Les acrobates de Flip Fabrique ont donné vie à Petrouchka alors que l’Orchestre symphonique de Québec, gonflé à 80 musiciens pour l’occasion, s’exécutait avec une concentration qui dépassait l’entendement.

Petrouchka: époustouflant!

CRITIQUE / Les soupirs ravis, les exclamations enthousiastes et les applaudissements ont fusé pendant toute l’interprétation de Petrouchka, à laquelle les acrobates de Flip Fabrique ont donné vie. Les acrobaties de haut niveau, complètement arrimées à la musique et à l’interprétation de l’orchestre, étaient simplement époustouflantes.

«C’est extraordinaire!», s’exclamait un spectateur tout près de moi, complètement sous le charme. Il avait tout à fait raison. Rien à voir avec le Cirque de la Symphonie, un spectacle formaté sur les pièces les plus connues du répertoire que l’OSQ avait accueilli il y a quelques années. Nous étions devant une création d’une sensibilité et d’une beauté rare, où Flip Fabrique a montré toute sa fougue, sa candeur et sa sublime folie.

Alors que l’orchestre, gonflé à 80 musiciens pour l’occasion, s’exécutait avec une concentration qui dépassait l’entendement, les acrobates ont donné vie à Petrouchka. Une scène de groupes, avec de nombreuses cascades et sauts, a donné le ton. Les sourires francs des interprètes étaient contagieux, leurs œillades entre les jongleries, alors qu’ils d’apprêtaient à effectuer un tour de passe-passe inattendu, nous donnaient l’impression de faire partie de la bande.

La troupe de Bruno Gagnon, sous la houlette du metteur en scène Olivier Lépine, a particulièrement bien occupé l’espace, faisant apparaître des interprètes au troisième balcon, puis révélant leur fameux trampo-mur, derrière les musiciens.

Les solos et duos de sangles et d’équilibre étaient de haute voltige, très inventifs et athlétiques, avec d’infinies variations qui tenaient autant de l’acrobatie que de la danse. Il y avait surtout un souffle, un flot, une énergie irrésistible.

La musique a toujours été un élément important des créations de Flip Fabrique (Valaire, Millimetrik et Josué Beaucage ont notamment fait partie des concepteurs de leurs spectacles à l’agora), mais les voir enchaîner les pas sur la musique de Stravinski permettait de prendre toute la mesure de leur sensibilité musicale. Les pieds suivaient les notes, les mouvements aériens suivaient les fluctuations des instruments à vent et les sauts sur la trampoline tenaient le rythme, comme un nouvel instrument particulièrement complexe, formé de corps humain, en action.

Prélude d’Hansel et Gretel

En première partie, l’orchestre a interprété le prélude d’Hansel et Gretel de Humperdinck, une mise en bouche fantaisiste où les cors ont particulièrement brillé. Fabien Gabel sait révéler avec délicatesse tous les scintillements de ce type de partition.

Un talent encore plus évident dans le ballet Ma mère l’Oye, de Ravel, où le compositeur se penche sur plusieurs contes connus. Passages trépignants, sonorités chatoyantes, déferlantes féériques… Les arrangements orientalisants, pour le méconnu Laideronnette, impératrice des pagodes étaient particulièrement intéressants à écouter. 

Le concert Le cirque donne vie à Petrouchka était présenté mercredi soir au Grand théâtre de Québec.