Peter Peter a dévoilé vendredi <em>Super comédie</em>, son quatrième album.
Peter Peter a dévoilé vendredi <em>Super comédie</em>, son quatrième album.

Peter Peter : Réconfortante mélancolie

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
«Sous les masques les visages nus se révèlent les uns aux autres aveuglément», chante Peter Peter dans sa nouvelle chanson Répétition. «Combien de jours fus-je coincé chez moi?» demande-t-il un peu plus tard. Réaction à la pandémie? Eh bien non. Le Québécois désormais établi à Paris a signé ces vers bien avant que la COVID-19 ne se pointe le bout du nez...

«J’ai halluciné quand j’ai vu ça. Mais ça n’a rien à voir, c’est ça qui est très drôle. On peut y lire ce qu’on veut», observe au bout du fil l’auteur-compositeur-interprète, qui a posé ses valises dans l’Hexagone il y a sept ans et qui a dévoilé vendredi Super comédie, son quatrième album.

«Ça parle de moi, reprend-il. J’étais bien entraîné pour le confinement. Je l’ai fait souvent. Ce sont des cycles récurrents dans ma vie. Je parlais de mon isolement, qui existe depuis que je suis en France. Je suis quelqu’un de très casanier. Surtout entre deux albums, je ne sors vraiment pas beaucoup.»

On ne pourra pas reprocher au musicien de se contredire. Déjà en 2017, au moment de faire paraître son précédent album, Noir Éden, Peter Peter nous entretenait en entrevue de confinement, d’isolement volontaire, du mode de vie d’«ermite» qu’il s’était imposé pour la création de ses chansons… Bref, contrairement à bien des gens, il s’est vite adapté à la nouvelle réalité de 2020.

Jusqu’à un certain point, du moins...

«Le confinement, je l’ai bien vécu, avance-t-il. Le déconfinement a été presque plus inquiétant. On ne savait pas trop pendant combien de temps on vivrait dans un monde qui est pseudo revenu à la normale. Il y a eu beaucoup d’interrogations dans les dernières semaines. C’est aussi parce que l’album était sur le point d’être lancé. J’ai eu beaucoup de doutes...»

L’auteur-compositeur-interprète évoque des insomnies et s’ouvre sur certaines périodes d’anxiété. Elles nourrissent après tout sa musique depuis ses débuts.

«C’est parfois vraiment inconscient, détaille-t-il. Il y a certaines de mes chansons qui ne me semblent pas nécessairement axées sur les sentiments. Mais je pense que ça vient de la musique qui m’a touché et qui parle de vulnérabilité plus que d’autre chose. Ça parle de peur et d’avouer ses faiblesses. Je suis vraiment là-dedans. On dirait que c’est plus fort que moi. Ça fait partie de mon ADN. C’est comme ça que j’entends la musique, tout simplement. Et c’est comme ça que je la communique.»

Pour Peter Peter, il y a là une volonté de faire du bien. «Les gens ne sont jamais seuls à souffrir, ajoute-t-il. J’aime faire partie de ces artistes qui sont là pour réconforter un peu les gens, mais avec des chansons mélancoliques, bizarrement. C’est quelque chose que j’ai toujours fait. Je ne suis pas là pour faire danser les gens, même si par moments, je le fais. Mais il y a toujours la mélancolie. Ce n’est pas un mauvais sentiment. Pour moi, c’est l’Éden de la tristesse. Il y a une contemplation, il y a un état d’apesanteur dans ce sentiment. Je ne vois pas ça comme un sentiment dépressif. Mais oui, c’est une partie intégrante de moi et c’est partout dans mon travail.»

Entre la France et le Québec

Peter Peter a travaillé sur Super comédie, un album éthéré qui fait la part belle aux claviers, entre la France et le Québec, mais aussi ailleurs. Il pointe les outils technologiques qui permettent d’enregistrer à peu près n’importe où, comme cet échantillonnage pigé dans un bar de Géorgie ou une piste de voix immortalisée à Cuba, où il s’était rendu pour un mariage.

«J’ai essayé de cacher ici et là des trucs de ma vie dans l’album», précise-t-il.

«J’avais envie qu’il y ait des claviers, mais pas seulement ça, reprend le musicien. Noir Éden, c’était un album plus synthétique. Là, j’avais envie qu’on sente vraiment tout. J’avais envie que la guitare se mêle aux claviers. Elle est sur tous les titres, même si elle ne prend pas toute la place. Mais j’avais envie de retrouver la guitare dans mes mains. À la fin de la tournée Noir Éden, ça me manquait beaucoup.»

La COVID-19 a bien sûr forcé le musicien à limiter ses déplacements.

Il dit garder contact avec ses amis québécois et parler à sa mère deux ou trois fois par semaine. Mais ça fait une bonne année qu’il n’est pas revenu dans sa contrée d’origine.

«Je pense que c’est la première fois que je passe autant de temps sans au moins revenir à Montréal», confie celui qui a passé son enfance dans la capitale. Et il ne cache pas que ça lui manque, même si sa réalité est nettement plus européenne depuis quelques années.

«Ma vie est très française, confirme-t-il. Évidemment, j’ai un label qui est très important pour moi à Montréal. Mais quand je ne suis pas dans le travail, je suis beaucoup à Paris. Il a fallu à un moment que je décide de poser mes valises et ces synthés dont on parlait. Je me suis créé un studio chez moi. Oui, ma vie est vraiment à Paris.»