A l'occasion des sept ans du Musée Hergé (photo), l'ex-épouse d'Hergé a accepté de lever le voile sur cette facette du dessinateur.

Quand Hergé se rêvait en peintre contemporain

Auteur de bandes dessinées célébre dans le monde entier, Hergé a aussi été tenté par une carrière de peintre contemporain et de collectionneur d'art. Cette face cachée du «père» de Tintin se découvre au Musée Hergé de Louvain-la-Neuve, près de Bruxelles.
«Via cette exposition, on découvre trois facettes d'Hergé: ses propres toiles, une partie de sa collection d'art et les découpages de son dernier album inachevé, Tintin et l'Alph-Art, a expliqué à l'AFP Dominique Maricq, archiviste aux Studios Hergé depuis 20 ans, à l'occasion de son ouverture au public vendredi.
Connu pour «Les Aventures de Tintin et Milou», une série lancée dès 1929, le Belge Georges Remi, dit Hergé (1907-1983), a manifesté dès le début de sa carrière un intérêt pour la création sous toutes ses formes, souligne M. Maricq.
Mais c'est dans les années 1960 que le dessinateur et scénariste songe à s'éloigner de la BD pour se tourner vers la peinture, raconte le directeur éditorial des Éditions Moulinsart, Didier Platteau.
S'évader par la peinture
«Hergé et l'art contemporain, c'est la recherche de cet homme autodidacte qui cherchait à en apprendre toujours plus et à s'échapper de lui-même. Et aussi, un peu, d'une oeuvre qui l'avait envahi», estime Didier Platteau, ancien éditeur de l'artiste chez Casterman.
Après plusieurs dépressions, Hergé «prend du temps pour lui, pour la première fois» grâce à la peinture, témoigne M. Platteau, ancien éditeur de l'artiste chez Casterman.
À cette époque, aux côtés de ses amis Marcel Stal, grand marchand d'art et propriétaire d'une galerie bruxelloise à quelques pas des Studios Hergé, et Pierre Steckxs, critique d'art, Hergé se fait peu à peu une place dans le milieu des collectionneurs d'art contemporain.
Il acquiert des toiles signées Lucio Fontana, Serge Poliakoff, Roy Lichtenstein ou encore Andy Warhol.
Au début des années 60, le théoricien de la «ligne claire» prend des cours chez le peintre abstrait belge Louis Van Lint. Il tente l'aventure de la toile pendant deux ans, avec des compositions influencées par Joan Miro, Paul Klee ou même Van Lint.
Insatisfait de sa production, le dessinateur abandonne toutefois rapidement la peinture et entrepose ses oeuvres dans son grenier.
«Hergé a vu qu'il ne progressait pas. Et il a dit qu'on ne pouvait être bon que dans une chose dans la vie et que pour lui, c'était la BD. Il ne voulait surtout pas devenir un peintre du dimanche», se souvient Didier Platteau.
Il dessinera encore deux albums de Tintin (Vol 714 pour Sydney, en 1968, et Tintin et les Picaros, en 1976), avant d'entreprendre Tintin et l'Alph-Art. Ce 24e album qui sera publié en 1986 sous une forme inachevée, aborde justement le thème de l'art moderne, avec ses galeries, ses marchands et ses faussaires.
Des oeuvres jamais vues
A l'occasion des sept ans du Musée Hergé, l'ex-épouse d'Hergé a accepté de lever le voile sur cette facette du dessinateur.
Pour la première fois, neuf toiles peintes par Hergé et une vingtaine d'oeuvres issues de sa collection privée sont présentées au public.
Soixante-cinq feuillets originaux de Tintin et l'Alph-Art complètent l'exposition.
«On a voulu montrer la genèse de la création. Ce qui est intéressant, c'est de voir le côté spontané du geste de l'artiste. On peut y découvrir ses plans B, alors qu'il ne savait pas très bien où il allait. Ces découpages montrent bien que derrière un album de Tintin, il y a énormément de recherches et de travail», observe Dominique Maricq.