La mise en scène de Frédéric Blanchette privilégie un efficace minimalisme.

«Quand la pluie s’arrêtera»: dérèglements climato-familiaux

CRITIQUE / Le dérèglement climatique et les conséquences du réchauffement de la planète s’invitent sur la scène du Trident avec la pièce «Quand la pluie s’arrêtera», envoûtante incursion au sein d’univers familiaux dysfonctionnels, par-delà les époques, où les tensions font écho à un déluge métaphorique incapable de laver les péchés des protagonistes.

Qualifiée de «première grande pièce environnementale» par le metteur en scène Frédéric Blanchette, l’adaptation du texte de l’Australien Andrew Bovell  s’ouvre en 2039, sous une pluie battante, façon Blade Runner première version, avec le monologue d’un homme, Gabriel York (Normand D’Amour), terrifié à l’idée de renouer avec ce fils unique qu’il a abandonné à l’âge de 7 ans. Soudain, un poisson tombé du ciel se retrouve à ses pieds… «Le passé est un mystère. Et pourtant, ça risque d’être quand même plus facile à expliquer que le poisson.»

Or, disons-le, cette supposée facilité à décortiquer la suite des choses, avec quatre générations d’une même famille se déployant entre 1959 et 2039, entre deux continents, ne coule pas de source immédiatement. Il faut un certain temps pour se dépatouiller dans l’enchevêtrement de personnages, neuf au total, qui vont et viennent sur la scène.

Dès lors que le ciel s’éclaircit au-dessus de cet arbre généalogique aux ramifications tourmentées, le charme opère et s’installe à demeure. Tout devient plus limpide dans ce chassé-croisé d’âmes meurtries, de pères manquants et de fils manqués, d’enfants non désirés et d’abus impardonnables commis à leur endroit, où chaque génération transmet à la suivante ses manques, ses vides, ses silences, ses carences, son incapacité à communiquer, comme si les erreurs du passé étaient condamnées à se répéter, encore et toujours.

«Avoir rien à dire, c’est aussi avoir tellement de choses à dire qu’on n’ose pas commencer à parler», lance avec beaucoup d’à-propos le personnage d’Elizabeth (Paule Savard), mère de Gabriel Law (David Laurin) et grand-mère de Gabriel York (D’Amour).

La mise en scène de Frédéric Blanchette privilégie un efficace minimalisme. Des cordes formant un voile créent l’illusion de cette pluie apocalyptique qui tombe sans interruption (jusqu’à la dernière seconde, ô surprise), de part et d’autre d’un mur de fenêtres derrière lequel se dessine le brouillard. À son entrée, avec ce qu’il a sous la main, chaque personnage doit se protéger d’une véritable trombe d’eau qui lui tombe dessus. Ingénieux.

La présence d’une ouverture rectangulaire, en plein milieu de la scène, nous fait s’interroger pendant un moment sur sa pertinence jusqu’à ce que tout s’éclaircisse, ce trou noir pouvant être vu comme le dépositaire symbolique des sentiments funestes des personnages.

Quand la pluie finit par s’arrêter, le récit laisse place à un message d’espoir, celui sur l’importance de cesser de fuir son passé, mais plutôt de chercher à le régler. De la même façon qu’il faut éviter de rester les bras croisés face aux changements climatiques, pourrions-nous ajouter…

Quand la pluie s’arrêtera est à l’affiche au Trident jusqu’au 10 février.