Les milieux catholiques traditionnels estiment que le film «Kler» a pour but de détruire l'Église et appellent à prier pour les prêtres à travers tout le pays.

Pologne: la sortie d'un film anti-clérical crée la polémique

VARSOVIE — Le film «Kler» (Le clergé), sorti vendredi en Pologne dans près de 500 salles, suscite un vif débat dans un pays encore très catholique, où des voix s'élèvent pour exiger son interdiction.

Réalisé par Wojciech Smarzowski, il a été présenté au Festival du film polonais de Gdynia la semaine dernière, où il a reçu le prix des journalistes et celui du public.

Mais il a été vivement attaqué dès sa sortie nationale vendredi sur 478 écrans.

«Tous ceux qui portent la Patrie dans leur coeur, qui aiment Dieu et la Pologne, doivent dire clairement aujourd'hui "non" à la destruction de nos valeurs nationales», a affirmé une association de journalistes catholiques, appelant au retrait d'un film profondément «anticlérical, anticatholique et antipolonais» qui «fausse» l'image de l'Église.

Certains cinémas de petites villes comme à Ostroleka (nord-est) ont décidé de ne pas le programmer. D'autres, au contraire, le diffusent toutes les heures comme un multi-salles à Wroclaw (sud-ouest) qui a prévu 22 séances dès le premier jour.

Kler sort alors que l'opinion publique en Pologne est secouée par des révélations sur des cas de pédophilie. L'Église cherche à répondre aux accusations et quelques évêques ont demandé pardon.

«Aucun réalisateur n'a jamais osé présenter une vision aussi critique de l'Église catholique en Pologne. Kler s'attaque ouvertement à l'Église et dénonce tous ses péchés cardinaux allant de cas de pédophilie, au versement d'argent par les fidèles pour accéder aux sacrements, aux appels d'offres truqués et à la démoralisation généralisée de la hiérarchie», souligne Janusz Wroblewski, critique de cinéma.

«C'est sans doute LE film des trois dernières décennies du cinéma polonais après la chute du communisme», ajoute-t-il.

«Grand courage»

Smarzowski, qui a dû tourner ses images dans les églises tchèques, affirme qu'il «n'a pas voulu s'attaquer à la foi elle-même» mais «aux hommes qui constituent l'Église, et qui eux ne sont pas des saints et se comportent comme des hors-la-loi».

Les milieux catholiques traditionnels estiment de leur côté que le film a pour but de détruire l'Église et appellent à prier pour les prêtres à travers tout le pays.

Ils s'indignent que ce film ait pu recevoir de l'argent des contribuables. Le ministre de la Culture Piotr Glinski assure que les subventions ont été décidées par ses prédécesseurs.

Pour Pawel Soloch, chef du bureau de sécurité nationale à la présidence de la République, «c'est un film de propagande odieux». Il a été tourné «à la manière des nazis qui faisaient des films sur les juifs», a-t-il déclaré à la station privée Radio Zet, tout en reconnaissant n'avoir pas vu Le clergé.

«C'est de la propagande anticléricale pure et dure. Tous ces prêtres ne font que boire, violent des enfants de choeur, et ne pensent qu'à l'argent. C'est une vision de ceux qui ne connaissent pas l'Église et les vrais prêtres», renchérit Jan Bodakowski, un journaliste travaillant dans des médias nationalistes.

Mais la majorité des spectateurs interrogés par l'AFP après avoir vu le film pensent que la Pologne a besoin de cette vérité.

«On parlait de pédophilie dans le monde, en Irlande, aux États-Unis. Enfin cette vague est arrivée en Pologne grâce à ce film», assure un étudiant, Sebastian Suchodolski.

«Il est bon que ce film soit sorti. Le réalisateur et ses acteurs ont fait preuve d'un grand courage, surtout les acteurs qui ont risqué leur carrière», estime une retraitée, Zofia Zukowska, en sortant d'un cinéma à Varsovie.

«Ce film est fait pour toutes les victimes des actes de pédophilie commis par des prêtres et que l'Église a oubliées», juge l'acteur Arkadiusz Jakubik, qui joue l'un des principaux suspects en soutane.