Pablo Picasso

Picasso et la Seconde Guerre, une «peinture qui mord» les ténèbres

GRENOBLE — Pour la première fois en France, un musée se penche sur les créations de Picasso durant la Seconde Guerre mondiale, une période charnière où le maître espagnol revendique une «peinture qui mord» face à la violence des temps.

«Picasso, Au coeur des ténèbres (1939-1945)»: le musée de Grenoble (centre-est) ouvre samedi l’exposition d’une centaine de peintures, sculptures, dessins, gravures pour rendre accessible «l’une des périodes les plus sombres» de Picasso, classé «artiste dégénéré» par les nazis, alors qu’il travaillait à Paris.

Organisée avec le Musée national Picasso-Paris, qui «a beaucoup prêté», bénéficiant du prêt du Centre Pompidou d’une des oeuvres majeures, «l’Aubade», cette exposition fait l’objet d’une coproduction avec le K20, Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen de Düsseldorf, où elle sera présentée au printemps 2020.

«Que cette exposition qui parle de la relation difficile entre la France et l’Allemagne, montée dans une ville Compagnon de la Libération, parte ensuite en Allemagne, c’est tout un symbole», souligne Guy Tosatto, directeur du Musée de Grenoble.

Le parcours est chronologique, avec un effort de pédagogie sur le contexte historique et artistique, permettant aux aficionados du maître de s’immerger dans une «période moins connue et pour les néophytes de découvrir un Picasso à la fois classique et extrêmement aventureux», estime M. Tosatto.

Si la mort, la souffrance et la peur sont partout, si la guerre en tant que telle n’est pas représentée, Picasso «raconte la folie des hommes et dit sa révolte à mots couverts», estime Sophie Bernard, conservateur en chef des collections modernes et contemporaines du musée de Grenoble.

Lors du glacial hiver 1941, quand le rationnement se met en place, Picasso écrit une pièce de théâtre tragico-bouffonne «Le Désir attrapé par la queue» et peint en écho «l’Enfant à la langouste», môme goguenard empoignant un crustacé qui n’existe plus que sur la table de l’occupant.

«Face au pouvoir totalitaire, Picasso est le maître charpentier de mille planches de salut», écrivait René Char. Paul Eluard écrivait à son ami: «C’est à cause de toi que cette époque n’est pas grise».

En réponse à Arno Becker le sculpteur allemand du IIIe Reich, Picasso sculpte au printemps 1943 «L’Homme au mouton», expression du «sentiment humain», expliquera Picasso par la suite. Cette sculpture, la plus célèbre de l’artiste, deviendra un symbole de la résistance au nazisme.

Toutefois, c’est une peinture de «Nature morte au crâne de taureau», en hommage à son ami catalan décédé en 1942 Julio Gonzalez, qui porte les couleurs, sombres, de l’affiche.