«Pauline Julien, intime et politique»: portrait d’une insoumise ***1/2

CRITIQUE / Pauline Julien aurait eu 90 ans en 2018 — si elle n’avait pas choisi sa propre aide médicale à mourir il y a 20 ans. Son souvenir s’estompant, le documentaire de Pascale Ferland arrive à point nommé. Parce qu’il trace le portrait intime de la femme, mais aussi celui de son implication sociale et politique dans un Québec en pleine ébullition.

Pauline Julien, intime et politique s’ouvre sur une citation de l’artiste: «Je me sens tellement seule. Peut-être que j’ai trop aimé.» Une phrase qui décrit bien cette femme énergique, tenace et courageuse. On y devine cette sensibilité à fleur de peau qui la plongeait dans un état d’angoisse permanent. Mais aussi la passion qui l’anime, jusque dans son amour profond pour Gérald Godin.

On voit le poète, journaliste et politicien, mais il apparaît en filigrane. La cinéaste a consacré son film d’abord et avant tout à Pauline Julien, qui le mérite amplement. Il rappelle, grâce aux images d’archives, qu’elle fut la première à chanter Gilles Vigneault en France. Qu’actrice et chanteuse, l’immense vedette livrait d’énergiques prestations ici et en Europe. Une femme de conviction animée par un grand désir de changement (un vrai) qui, sur toutes les tribunes, en appelait à l’affirmation des Québécois et refusa de chanter pour la reine Élisabeth II en 1964.

Une époque où la province est secouée par la montée du nationalisme, brillamment résumée par un montage d’images de l’agitation sociale et des bombes du FLQ qui explosent alors qu’on entend Pauline Julien chanter Bozo les culottes (de Raymond Lévesque). Une chanson qui lui sied parfaitement, elle qui fut emprisonnée pendant une semaine lors de la crise d’octobre 1970.

Le film chronologique de Ferland (Adagio pour un gars de bicycle) ne se distingue pas sur le plan formel, il est d’une facture très classique. Mais son efficacité n’en est pas moins redoutable. Et d’une belle pudeur, sans pour autant occulter les moments difficiles. Son documentaire évoque franchement cette terrible aphasie dont Julien commence à souffrir dès 1982 et son suicide subséquent (planifié pendant de longues années, soutient son ami Alan Glass).

Quelle cruelle ironie que cette femme qui maniait les mots avec aisance et panache voyait ceux-ci se dérober sur le seuil de ses lèvres, puis fuir au loin.

À ce propos, comme il existe peu de matériel sur les années qui suivent le référendum de 1980, la fin du film est un peu précipitée. Et un brin déprimante. Parce qu’après avoir incarné l’espoir, cette éternelle insoumise a reçu de violentes claques en pleine gueule, que nous encaissons aussi, coup sur coup, comme spectateur.

Heureusement, après quelque temps, ce n’est pas le souvenir qui reste de Pauline Julien, intime et politique. Mais une leçon de courage et de détermination (peu importe nos convictions). Cette femme s’est toujours tenue debout. C’est plus rare qu’on pense...

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***1/2

• Titre: Pauline Julien, intime et politique

• Genre: documentaire

• Réalisatrice: Pascale Ferland

• Classement: général

• Durée: 1h17

• On aime: la leçon d’histoire. Les images d’archives. L’approche respectueuse

• On n’aime pas: la facture trop sage