Phillip Youmans au festival de Tribeca à New York, jeudi

Phillip Youmans, 19 ans, sensation du festival de Tribeca

NEW YORK — Arrivé à 19 ans seulement dans la compétition du festival du film de Tribeca, à New York, Phillip Youmans en repart avec le prix principal, décerné jeudi par un jury séduit par son cinéma âpre et humaniste.

1h18. Quasiment un moyen métrage. C’est la durée de Burning Cane, premier film tourné à 17 ans de ce jeune réalisateur américain, qui en a également écrit le scénario. Mais il n’en fallait pas plus pour décoiffer Tribeca, saisi par cet ovni tout en lenteur et en dépouillement, régulièrement comparé à du Terrence Malick.

Phillip Youmans cite le metteur en scène de La mince ligne rouge comme référence, ainsi que Paul Thomas Anderson et Barry Jenkins, mais son cinéma ne ressemble pas à grand-chose de connu.

Il dit d’ailleurs s’inspirer davantage de ses expériences de vie et de ses rencontres que de maîtres formels, lui qui ne compte aucun artiste dans sa famille.

«Ce qui définit mon ton, c’est que je veux raconter des histoires de Noirs avec honnêteté et en nuances», explique celui qui est lui-même métis, lors d’un entretien à l’AFP.

Au centre de Burning Cane, Helen (Karen Kaia Livers), une femme mûre et fatiguée se tournant vers l’église pour savoir quoi faire de son fils alcoolique, qui a commis l’irréparable.

«Cela évoque le danger qu’il y a à interpréter le christianisme, et n’importe quelle religion ou doctrine de façon fondamentaliste», décrit le metteur en scène au sujet de son film co-produit par le réalisateur Benh Zeitlin.

Élevé dans une famille pratiquante, il a beaucoup fréquenté l’Église baptiste, et sa mère ne l’a «jamais dissuadé de penser autrement».

Dans le film, l’Église est incarnée par le pasteur Tillman, campé par le magistral Wendell Pierce (The Wire et Treme), qui se débat lui-même avec ses démons.

«Impression viscérale»

Phillip Youmans a voulu tourner caméra à l’épaule pour obtenir «cette impression documentaire», rappelant parfois l’épure de Frederick Wiseman, et ne pas faire tant une fiction qu’un portrait.

À l’arrivée, son univers rugueux et dérangeant a de quoi en dérouter plus d’un, loin d’un cinéma hollywoodien qui cherche à plaire au plus grand nombre.

«Pour Burning Cane, je n’avais pas vraiment le public en tête», reconnaît-il. «Je ne pensais qu’à la façon dont je pouvais raconter cette histoire.»

Jeudi, le jury du festival de Tribeca a comparé son style narratif à William Faulkner ou Tennessee Williams, deux grands écrivains américains.

«Parfois, ça m’est difficile d’expliquer certaines de mes décisions» artistiques, admet ce jeune homme spontané, volontiers souriant, aux goûts musicaux pointus et amateur de l’écrivain américain Truman Capote.

Aucun distributeur n’a encore acheté le film, mais son prix de la meilleure fiction américaine à Tribeca, agrémenté d’un autre pour la photographie, devrait rapidement lui ouvrir des horizons.

«Merci à mon réalisateur, le plus jeune du festival», a écrit jeudi, sur Twitter, Wendell Pierce, récompensé du prix de la meilleure interprétation masculine pour son rôle dans Burning Cane. «Son talent est bien plus grand que son âge».

Étudiant de première année à l’école de cinéma de l’université de New York, Phillip Youmans travaille déjà à son prochain long métrage, inspiré de la déclinaison du mouvement des Black Panthers à La Nouvelle-Orléans, sa ville d’origine.

Il dit vouloir recréer la même «impression viscérale» que dans son premier film, au plus près de ses personnages.

Le festival a sérieusement perturbé son emploi du temps scolaire. Mais «au final, ce que je veux, c’est faire plus de films», dit celui qui a réalisé ses premiers courts métrages à 13 ans et entend capitaliser sur son récent succès. «Je dois profiter de ce moment».