Swann Arlaud et Maud Wyler dans <em>Perdrix</em>.
Swann Arlaud et Maud Wyler dans <em>Perdrix</em>.

Perdrix: déployer ses ailes *** 1/2

CRITIQUE / Erwan Le Duc en a pris du temps avant de compléter son premier long métrage. Mais l’ex-journaliste au Monde fait une entrée remarquée dans le cinéma français avec Perdrix. Sa comédie originale et juste assez absurde offre autant un humour déjanté que des réflexions sur les chemins qu’on emprunte (ou pas) dans la vie, le tout saupoudré d’une idylle sentimentale aussi belle qu’invraisemblable.

Dès les premières séquences de Perdrix, le spectateur est confronté au ton burlesque du réalisateur (entre Wes Anderson et Quentin Dupieux). Alors que Juliette Webb (Maud Wyler) effectue une pose dans une halte routière des Vosges, une femme nue lui vole sa voiture. Elle fait partie d’une bande de nudistes révolutionnaires qui prône le renoncement au superflu et qui sème le trouble en dépouillant les gens (ou en les déshabillant en pleine rue).

Le hic, c’est que le véhicule contient tous les précieux carnets que Juliette écrit depuis son enfance. La jeune femme, fantasque et fougueuse, va surgir de façon fracassante dans la vie du capitaine de gendarmerie Pierre Perdrix (Swann Arlaud).

Le policier, célibataire introverti, s’enfonce dans la routine auprès d’une mère (Fanny Ardant) qui tient un courrier du cœur pour la radio locale; d’un frère biologiste spécialisé dans les vers de terre et de la fille de celui-ci, ado en révolte qui veut s’extirper de la médiocrité ambiante et d’une famille étouffée par la mort du père, il y a 20 ans.

L’arrivée de Juliette va servir de révélateur (dans une version moins extrême que Théorème (1968) de Pasolini). Mais le long métrage joue principalement du contraste de personnalités entre Juliette Webb et Pierre Perdrix, d’autant que chacun tente, à sa façon, de mener l’enquête sur le vol de voiture.

Dans ce cadre relativement convenu, Erwan Le Duc s’éclate. Le scénariste et réalisateur parsème son film de scènes incongrues et décalées. Notamment avec les nudistes, mais aussi avec un groupe de doux dingues qui jouent à la guerre en recréant un affrontement historique qui s’est déroulé à proximité du village pendant la Seconde Guerre mondiale… Sans parler des collègues de Perdrix!

La mise en scène naturaliste de Le Duc repose sur de longs plans cadrés assez larges qui contrastent avec l’excentricité des événements qui se déroulent devant la caméra. Le cinéaste pose un regard tendre sur ses personnages et réussit à nous les rendre touchants dans leur maladresse.

Une mise en scène naturaliste, avec des plans cadrés assez larges, contraste avec l'excentricité des événements.

Les chances qu’Erwan Le Duc parvienne à faire tenir le tout en un récit cohérent — et très amusant — étaient plutôt minces. Il accomplit pourtant ce tour de force, notamment grâce à la chimie entre Swann Arlaud et Maud Wyler, tous deux très bons dans des rôles pas évidents.

Perdrix, présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes 2019, se révèle un film frais et pétillant, idéal pour l’été et se changer les idées.

Au générique

Cote: *** 1/2

Titre: Perdrix

Genre: comédie

Réalisateur: Erwan Le Duc

Acteurs: Swann Arlaud, Maud Wyler, Fanny Ardant.

Durée: 1h39