Rémy Girard, Gilbert Sicotte, Louise Archambault, Andrée Lachapelle et Éric Robidoux durant le tournage du film «Il pleuvait des oiseaux».

Plateau sauvage au cœur de la forêt Montmorency

La réalisatrice Louise Archambault est au milieu de trois semaines de tournage dans la forêt Montmorency, pour le film «Il pleuvait des oiseaux». Toute l’équipe loge dans le pavillon d’accueil, comme en colonie de vacances. Même Gilbert Sicotte et Rémy Girard, qui jouent les hommes des bois, et Andrée Lachapelle, la lumineuse doyenne du plateau.

Une fois rendu au kilomètre 103 de la 175 Nord, à une heure de Québec, il faut encore rouler une dizaine de kilomètres sur le chemin cahoteux pour atteindre le lieu de tournage. Le mauvais temps a retardé les choses, ce matin; on a dû couvrir le toit de la cabane de bois et de tôle construite spécialement pour le film afin d’étouffer le bruit de la pluie.

Une véritable petite ruche est à l’œuvre dans la clairière où on se prépare à tourner l’arrivée de Steve (Éric Robidoux), chargé de victuailles et de sa tante Gertrude (Andrée Lachapelle), au campement de Tom (Rémy Girard) et Charlie (Gilbert Sicotte), deux ermites fantasques qui vivent aux fonds des bois. L’odeur de mousse humide et de sapin, bientôt mêlée à celle de l’essence, nous remplit les narines. 

«Je fais du quatre roues?» s’exclame Andrée Lachapelle. «Ça va bien aller. On va être ensemble, à califourchon, collés», lui répond tout sourire Éric Robidoux. «J’aurai tout fait sur ce tournage-là», rigole l’actrice de 86 ans.

«J’aurai tout fait sur ce tournage-là», a lancé Andrée Lachapelle, 86 ans.

«Tout le monde me traite aux petits soins», dira plus tard Mme Lachapelle, installée auprès de son jeune collègue devant les journalistes et les caméras. «J’ai adoré le roman [Il pleuvait des oiseaux, sur lequel est basé le scénario]. Quand je suis allée en Abitibi et que j’ai rencontré l’auteure, Jocelyne Saucier, je lui ai sauté au cou et je lui ai dit que c’était le plus beau roman québécois que j’ai lu», raconte-t-elle. Elle a accepté le défi de jouer dans l’adaptation cinématographique avec joie. «Je n’avais pas travaillé depuis trois ans, il a fallu repartir la machine. Parfois je me demande si je vais me rendre jusqu’au bout, mais il va bien falloir!»

En marge

La réalisatrice Louise Archambault (Gabrielle, Familia) a scénarisé elle-même le long-métrage. «Il y a deux choses qui m’intéressaient dans ce livre, une atmosphère atypique et des personnages forts, en marge. Visiblement, je suis attirée par des projets qui montrent la différence», indique-t-elle. Dans son adaptation, elle a notamment accordé davantage d’importance à la photographe (jouée par Ève Landry) qui viendra bousculer ce paradis sauvage.

Si l’histoire se déroule en Abitibi, elle a toutefois décidé de tourner dans la réserve faunique des Laurentides, plus près des grands centres. «Ces arbres avec de grandes barbes, on trouvait ça très très beau, note-t-elle. Tout est là. On ne fait pas semblant. On est allé à la chasse au lièvre et à la pêche. Un moment donné j’étais assise sur un petit radeau et je regardais les trois comédiens dans la chaloupe qui avaient du fun ensemble, j’aurais aimé qu’ils se voient», raconte-t-elle. 

Tourner dans ce lieu «rugueux, mais poétique» a l’avantage de souder les troupes. «Le premier matin, j’étais en train de me brosser les dents quand [Andrée Lachapelle] arrive à côté de moi, les cheveux en broussaille. On s’est regardée et on a éclaté de rire. Sur quel autre tournage on aurait pu vivre ça?» raconte-t-elle.

Andrée Lachapelle et Gilbert Sicotte, avec qui elle a tourné pour la série Catastrophe, se sont rapidement vu confier des rôles. Trouver l’interprète de Tom, qui chante du Leonard Cohen, du Tom Waits, du Richard Desjardins et du Gilles Vigneault, a été plus ardu.

Rémy Girard lui a envoyé des démos, et a plaidé qu’il n’avait «que deux ans de moins» que Gilbert Sicotte, lorsque la réalisatrice lui a dit qu’elle imaginait un acteur plus vieux. Il l’a convaincue.

Les deux acteurs d’expérience n’en sont pas à leur premier tournage isolé. «Sur le tournage du Déclin de l’empire américain, on avait été pendant un mois confinés à Magog, se souvient M. Girard. [Sur ce tournage-ci], ça aide à retrouver la solitude dans laquelle sont plongés les personnages, décrochés de la ville et décrochés de la réalité.» Gilbert Sicotte renchérit : «C’est fabuleux, parce qu’on n’est pas dérangé outre mesure par le quotidien. C’est rare. Pour Le vendeur, j’avais passé un mois et demi à Dolbeau. Loin de chez soi, on finit par avoir un rythme de vie qui s’accorde à l’endroit.»

Le tournage se poursuit jusqu’au 18 août. Le film devrait prendre l’affiche l’été prochain.

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LES PERSONNAGES VUS PAR LES COMÉDIENS

Éric Robidoux

«Steve fait des liens entre les personnages, il vient porter des vivres aux trois ermites, il va kidnapper sa tante, il va essayer de rendre la vie des autres plus simple, plus douce»

Andrée Lachapelle

«Lorsque Steve kidnappe sa tante, il lui sauve la vie, en fait. À 16 ans, elle avait beaucoup d’imagination et était très vive et son père l’a fait internée, il la trouvait folle. Elle a été internée pendant 60 ans. Son neveu l’amène avec les gens qui sont dans le bois. C’est un personnage très poétique, qui a beaucoup de candeur, qui a gardé la fraîcheur de son enfance, mais qui a été maltraitée par les hommes.»

Rémy Girard

«C’est un ancien musicien professionnel. J’ai six chansons à chanter dans le film, dont quatre où je m’accompagne à la guitare. […] Tom, c’est un impulsif, un alcoolique qui lutte continuellement contre ça. Être dans le bois, ça l’aide à être sobre plus souvent, mais physiquement, il n’est pas très en santé, les hivers sont difficiles»

Gilbert Sicotte

«Charlie a failli mourir, il y a longtemps. Sa décision de vivre dans les bois est liée à ça. Il avait décidé de prendre sa retraite là, mais il ne pensait pas que sa retraite serait si longue. Les personnages ont créé une espèce d’univers, ils se comprennent sans trop avoir besoin de parler.»