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Le chanteur et guitariste Philippe Drouin
Le chanteur et guitariste Philippe Drouin

Philippe Drouin: un parcours de combattant

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
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On ne pourra pas reprocher à Philippe Drouin de manquer de persévérance ni de ténacité. Victime d’un accident de la route qui lui a laissé des séquelles à un bras, le guitariste de Québec a refusé de faire le deuil de son instrument. À l’origine droitier, le musicien métal s’est converti en gaucher afin de pouvoir continuer à jouer. À la barre de la formation Obvurt, il lancera le 31 mars The Beginning, un album ancré dans son parcours des dernières années.

Pour Philippe Drouin, les choses ont basculé à l’automne 2016, quand il s’est réveillé à l’hôpital après une collision sur la route. Celui qui était alors membre de la formation Unbreakable Hatred a immédiatement senti que quelque clochait avec sa main. «J’ai demandé qu’on m’apporte une guitare et j’ai essayé sur place d’en jouer. Je sentais que mon poignet ne marchait pas», raconte-t-il.

Le personnel soignant n’a pas tardé à mettre un nom sur le bobo : ostéophyte. «C’est une excroissance osseuse qui est apparue à cause de mon accident, ajoute le musicien. Selon le médecin, je devais avoir la main sur le bras de vitesse quand ç’a frappé et le choc a fait ressortir cette bosse.»

Une opération n’a pas réglé le problème. Philippe Drouin avait déjà de son côté décidé de se revirer de bord. Littéralement. «On m’avait dit que j’avais 50 % des chances d’être capable de jouer comme avant. Entre temps, j’avais commencé à apprendre la guitare gauchère. Pour moi, il n’était pas question d’abandonner la musique», explique celui qui enseigne justement cette discipline à l’école primaire Saint-Albert-le-Grand.

Tout réapprendre «à l’envers»

Avec la dissolution d’Unbreakable Hatred dans la foulée de son accident, Philippe Drouin n’a pas tardé à se lancer dans le projet très personnel qui allait devenir Obvurt. Assez tôt dans le processus, il est allé chercher les conseils du guitariste américain Michael Angelo Batio.

«C’est le meilleur au monde, c’est le plus rapide, c’est un technicien de la guitare, évoque-t-il. Je suis encore des cours avec lui. Il m’a vraiment reparti, il a su m’encourager. Il a su me dire quoi faire justement pour que je ne lâche pas. C’est un peu grâce à lui que j’ai réussi à passer à travers tout ça.»

Parce que tout réapprendre «à l’envers» n’a pas été simple tous les jours pour le musicien. Il cite la musique de Jason Becker, qui l’a beaucoup inspiré. «Il est maintenant paralysé. Il a composé un album avec ses yeux», relate Drouin. 


« Les défis sont énormes. Juste tenir un pick, c’était difficile. Ç’a été un réapprentissage à tous les niveaux. Mais j’ai réussi à surmonter tout ça. »
Philippe Drouin

L’auteur-compositeur-interprète n’a certainement pas ménagé ses efforts pour atteindre son objectif. «J’accumule mes heures de pratique, note-t-il. J’en suis à 6000 heures. Le guitariste Steve Vai a dit que ça prenait 10 000 heures pour devenir professionnel dans un sport, un art ou un instrument. J’essaie de prouver sa théorie. Donc, je pratique le midi à l’école et pendant les pauses. Ça me donne plus de temps.»

La majorité des soirées de l’enseignant y passent aussi. Il n’ira pas s’en plaindre, c’est un mordu, un vrai. Et il avait à cœur de raconter en musique ses épreuves des dernières années. Entouré du batteur Samuel Santiago et du bassiste Olivier Pinard, il a replongé dans le bain métal dans un processus qu’il a voulu lumineux. 

«S’il n’y avait pas eu cet accident, probablement que ce groupe n’aurait jamais existé, lance-t-il. Je raconte vraiment mon histoire et les paroles sont positives, même si c’est du death metal. Je me suis inspiré du groupe français Gojira, que j’aime beaucoup et dont les textes sont positifs. Ça m’a donné l’idée de tendre vers le positif moi aussi. Je trouve que c’est un beau message de persévérance à passer...»