Pierre-Luc et Isabelle forment un couple d’artistes dans Le nid (comme dans la vraie vie). À la demande d’Isabelle, Pierre-Luc accepte d’être enfermé pendant cinq jours dans un lieu lugubre avec sa caméra et de jouer à un jeu de vérité. En échange, il montera un court film quotidien. L’expérience tourne à la torture psychologique…

Pierre-Luc Brillant et Isabelle Blais réunis à l'écran dans «Le nid»

Ne reculant devant rien, Pierre-Luc Brillant et Isabelle Blais ont accordé une entrevue téléphonique au Soleil en direct… de la toilette des femmes du Festival western de Saint-André-Avelin, dans l’Outaouais, quelques heures avant de partager l’affiche avec Jean-Pierre Ferland. Duo musical, couple à la ville et sur le grand écran dans le film Le nid, les complices se sont sacrifiés pour la cause — discuter de leur rôle dans cet original et inquiétant drame intimiste signé David Paradis.

Le scénario du réalisateur originaire de Québec a retenu l’attention de l’acteur de 40 ans. D’abord pour «le défi» du huis clos qui tourne autour de son personnage, pratiquement de tous les plans. «Ça met beaucoup de pression parce qu’il faut capter l’attention du spectateur sur un seul personnage. Mais je pense que la trame de fond y réussit. Surtout qu’Isabelle agit comme maître du jeu. […] Quand ça commence, on est happé et on veut savoir comment ça va finir.»

Ensuite parce que le film repose «sur une suite de mises en abyme sur la création, le deuil et les problèmes de couple à travers plusieurs genres: la comédie, le suspense, l’horreur… Comme c’était son premier [long métrage], je ne savais pas trop dans quoi on s’embarquait. Mais je me dis toujours que si ce n’est pas très bon, personne ne va le voir. Ce ne sera pas très grave», rigole-t-il.

De toute façon, le deux artistes n’ont jamais eu froid aux yeux dans le choix de leurs projets. Leur filmographie respective regorge de films d’auteur audacieux. Le nid joue d’ailleurs habilement sur les frontières entre la réalité et la fiction — les deux seuls personnages portent les prénoms des acteurs.

Ceux-ci forment un couple d’artistes (comme dans la vraie vie). À la demande d’Isabelle, Pierre-Luc accepte d’être enfermé pendant cinq jours dans un lieu lugubre avec sa caméra et de jouer à un jeu de vérité. En échange, il montera un court film quotidien. L’expérience tourne à la torture psychologique…

Pierre-Luc Brillant a été séduit par le scénario du réalisateur de Québec David Paradis d’abord pour «le défi» du huis clos autour de son personnage.

Éprouvant
Pierre-Luc Brillant n’est pas claustrophobe, mais le tournage de deux semaines et demie s’est avéré éprouvant. Et suffocant: «J’avais hâte de sortir.» Le bâtiment labyrinthique, «un personnage en soi», est une ancienne salle de fête pour les soldats qui n’a pas vraiment changé depuis les années 40: «On dirait qu’il y a des fantômes là-dedans...» On se croirait chez Stephen King…

À l’inverse, Isabelle Blais, qui n’avait que trois jours de tournage, devait trouver l’émotion juste dans le déroulement du récit. «C’est plus difficile s’adresser à une caméra [elle enregistre des capsules destinées à son “captif”] que de parler à un personnage.»

De fil en aiguille, le duo s’est beaucoup impliqué dans le film. Avec des suggestions — les deux vantent la qualité d’écoute de David Paradis et sa capacité d’adaptation. Le réalisateur a d’ailleurs demandé leur opinion en cours de montage. Pierre-Luc a poussé la collaboration d’un cran puisqu’il signe aussi la musique, avec Francis Rossignol (l’acteur a étudié en guitare classique au Conservatoire et fait partie des Batteux-Slaques). «On se sentait plus responsable.»

Jusqu’à un certain point: ils ont tenu à conserver une saine distance avec le propos perturbant pour un couple. «Il y a une part de nous-mêmes, mais ce sont des personnages», précise de son côté l’actrice de 43 ans. «C’est la trame narrative comme telle qui était plus difficile», ajoute Brillant.

La collaboration entre les deux complices est évidente — outre le fait qu’il donne une entrevue conjointe en complétant (parfois) leur réponse sans jamais se couper la parole.

Leur destin commun a débuté sur les planches, avec la pièce Midsummer en 2012, il s’y poursuit depuis avec le duo folk qui porte leur nom. Ils enregistreront d’ailleurs le successeur à Comme dans un film en novembre, pour une sortie en février. À quand une prestation au Festival d’été de Québec? «Quand ils nous inviteront», disent-ils en éclatant de rire.

Un couple de créateurs, oui, mais pas question de peindre un portrait idyllique pour autant : «Bien que ce ne soit pas un long fleuve tranquille — on est toujours à argumenter —, on arrive à se retrouver sur la même longueur d’onde», explique Isabelle Blais.

Comme dans un film…

Le nid prend l’affiche le 31 août.