«Playing Hard» s’intéresse au parcours du directeur de création Jason VandenBerghe, qui rêve d’un jeu vidéo mettant en scène des Vikings, des chevaliers et des samouraïs.

«Playing Hard»: quand le jeu devient un univers parallèle **1/2

CRITIQUE / Les revenus de l’industrie du jeu vidéo doublent maintenant ceux du cinéma américain à plus de 90 milliards $ par année… Mais comme à Hollywood, ses fanatiques sont accros aux suites — 85% des jeux. À Montréal, une importante compagnie s’est lancée dans le pari fou d’un produit original. «Playing Hard» a suivi pendant cinq ans, en coulisses, toutes les étapes. Un portrait inédit qui, en manquant de distance, devient malheureusement une infopub pour «For Honor».

Un remarquable concours de circonstances a permis à Jean-Simon Chartier d’en suivre les balbutiements jusqu’au lancement, cinq ans plus tard. Et la chance de tomber sur Jason VandenBerghe, le directeur de création, un personnage plus grand que nature — un imposant bonhomme avec les attributs d’un chanteur heavy metal et la pilosité d’un motard.

Depuis son enfance, l’homme, qui œuvre dans l’industrie depuis 20 ans, rêve d’un jeu d’action dans un monde hostile qui met en scène des Vikings, des chevaliers et des samouraïs. Il a passé les 10 dernières années à vendre son idée, sans succès. Jusqu’à ce qu’un studio donne le feu vert.

Playing Hard s’attache à ses espoirs et ses déboires — très intense, aux prises avec ses états d’âme et un brin misanthrope, il éprouve des difficultés à communiquer. Mais aussi, dans une moindre mesure, à ceux du producteur Stéphane Cardin et du directeur de marque Luc Duchesne, qui souffrent de la comparaison.

Le but étant d’humaniser les défis, prises de décision et conflits de ces hommes soumis à un stress constant: 3% des jeux rapportent 97% des revenus. La pression est énorme.

Cette levée du voile est intéressante, jusqu’à un certain point. À moins d’être passionné par cet univers, et encore là, les répétitions, les longueurs et une certaine banalité finissent par être lassantes.

VandenBerghe a beau philosopher sur l’importance du divertissement, on a l’impression que ses compères et lui évoluent dans un univers parallèle complètement déconnecté de la réalité. Sauf, peut-être, dans la façon de traiter les employés. Or, il n’en est pratiquement pas question dans le documentaire.

Pas plus, d’ailleurs, que l’envers de la médaille. On voit, en partie, les effets de toute cette pression sur ses créateurs, mais sans jamais évoquer la dépendance qu’induisent de tels jeux auprès des usagers.

On pourra dire que c’est une autre histoire, mais le réalisateur Chartier aurait eu avantage à prendre plus de recul sur son sujet plutôt que de se laisser hypnotiser par celui-ci.

Dommage.

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: **1/2

• Titre: Playing Hard

• Genre: documentaire

• Réalisateur: Jean-Simon Chartier

• Classement: général

• Durée: 1h32

• On aime: Jason VandenBerghe

• On n’aime pas: les longueurs. Le manque de distance critique