Sur son album Santeboutique, Arno s'inspire de ce qu'il appelle le «bazar», comme Donald Trump ou le Brexit.

Quand Arno fumait «un joint avec Marvin Gaye»

PARIS — «On fumait un joint — ce que je ne fais plus — avec Marvin Gaye en promenade sur la plage à Ostende» (Belgique), se souvient Arno pour l'AFP, évoquant sa ville natale, phare de l'album «Santeboutique», qui sort ce vendredi.

L'anecdote ne figure pas dans Oostende bonsoir, le titre le plus poignant. Mais le fou chantant belge, interrogé sur cette station balnéaire et les tranches de sa vie, se raconte, les yeux rieurs et rêveurs.

Marvin Gaye, figure de la Motown en perdition, a alors besoin de fuir — ses problèmes de drogue dure, d'argent, de couple, etc. — et débarque sur ce bout de côte de Mer du Nord. «J'ai été son cuisinier pendant presque un an, c'était au début des années 1980», raconte à l'AFP Arno. «Je n'avais plus d'argent. Freddy Cousaert [promoteur, DJ, etc.] s'occupait [à l'époque] des Afro-américains qui jouaient en Europe, il avait un hôtel et m'a demandé de faire des plats chaque jour pour Marvin, car j'avais cuisiné dans le temps».

«C'était un mec formidable, Marvin», souffle le monument de 70 ans, barbe de deux jours façon papier de verre, vêtu de noir.

«C'est le bazar quoi»

Dans Oostende bonsoir, il n'est pas question de cette star de la soul, mais d'un autre artiste, le peintre Léon Spilliaert (1881-1946), originaire de la ville comme Arno, et maître des ambiances entre chien et loup. «Ma grand-mère était la meilleure copine de sa soeur», conte-t-il de sa voix éraillée. «À Ostende, quand le soleil tombe dans la mer, en une heure, tu peux voir quatre peintures de Spilliaert».

Cette chanson, perle nostalgique, éblouit sur une trame lancinante. Mais hormis les balades-confessions Naturel et Court circuit dans mon esprit, l'album sonne plutôt rock sous la direction de John Parish (compagnon de route de PJ Harvey), pour leur 3e collaboration.

Tout commence avec They are coming, livré en anglais dans un grondement électrique. «Ils»? «Je vis en Europe, mon père a fait une guerre mondiale, mon grand-père deux, moi je suis né en 1949, je suis un post-world war child [enfant né après la guerre mondiale], et là j'ai l'impression d'être dans les années 1930, j'espère être à côté, mais il y a un extrémisme qui monte. J'ai peur de ça».

La menace du Brexit le touche aussi, «j'ai des copains anglais qui flippent». Mais l'ironie n'est jamais loin, antidote à l'angoisse: «Qui a voté Trump? Pourquoi? Et Boris Johnson? A cause de leur coiffure? C'est bizarre... c'est la faute des coiffeurs tout ce bazar!».

«En tournée, je ne bois pas»

Cet dernier mot est le leitmotiv de l'album. Santeboutique, en Belgique, «c'est bordélique, c'est le bazar, quoi. En ce moment, dans la politique, c'est une santeboutique, ça peut l'être aussi dans un mariage, c'est quelque chose qui ne marche plus».

La vie de couple en prend d'ailleurs un sacré coup dans ses chansons: «Et comme deux animaux domestiques, il regardent la télé sans faire de bruit», «ils se disputent, ils se trompent, ils s'emmerdent», (Santeboutique).

Le tout emballé dans des guitares taillées pour la scène. Comme l'égrillard Les saucisses de Maurice, dont l'hymne-refrain devrait résonner dans les salles cet hiver. Il y est question d'une femme «macrobiotique, 85 % végétarienne», qui trompe son mari «sportif avec des cuisses de cycliste» avec un «charcutier spécialisé dans les saucisses». «J'ai fait un rêve, et cette histoire j'ai voulu en faire un court-métrage, mais j'en ai fait une chanson», sourit-il. Quand il la chante, les images défilent.

Les dates pour la scène s'accumulent déjà dans son agenda. Mais comment va-t-il faire pour échapper à cette Lady alcohol (7e des 10 titres), cette tentatrice ? «Quand je suis en tournée, je ne bois pas.»