Didier Lucien joue plusieurs intervenants, du directeur de l’ingénierie chez Google à celui souvent cité comme étant le premier cyborg, en livrant l’essentiel de leurs propos tout en se permettant une dose d’humour.

«Post humains»: vers là où nous allons

CRITIQUE / Sommes-nous plus qu’un sac de viande et une somme de données qui permettrait de recréer un avatar électronique de nous-mêmes, après notre disparition? C’est le type de questions bio-futuro-existentielles qui nous traversent l’esprit pendant «Post Humains», pièce d’autofiction documentaire présentée au Carrefour international de théâtre de Québec.

Nous n’avons aucun mal, pendant près de deux heures, à suivre avec attention les démarches et les recherches de Dominique Leclerc, qui est partie à la rencontre des communautés cyborgs et transhumanistes. Sa quête d’abord médicale, pour trouver des alternatives à son glucomètre, se transforme graduellement en quête beaucoup plus vaste sur l’avenir de l’humanité. La prochaine évolution de l’espèce passe-t-elle par l’amalgame du corps — voire du soi — avec la technologie?

Assez rapidement, grâce à de simples questions adressées au public avant et pendant la représentation, on comprend que la réponse sera inévitablement «oui». Et qu’il faut maintenant s’intéresser à comment nous encadrerons cette évolution.

Avec beaucoup de franc-parler et d’autodérision, Dominique Leclerc nous laisse l’accompagner à la rencontre de divers intervenants (dont on nous fournit heureusement la liste dans le programme, sinon on avoue qu’on aurait parfois peine à s’y retrouver). Didier Lucien en joue plusieurs, du directeur de l’ingénierie chez Google à celui souvent cité comme étant le premier cyborg, en livrant l’essentiel de leurs propos tout en se permettant une dose d’humour. Édith Paquet, aux commandes d’une console, agit comme vulgarisatrice, se faisant un devoir de définir tout terme nouveau ou méconnu pour le bénéfice du public. 

Dennis Kastrup, un journaliste allemand qui a gagné le cœur de Dominique Leclerc peu après le début de sa quête, complète le quatuor. Il aide à lier la démarche documentaire (à laquelle il a participé sur le terrain) aux enjeux plus intimes, comme le mariage, l’avenir à deux malgré la maladie et la perspective du deuil, au fil de plusieurs scènes de couples.

Mis en scène par Leclerc et par Édith Patenaude, leur coup de foudre ou la demande en mariage deviennent des vignettes comiques. On ne plonge jamais réellement dans l’intimité du couple (même lorsqu’on inclut un vibrateur connecté), ni dans le véritable magma émotif qu’a pu susciter tous ces questionnements. Les créateurs ont préféré l’expérimentation et l’exposé, des manières plus posées de prendre toute la mesure de ce qui nous attend.

Un tulle sert d’écran pour le contenu Web et vidéo et permet de faire apparaître des effets bleutés pour illustrer l’activité cérébrale ou le soi désincarné. Derrière, un damier de boîtes placées dans des douches de lumière rappelle les dossiers alignés sur un bureau d’ordinateur. Il illustre un monde de possible, tous ces souvenirs qu’on ne peut jeter, ou encore ces données accumulées inlassablement pour nourrir les algorithmes. 

Malgré l’intérêt évident des enjeux abordés, la multitude de questions qu’il suscite et la forme scénique dynamique et sympathique, Post Humains n’a pas la même force de frappe que le ishow, auquel avaient participé Leclerc et Patenaude. C’est plutôt une main tendue, pour entrer dans la discussion. 

Le spectacle vu dimanche sera de nouveau présenté lundi et mardi à 19h à la salle Multi de Méduse.