Sophie Lorain offre une performance absolument époustouflante dans «Plan B», où elle joue une animatrice charismatique qui ne voit pas que sa fille va mal, au point de vouloir mettre fin à ses jours.

«Plan B», encore aussi fort

CHRONIQUE / Florence Morin mène en apparence la carrière parfaite. Elle entreprend sa 10e année comme première femme animatrice de l’émission du matin à la radio publique. Emportée par le succès professionnel et l’enivrement que lui procure un amant 20 ans plus jeune, elle ne voit pas que sa fille Marilou va mal, au point de vouloir mettre fin à ses jours. Et si elle pouvait retourner en arrière pour arranger les choses?

La première saison de Plan B avait placé la barre haut, il y a un an et demi à Séries+. Heureusement, la série n’a pas perdu une once de pertinence dans le transport vers Radio-Canada, qui a mis en ligne ce matin même les six épisodes de la série sur Véro.tv, une section de l’Extra d’ICI Tou.tv, mais qui ne la diffusera pas avant un an sur ICI Télé. Outre l’agence Plan B, qui permet de retourner dans le temps, outre les deux matamores et leur fourgonnette blanche, l’histoire de la deuxième saison n’a rien à voir avec la première. Sauf un clin d’œil qui fera votre bonheur. Je ne veux pas trop en dire, mais on conseillera à Florence de ne pas retourner trop loin dans le temps.

Plan B nous fait voir comment un concours de circonstances peut tout faire dérailler. Quand Marilou s’isole et tombe amoureuse d’un individu peu recommandable, tout ça en secret de sa famille, sa vie prend une tournure dangereuse. Qu’aurait pu faire Florence pour l’empêcher de se détruire ainsi?

Encore une fois, Sophie Lorain offre une performance d’actrice absolument époustouflante dans ce rôle d’animatrice charismatique, militante féministe. Son jeu à la fois nuancé et puissant donne à cette série une couche supplémentaire de crédibilité, de sorte que les mots «ça se peut pas» ou «voyons, c’est impossible» ne vous viendront jamais à l’esprit. Ces six nouveaux épisodes, que vous voudrez peut-être dévorer en rafale, nous permettent une merveilleuse découverte, celle d’Emi Chicoine, dans le rôle de Marilou, son premier important à la télévision. Pas un personnage simple pour une actrice de 15 ans, qui la rend attachante malgré sa rébellion et son entêtement parfois irritants. Même s’il s’agit de la fille d’un des producteurs, Alain Chicoine, elle a passé tout le processus d’auditions et mérite amplement sa place. Tout le reste de la distribution maintient la qualité, que ce soit Luc Guérin, touchant et vrai dans le rôle de l’ex-conjoint, et Levi Doré, qui jouait le fils adoptif de Sophie Lorain dans Au secours de Béatrice, d’un grand naturel dans le rôle du frère de Marilou.

Il est exceptionnel qu’un chroniqueur télé puisse voir l’intégralité d’une série avant de pouvoir en parler à ses lecteurs, ce qu’on nous a permis pour Plan B. Je peux vous dire que jusqu’au bout, la série m’a gardé scotché. La deuxième saison est moins une course folle que la première, mais celle qui fait appel aux services de l’agence Plan B n’en est pas moins motivée à réparer ce qu’elle considère comme des erreurs de sa part. Mais vous verrez qu’en tentant de réparer des erreurs, on ne réussit parfois qu’à empirer la situation.

Plan B n’est pas une série joyeuse, mais nous pousse à la réflexion sur notre propre existence, nous confronte dans nos choix. Merveilleux travail de réalisation de Jean-François Asselin, qui rend limpide une histoire qui pourrait être autrement plus complexe. Le duo d’auteurs qu’il forme avec Jacques Drolet sait parfaitement nous guider à travers le temps. Leur écriture est d’une finesse et d’une grande intelligence.

Rappelons que Radio-Canada avait d’abord dit non à la première mouture de Plan B, qui devait compter 10 épisodes. Louis Morissette et ses collègues producteurs se sont alors tournés vers Séries+, qui a retenu le projet en le réduisant à six épisodes. Plan B a remporté le Gémeaux de la meilleure série dramatique et fourni à Magalie Lépine-Blondeau celui du meilleur premier rôle féminin et à Jean-François Asselin celui de la meilleure réalisation.

Le duo de Plan B planche déjà sur une troisième saison, qui pourrait se dérouler dans un milieu plus pauvre. Faudra voir par quelle ingéniosité les protagonistes de cette histoire sauront trouver l’argent pour faire appel à l’agence, passablement gourmande. J’ai déjà hâte.