Philémon Cimon a lancé son album <em>Philédouche</em> le 22 mai dans un Facebook live en période de confinement.
Philémon Cimon a lancé son album <em>Philédouche</em> le 22 mai dans un Facebook live en période de confinement.

Philémon Cimon: quand l’amour rime trop souvent avec violence

Dans son nouveau EP, sorti le 22 mai, intitulé Philédouche, l’auteur-compositeur-interprète, Philémon Cimon, présente les facettes les plus dérangeantes de notre conception de l’amour. Six chansons enregistrées en même temps que Pays, avec les mêmes musiciens, entre la région de Charlevoix et son appartement à Montréal. Un album indie folk enregistré avec quelques micros en jouant les «tounes» en cercle pour saisir l’énergie du moment.

Q  C’était comment de faire un lancement en Facebook live en période de confinement?

R  J’aime ça, c’est très différent. Il y a quelque chose qui est possible dans le Facebook live qui ne l’est pas dans un show. Étrangement, il y avait un rapport beaucoup plus direct avec les gens. C’est spontané: tu pèses sur record et tu pars. Il n’y a pas de lourdeur technique. Mettons qu’on ressuscite Félix Leclerc et qu’il fait un Facebook live chez lui, j’aurais vraiment aimé qu’il soit assis sur la chaise où il a écrit ses chansons et qu’il nous montre des livres qu’il a lus durant la semaine.

Q  Dans la présentation de Philédouche, tu parles du sous-texte qui est souvent présent dans le mot amour, dans notre culture. Qu’est-ce que tu veux dire par là?

R  Je trouve que ce qui est promu dans notre culture à la fois par les annonces, les gens et beaucoup de produits culturels, c’est un rapport d’objet à objet. La personne que l’on aime devient notre objet et on attend qu’elle fasse certaines choses. C’est un contrat tacite, non-dit, qui établit le couple à travers des limites, alors que je pense que l’humain est profondément illimité.

Je trouve que ce contrat nous limite dans notre créativité. Surtout, il nous empêche d’aller à la découverte de la vraie personne devant nous et de soi-même. On devient aussi cet objet que l’on imagine qu’il faut devenir pour que l’autre nous aime et ne pas le ou la perdre.

Q  Qu’est-ce qu’il faut changer dans notre vision de l’amour selon toi? 

  Ce qui m’intéresse, c’est une relation d’amour où l’épanouissement de l’autre et de soi est au centre. Aller à la rencontre de l’humain pour voir ce qu’il a de troublant. On n’est pas obligé de le faire, mais la seule chose qui est réellement intéressante dans un couple. Sinon, à mon avis, on reproduit un rapport parental de protection. Ça nous éloigne de l’angoisse fondamentale intérieure qui est le moteur de la création. On fait reposer le poids de notre angoisse sur la personne qui est avec nous, et avec le temps, c’est très fatigant. On finit seulement par connaître la personne en surface et on finit par se tanner.

Q On sent beaucoup de douceur dans ce EP, mais aussi une grande violence. Est-ce que ce projet parle vraiment d’amour? 

R Il y a énormément de violence dans cet album. Je pense que, dès fois, les gens se leurrent en l’écoutant. Ils pensent que je parle d’amour, mais l’album s’appelle Philédouche. Dans la chanson éponyme, il y a un constat d’échec, de l’autodérision. C’est surtout l’histoire d’un gars qui constate qu’il était dans une relation d’objet à objet où il a voulu contrôler sa blonde.

La violence, c’est la même chose. On va dire qu’on s’aime, mais le sous-texte c’est: «Je vais tuer l’autre s’il ne répond pas à la demande» ou s’il vient dévoiler ce qu’on essaie de lui cacher.

Il y a d’autres chansons qui parlent d’un rapport parental comme La fin d’un monde ou Tu m’as mis au monde. Ça mêle carrément l’amoureuse avec la mère. Ce que l’on attend d’une mère c’est qu’elle nous nourrisse, nous protège, parle à notre place. Si on attend ça de notre partenaire, c’est une violence. C’est lui imposer une tâche qui ne lui revient pas et qu’il n’a aucune idée comment faire.

Q  Peux-tu me parler un peu du «douche» qui se cache en nous? 

Il y a peut-être des gens qui ne l’ont pas et tant mieux, mais tu n’as pas besoin d’avoir l’habit du douchebag pour en être un. Tu peux très bien te mentir à toi-même. Je m’auto-proclame Philédouche, donc j’ai certainement été un douchebag en utilisant l’amour comme un moyen de consommer l’autre. Toujours dans le rapport d’objet à objet.

En tant qu’homme, de voir la femme comme un objet à manger, un plat délicieux et inversement. C’est de se demander: «Bon, qu’est-ce qu’il va falloir que je fasse pour arriver à coucher avec cette fille-là?» Il n’y a pas juste le monde du 450 avec une certaine coupe de cheveux, puis un certain type de char qui sont comme ça. Au contraire! Il y en a beaucoup dans le milieu artistique et universitaire. Tous ceux qui se disent bien-pensants et qui connaissent le discours féministe par cœur.