La bouchée offerte mardi pour annoncer le «plat Plein Art», servi du 31 juillet au 12 août au restaurant Le Champlain du Château Frontenac. Dans un bol signé Patrick Le Blond, des légumes cultivés par sa sœur aux Éboulements, touillés à la façon du chef Stéphane Modat, avec une huile suggérée par Christian Bégin.

Plein Art: acte de résistance

Encourager les métiers d’art pour contrer la surproduction, la surconsommation, le gaspillage? «Je crois que notre salut collectif va passer à travers cette résistance» à l’instantanéité et aux objets en série, a plaidé Christian Bégin, mardi midi, au restaurant Champlain du Fairmont Château Frontenac, à Québec.

Pour une deuxième année, le comédien et animateur est porte-parole de Plein Art, le Salon des métiers d’art de Québec. L’événement sera de retour sur les quais du bassin Louise du 31 juillet au 12 août, avec ses chapiteaux et plus de 140 artisans venus de toute la province pour exposer leur production. Des gens qui utilisent des savoir-faire immémoriaux pour créer de beaux objets qui traversent le temps, poursuit Christian Bégin.

À l’appui, Marc Douesnard, forgeron et président du C.A. du Conseil des métiers d’art du Québec (CMAQ), pointe un couteau de son ami Dave Fortin. «Un couteau comme ça, c’est presque éternel!» Oui, il coûte à peu près le même prix qu’un iPhone, convient-il, mais il n’y a pas d’obsolescence programmée (la vente de produits conçus pour ne pas durer). Et son achat permet d’encourager un artisan qui travaille à plus petite échelle, un produit unique, adapté à notre époque et à nos besoins, dans le respect de la matière locale. 

Ce couteau se retrouvera peut-être dans la main d’un chef, qui coupera des légumes de producteurs locaux, suppose Marc Douesnard. Et il va passer de main en main, de génération en génération. «C’est ça, la fierté des artisans. Si vous voulez faire une action pour préserver notre identité, préserver l’économie locale et s’affranchir des grandes multinationales qui nous imposent un rythme de consommation effréné, ben achetez consciemment», s’est enflammé le président du CMAQ, en invitant la population à visiter Plein Art.

Christian Bégin comprend le travail qui se cache derrière ces planches à découper en bois, ces assiettes en céramique, ces objets du quotidien façonnés à la main et qui portent le label Signé métiers d’art. Il a fait affaire avec plusieurs artisans pour sa maison de Saint-Germain-de-Kamouraska. 

Il déplore que la notion de désir, qui existe dans l’attente, se perde aujourd’hui parce qu’on veut tout immédiatement. Selon lui, les artisans nous reconnectent avec cette «valeur fondamentale de prendre le temps» : le temps de se rencontrer, le temps de fabriquer, le temps d’attendre. Le résultat, lui, perdure dans le temps. Naturellement, il cite Saint-Exupéry : «C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.»

Durant le Salon, le porte-parole promet de «créer des ponts» entre les gens et les exposants.

Symbiose Modat-Le blond

Bel exemple de l’humanité derrière les métiers d’art, le chef du Château Frontenac, Stéphane Modat, a fait la rencontre du céramiste Patrick Le Blond l’an dernier aux Îles-de-la-Madeleine. Coup de foudre pour ses pièces peintes avec des dessins de poissons, d’oiseaux et de gibier. Depuis, «Steph et Pat» collaborent. L’artisan arrivait d’ailleurs cette semaine avec une nouvelle commande d’assiettes et de bols.

Pour la durée de Plein Art, le chef Modat proposera un plat unique, réalisé à partir d’aliments locaux, auquel Christian Bégin mettra son grain de sel, et servi dans les assiettes de Patrick Le Blond.

Cette association a-t-elle été un tournant dans la carrière du céramiste? «Oui, mais c’est surtout une rencontre humaine, au-delà de l’aspect transactionnel. Si j’avais voulu être riche dans la vie, j’aurais fait un autre métier», lance Patrick Le Blond, qui ne veut pas dépasser sa capacité de production et souhaite continuer de travailler dans le plaisir.

Paradoxalement, ni ses assiettes ni les couteaux de Dave Fortin ne seront exposés et vendus à Plein Art. Mais tous les deux incarnent la même passion du travail bien fait qui habite les 140 artisans bientôt sous les chapiteaux.