Le deuxième album de Pomme, «Les failles», représente une sorte de nouveau départ pour l’artiste de 23 ans.

Pomme bien en contrôle

Amoureuse du Québec, la Française Pomme y a passé beaucoup de temps dans les dernières années. Au contact d’amis musiciens, elle s’est imprégnée d’un rythme créatif et d’une façon de faire qui l’ont poussée à revoir sa propre méthode. Si bien que «Les failles», son deuxième album, elle le considère presque comme son premier.

Après des années à faire ses classes sur scène, Claire Pommet a fait paraître sous son pseudonyme fruité une première collection de chansons à l’automne 2017. Sous étiquette Polydor, une filiale du géant Universal, elle avait été prise en charge : un directeur artistique, des collaborateurs triés sur le volet et une place modérée pour déployer ses propres créations. Beaucoup d’effort, donc, qui n’ont pas eu la résonance souhaitée, du moins dans les médias.

«Le premier album, il s’est développé par la scène, confirme Pomme. Je n’ai pas eu beaucoup de radio ni de télé. J’ai eu beaucoup de petits médias qui ont suivi le projet, mais en dehors de ces médias plus locaux et à taille humaine, je n’avais pas de médias de masse qui faisaient accélérer le processus. J’ai travaillé sans relâche pendant trois ans pour aller chercher les gens un par un.»

L’auteure-compositrice-interprète n’a pas tardé à s’attaquer à la suite des choses en misant sur elle-même. Cette fois, pas de directeur artistique pour dicter l’orientation du projet et surtout, une totale liberté.

«J’ai commencé à écrire les chansons de cet album dès que le premier est sorti. J’avais besoin de dire les choses que je n’avais pas forcément pu dire sur mon premier album. Du coup, j’ai eu rapidement des idées et des envies d’écriture», évoque la musicienne, qui a retenu les services d’Albin de la Simone pour l’aider à créer un écrin d’une délicatesse soignée pour ses réflexions intimes.

Au terme du processus, elle est revenue vers sa compagnie de disques avec Les failles, un album terminé à prendre ou à laisser. «Je n’avais pas tout écrit sur le premier. Là, j’ai tout écrit de A à Z et j’ai même coréalisé. Je crois que ça ne peut pas me ressembler plus», décrit-elle. Une sorte de nouveau départ, en somme, pour l’artiste de 23 ans.

«Même si ce n’est pas le cas, c’est un peu comme mon premier album dans la liberté que j’ai eue et dans l’honnêteté que j’ai pu y mettre, avance-t-elle. J’avais les conditions pour le faire. Je n’ai imaginé aucune chanson pour la radio. Je me suis forcée à imaginer que je n’allais jamais les sortir juste pour faire l’exercice d’écrire mes chansons sans me demander ce que les gens allaient en penser.»

Amis québécois

Attirée par le Québec depuis la fin de l’adolescence, Pomme a passé tant de temps de notre côté de l’Atlantique dans les dernières années qu’elle se considère presque comme un hybride entre Française et Québécoise. «J’y vais depuis que j’ai 19 ans, confirme-t-elle. J’ai l’impression d’une certaine manière d’avoir grandi là-bas et d’y avoir fabriqué ma personnalité. Je me suis inspirée d’une espèce de liberté créative qui existe moins [en France], ou du moins de manière moins prononcée.»

Celle qu’on a vue pendant un temps au bras de Safia Nolin — de qui elle est encore proche — a trouvé chez nous un cercle d’amis musiciens. Dans sa garde rapprochée québécoise, elle cite notamment Les Sœurs Boulay, Elliot Maginot, Amylie, Sarah Bourdon, Ariane Brunet et Philémon Cimon. À leur contact, elle dit avoir trouvé la motivation pour reprendre le contrôle de sa création.

«Quand je parle avec mes amis québécois, je me rends compte que l’industrie de la musique n’est pas du tout organisée de la même manière. Les gros label comme Universal ou Sony, ça n’existe pas vraiment au Québec. C’est beaucoup plus drivé par des labels indépendants. […] Je pense que ça m’a inspirée à avoir une certaine liberté. Je me suis dit qu’il y a plein de monde qui le font au Québec, qui chantent en français et qui font de la musique qui peut parfois se rapprocher un peu de ce que moi je fais… Pourquoi je ne ferais pas ça?»

Si elle dédie sur Les failles une chanson à Montréal (Les oiseaux), une seule pièce a été écrite au Québec : Soleil soleil, qu’on aura sans doute envie d’écouter quand la lumière manquera au plus creux de l’hiver.

«J’étais partie terminer mon album à Mandeville, où j’étais toute seule dans un chalet isolé. C’était en décembre, il faisait noir très tôt. Je me baladais dans la neige et je ne pouvais pas tenir plus de 10 minutes ou un quart d’heure parce que de un, j’avais super froid et de deux, je voyais toutes sortes de traces d’animaux et ça me stressait. La Française de base au Québec!» rigole Pomme.

Pour l’auteure-compositrice-interprète, le prochain rendez-vous sur les scènes d’ici, dont on connaîtra les dates prochainement, sera fixé pour le printemps prochain. Souhaitons-lui que la neige soit fondue!

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UNE RÉFLEXION SUR LA MATERNITÉ

«Depuis que je n’ai pas le droit , je veux un enfant dans le ventre», chante Pomme dans la chanson Grandiose, gravée sur son deuxième album, Les failles. Tandis qu’un débat sur la procréation médicalement assistée pour les femmes seules et lesbiennes a récemment fait rage en France, l’auteure-compositrice-interprète nie l’avoir écrite comme une prise de position politique. Elle l’a plutôt signée il y a deux ans, dans une réflexion bien personnelle sur la maternité. 

«Je l’ai vraiment écrite de moi à moi-même, dans cette idée de se donner le droit à soi-même d’avoir un enfant alors qu’on ne se sent pas forcément conventionnelle, explique-t-elle. Pour moi, cette question de la maternité est hyper complexe et importante. Depuis que je suis toute jeune, j’ai toujours voulu avoir des enfants. Quand je suis devenue adulte et que j’ai commencé à sortir avec des filles, je n’avais aucun modèle dans mon entourage ni dans les médias de familles lesbiennes ou gaies.»

Pomme cite l’exemple d’Ariane Moffatt et de sa conjointe, qui sont devenues au Québec un exemple d’homoparentalité. 

«[En France], ça n’existe pas du tout et je pense que ça va être long avant que ce soit le cas dans les médias, reprend-elle. En parallèle, en lisant des bouquins féministes, je me suis rendu compte que la maternité, c’était complexe et que ça prenait beaucoup de réflexion en tant que femme pour savoir si on avait vraiment envie d’avoir un enfant ou si c’était quelque chose qui nous était un peu imposé par la société…»  Geneviève Bouchard