«Des générations d’enfants ont appris à lire avec notre série», s’enthousiasme l’illustrateur Christian Heinrich.

Ping-pong dans le poulailler avec les P'tites Poules

Dans le poulailler, y’a des poules, poules, poules… De ce côté-ci de l’Atlantique, la ritournelle est bien connue des enfants de la génération Passe-Partout. Mais chez nos voisins de l’Hexagone, depuis 18 ans, ce sont Les P’tites Poules qui font la loi.

Sortie tout droit de l’imaginaire de deux Christian — Jolibois, l’auteur, et Heinrich, le dessinateur —, cette facétieuse bande de poulettes et de coqs, accompagnés d’un petit bélier et d’un cormoran, fait la pluie et le beau temps dans des albums pour enfants… où les adultes n’ont pas à renier leur plaisir non plus.

En fait, l’histoire a commencé quelque part en Nouvelle- Calédonie, nous raconte Christian Heinrich, qui foule pour la première fois le continent américain, pour le Salon international du livre de Québec. Son collègue et ami écrivain, Christian Jolibois, se promenait en voiture sur la côte, quand tout à coup, une poule traverse la route. Freinant brusquement pour l’éviter, Christian Jolibois la regarde se dandiner jusque sur la plage et s’arrêter pour contempler l’océan, tout simplement. Il note dans son carnet: «La petite poule qui voulait voir la mer.»

Parcours atypique
«Il en a fait une petite pièce au théâtre, et s’apercevant du succès qu’avait cette petite histoire parmi d’autres sketchs, il m’a proposé d’en faire un album. On s’y est mis, on a travaillé un an sur l’adaptation de cette histoire théâtrale à l’album jeunesse, et La Petite Poule qui voulait voir la mer est sorti en 2000», raconte Christian Heinrich. À l’époque, ils choisissent un format un peu inhabituel: le format de poche. Le succès se pointe au rendez-vous, et au bout d’un an, les 12 000 exemplaires vendus convainquent l’éditeur de leur demander une suite.

Nous voilà 18 ans et 15 albums plus tard pour le duo. Et du format de poche, ils sont passés à l’album souple, puis à l’album grand format cartonné… Un parcours atypique, auquel la première accessibilité de leur petit format — et son petit prix — ont certainement contribué au succès. «Vous savez, souvent, en format poche, ce sont des succès qu’on ramène pour un dernier souffle, pour nous, c’était plutôt un premier souffle!» s’étonne encore Christian Heinrich.

«On n’avait pas mesuré à ce moment-là qu’on venait de mettre le doigt dans cet engrenage extraordinaire qu’est l’univers des gallinacés, qui n’avait pas véritablement été traité dans sa totalité en France, poursuit-il. À part La petite poule rousse et des chansonnettes… Quand on a tiré ce fil, cette pelote, on s’est aperçu qu’il y avait un univers symbolique de traditions, de jeux de mots, de coutumes, d’adages. On n’arrête pas d’injecter cet univers depuis 17 ans dans la série. On n’a même pas épuisé 20 % de la manne, quoi!»

Le duo s’amuse aussi à jouer avec l’actualité et des personnages de contes, en plus d’insérer, à chaque tome, des clins d’œil à une œuvre d’art. Comme ce monstre en légumes dans Sauve qui poule!, inspiré de l’œuvre d’Arcimboldo. Un hommage, mais aussi une façon «de faire marcher les poules un petit peu dans la réalité. Elles cassent la limite entre la fiction et le réel, et je crois que c’est ce qui plaît aux adultes aussi», analyse le dessinateur.

Dans les écoles
Le duo travaille dans une forte symbiose, comme en fait foi cet épais carnet de travail que Christian Heinrich exhibe, illustrant les différentes étapes de la conception d’un album. Il aime comparer leur travail à celui de «deux chefs au-dessus d’une même casserole», un «ping-pong» qui leur permet d’équilibrer le texte et l’image, de faire reculer l’un pour avancer l’autre, et vice-versa. Et s’ils écrivent d’abord pour eux-mêmes, pour des adultes, ils simplifient ensuite, «mais sans appauvrir», insiste-t-il, pour rejoindre le public des premiers lecteurs, les 6 à 9 ans.

Les P’tites Poules sont d’ailleurs largement utilisées en France dans les écoles. «Les enseignants font vraiment entrer les enfants en lecture avec Les P’tites Poules, c’est ce qu’ils nous disent. On a vraiment des générations d’enfants qui ont appris à lire avec notre série», s’enthousiasme Christian Heinrich.

Et voilà qu’une première génération de lecteurs atteint maintenant la majorité. «Maintenant ils ont entre 18 et 24 ans, les premiers lecteurs, je les vois arriver avec des grosses barbes et des grosses voix pour me dire qu’ils ont lu Les P’tites Poules quand ils étaient petits, c’est incroyable! Ces gens-là vont être parents bientôt et la boucle va être bouclée!» s’amuse le dessinateur. En espérant que ces amusantes poulettes continuent de fasciner les petits… et les grands!

Christian Heinrich sera en séance de signature au Salon du livre samedi de 11h à 12h30 et de 14h à 16h, et dimanche de 10h à 12h.