Pour Corps amour anarchie/Léo Ferré, Pierre-Paul Savoie a multiplié les collaborations : cinq chorégraphes, six danseurs, six musiciens et quatre chanteurs (dont certains cumulent plusieurs tâches) ont mis la main à la pâte.

Pierre-Paul Savoie: danser Léo Ferré

Pierre-Paul Savoie s'intéresse à la poésie. Celle des gestes, bien sûr, mais aussi celle des mots et de la musique. Après avoir orchestré le spectacle Danse Lhasa danse, en hommage à Lhasa de Sela, le chorégraphe a rassemblé une équipe de créateur autour des chansons de Léo Ferré.
Il a intitulé le spectacle Corps amour anarchie, pour faire référence à l'album double Amour anarchie de Ferré paru en 1970, mais surtout pour illustrer le vaste territoire d'inspiration de l'auteur-compositeur-interprète, qui a écrit près de 500 chansons. «Ferré a écrit des textes très sociopolitiques, parfois anarchiques, mais aussi de très belles chansons d'amour. Je voulais utiliser tout l'espace qu'il y a entre les deux», souligne Pierre-Paul Savoie. 
Les univers des auteurs comme Ferré ou Jacques Prévert, auquel il s'est intéressé pour créer Contes pour enfants pas sages et L'école buissonnière, lui servent de tremplin pour imaginer beaucoup d'autres choses. «Avec Ferré, je me demandais s'il y avait de la place pour en rajouter, parce que c'est déjà très imagé, mais comme c'est aussi très ouvert, ça a été possible», explique le chorégraphe, qui avait soif de poésie grandiose. «On a très peu ça en chanson maintenant, le vocabulaire s'est aminci, la qualité n'est pas aussi forte qu'à l'époque [de Ferré]», souligne-t-il. «Avec les premières représentations à Mont-réal, j'ai été surpris de voir à quel point les textes de Ferré résonnaient fortement chez les jeunes. C'était vraiment un précurseur», note-t-il.
Cet ancrage dans la littérature ou dans la chanson lui permet d'amener un nouveau public à entrer en contact avec la danse contemporaine, tout en lui permettant de multiplier les collaborations. Pour Corps amour anarchie, cinq chorégraphes, six danseurs, six musiciens, quatre chanteurs (dont certains cumulent plusieurs tâches) ont mis la main à la pâte. Les arrangements, certains plus libres, d'autres très près des chansons originales, sont de Philippe B et Philippe Brault. Piano, alto, violoncelle et trompette viendront compléter leur ensemble, entre le groupe rock et l'orchestre de chambre. On entendra les voix d'Alexandre Désilets, Bïa, Michel Faubert, Philippe B, «et parfois, Ferré lui-même nous en pousse quelques-unes, indique Pierre-Paul Savoie. C'est une voix-monument, avec une force et une présence incroyable, c'était important de l'entendre sur scène.»
Diversité
La diversité des chansons trouvera écho dans la multiplication des écritures chorégraphiques et les ruptures de styles. «Ce que j'aime de l'écriture en lien avec la chanson, c'est que ce sont de courtes pièces, de trois à six minutes, ce qui permet de montrer aux spectateurs que la chorégraphie n'est pas un langage uniforme», explique-t-il. On trouvera de tout, de la danse sociale à l'abstraction.
Pour Les poètes, qu'il a chorégraphié, il s'est inspiré du geste d'écrire, de la calligraphie, de la typographie, en tentant d'écrire des phrases du texte dans l'espace. Alors que pour Le fleuve aux amants, il a tenté de faire bouger dans l'espace l'image de deux amants enlacés. «Anne Plamondon a utilisé la rythmique des mots de Ferré pour chorégraphier Il n'y a plus rien, un texte scandé, plus près de l'anarchique. Pour Panam, qui est très festif, David Rancourt a utilisé cette joie pour se rapprocher de la danse sociale, du cabaret», indique Pierre-Paul Savoie. Hélène Blackburn et Emmanuel Jouthe ont aussi chorégraphié des chansons, qui sont devenues, sous leur action, de petits univers.
Vous voulez y aller?
Quoi: Corps amour anarchie / Léo Ferré
Qui: PPS Danse
Quand: mardi et mercredi, à 20h
Où: salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre
Billets: 63 $ (régulier) et 51,50 $ (étudiants et 65 ans et +) 
Tél.: 418 643-8131 
Note: Le spectacle sera aussi présenté à la salle Edwin-Bélanger de Montmagny le jeudi 8 décembre à 20h.