avançaient dans la bonne direction. «Là, il fallait répondre aux attentes!», ajoute sa complice.

Yvon Brochu et Danielle Lajeunesse préparent d’ailleurs tranquillement leur relève. Ils ont nommé dernièrement l’auteur Patrick Isabelle comme éditeur adjoint, et Amélie Côté comme directrice artistique. «On veut absolument assurer l’avenir de FouLire», insiste la moitié masculine du duo. «Je pense qu’on va toujours être habités par FouLire, c’est clair. On continuera toujours d’être là en soutien. Mais ce qui est intéressant, c’est que dès maintenant, on a des jeunes dans la trentaine qui ont des idées novatrices», poursuit la moitié féminine, sourire en coin, pendant que son conjoint opine. «C’est passionnant ce milieu-là, mais ce n’est pas un métier qui s’apprend à l’école», concluent-ils, presque en chœur.

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EN AVANCE SUR SON TEMPS

Même si les temps changent, FouLire n’a pas adopté le virage vers le livre numérique, une décision bien assumée. Tous ses ouvrages sont imprimés sur du bon vieux papier. «Le livre numérique est une écriture vraiment différente du livre papier. Prendre un livre normal et en faire une copie numérique, il n’y a aucun intérêt pour les enfants», avance Danielle Lajeunesse. «Pour moi, dans le livre jeunesse, le livre numérique est comme anachronique. Un jeune sur une tablette, il veut que ce soit animé. Ça coûte une fortune. Par contre, on utilise beaucoup les technologies pour vendre nos livres et les présenter», nuance Yvon Brochu.
En fait, la parution de premier livre de Galoche, il y a 15 ans, a été aussitôt accompagnée d’un site Web dédié au héros, avec un Coin des profs rempli d’informations et d’activités, rappelle l’éditeur, ce qui n’était pas encore coutume à l’époque. Les premières séries ont ainsi eu chacune un site Web distinct. Maintenant, la collection a tellement grandi que tout est rassemblé au foulire.com.
Derrière chaque livre, un code QR permet d’accéder directement sur un portable à une capsule vidéo reliée au bouquin, le plus souvent impliquant l’auteur. Le site Web recèle aussi différents contenus interactifs et éducatifs. «Dès le début, on était dans la modernité, et on veut le rester», termine M. Brochu.

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La Bande des quatre tome 1

FOULIRE EN QUELQUES SÉRIES

  • Les héros de ma classe

Le projet de l’auteur Jocelyn Boisvert, des Îles-de-la-Madeleine, illustré par Philippe Germain, revisite le concept du livre dont vous êtes le héros, à travers les différents personnages d’une même classe.

  • La bande des quatre

Un projet né de l’imagination de quatre auteurs qui partagent aussi une amitié dans la vie : François Gravel, Martine Latulippe, Johanne Mercier et Alain M. Bergeron. Ils incarnent chacun un aide-moniteur, et le livre reproduit leurs échanges courriels, quand ils se retrouvent séparés après un été au camp. L’illustratrice est Élise Gravel.

  • Muso

Fruit de la collaboration entre l’auteur François Gravel et l’illustrateur de Québec PisHier (Pierre Girard), chaque tome de la collection Muso raconte quatre histoires de la vie d’un petit chien.

  • Gangster

La série qui connaît un grand succès en librairie en ce moment a été concoctée par l’auteure Johanne Mercier et l’illustrateur Denis Goulet. On y suit un chat, Gangster, qui multiplie les exploits… selon sa vision bien personnelle des choses.

Gangster de l'auteure Johanne Mercier et de l'illustrateur Denis Goulet