À bientôt 76 ans, malgré la maladie de Parkinson qui l’afflige, Patrick Zabé continue à faire courir les foules avec la tournée des Idoles.

Patrick Zabé vit au maximum

Patrick Zabé, né Jean Rusk, a été une figure marquante de la musique populaire des années 60 et 70. À l’exception d’un intermède de six mois, le p’tit gars de la paroisse Saint-Malo n’a jamais quitté Québec. C’est ici qu’il a connu une carrière florissante en affaires avec ses magasins Zabé Jeans. À bientôt 76 ans, malgré la maladie de Parkinson qui l’afflige, l’interprète des chansons à succès Agadou et Senor Météo continue à faire courir les foules avec la tournée des Idoles.

De son magnifique condo, qui domine le jardin Jean-Paul L’Allier, dans le quartier Saint-Roch, Patrick Zabé peut contempler un endroit important de sa carrière artistique. C’est là, juste au coin du boulevard Charest et de la Couronne, près de l’édifice du Soleil, que tout a commencé pour lui, le 16 octobre 1967, au cabaret Le Coronet.

«J’avais chanté Loin de vous [l’adaptation française d’Only You, des Platters]. J’avais appris la version d’Eddy Mitchell», se remémore-t-il, attablé dans son vaste appartement, richement décoré de meubles antiques et de toiles. 

Tout de suite en sortant de l’ascenseur, une toile peinte par le chanteur montre son fils Jean-Patrick à la batterie. Sur la table du salon, un exemplaire de la revue Clin d’œil où apparaît en page couverture sa fille Kim Rusk, animatrice à Canal Vie. La famille n’est jamais loin dans la vie de Patrick Zabé.

Si ce n’était de son ton de voix plutôt faible et de quelques hésitations à trouver le bon mot, rien n’indique que le chanteur vit avec la maladie de Parkinson depuis une dizaine d’années. Aucun tremblement chez lui. Sa posture voûtée découle d’une opération subie au début de l’année pour remédier à une compression cervicale imputable à l’arthrose. «Je suis tellement fâché, lance-t-il. Ça avance pas comme je le voudrais»

«Il ne parle pas fort, mais quand il se met à chanter, la voix est trois fois plus forte, c’est impressionnant», enchaîne sa conjointe Mona Gaumond, sans doute sa plus grande admiratrice, qui partage sa vie depuis 35 ans. La semaine précédant l’entrevue, le couple revenait d’une tournée des Idoles au Lac-Saint-Jean et sur la Côte-Nord, en compagnie de Michèle Richard, Les Milady’s, Jenny Rock et Bruce Huard (Les Sultans).

Agadou-dou-dou

Chaque soir, c’est lui qui clôt le spectacle avec les populaires Le téléfon, Je bois de l’eau au lit et, bien entendu, l’incontournable ver d’oreille Agadou-dou-dou, où l’ananas pousse et le café se fait moudre…

«J’avais entendu la chanson dans un club Med, en Martinique. En débarquant de l’avion, je suis allé voir Guy Cloutier, mon gérant dans le temps, et René Angelil. Ils m’ont dit que ça allait être la toune de ma vie. Moi, j’avais des petites réserves, mais ils ont tellement insisté. Faut croire qu’ils ont eu raison. Beaucoup de monde a critiqué cette chanson, mais c’est quand même celle qui est restée.»

N’est-il pas un peu tanné de la chanter après toutes ces années? «Arrive un moment où tu ne veux plus la faire, mais quand les gens la réclament à ce point-là…» Et Mona de montrer une plaque commémorative soulignant les 125 000 exemplaires (45 tours) vendus en 1974, preuve de cet indéniable engouement.

D’une fois à l’autre, sa compagne n’en revient pas de l’accueil que la foule réserve à son amoureux. «La dernière année qu’il vient de passer avec les Idoles, c’est le top. Les salles sont pleines. Les gens pleurent, l’applaudissent, ça finit plus. Les signatures d’autographes après le spectacle durent une heure et demie.»

Appelez-moi Patrick…

Très tôt, vers l’âge de 10 ans, le talent du jeune Jean Rusk pour le chant attire l’attention de son entourage. «À l’église, c’est souvent moi qui chantais les cantiques de Noël», rappelle-t-il.

C’est sous l’influence de son frère Bob qu’il monte sur scène, dans la paroisse Saint-Malo. Il est appelé à prendre la relève d’un musicien dans un groupe. Son père travaille alors comme caléchier dans le Vieux-Québec. C’est l’âge d’or des salles de danse, cha-cha-cha, mambo, rumba et compagnie. On le retrouve ensuite, parti sur la route du succès, avec Les Doyens, appelé à devenir La bande à Zabé. Sa rencontre avec son futur gérant, Guy Cloutier, donnera un nouveau souffle à sa carrière.


« Ç’a pris deux ans avant qu’il le dise aux enfants, il était ben fâché de ça… »
Mona Gaumond, en parlant de la maladie de Parkinson qui touche Patrick Zabé

C’est à cette époque que son nom de scène, Patrick Zabé, est formé à partir de deux noms de membres de l’équipe, Michel Zabé et Patrick Labouhda. «C’était la mode à l’époque [de changer de nom]. J’étais réticent, j’aimais pas ça, je trouvais ça compliqué, mais on l’a gardé.»

«Moi, je l’appelle Patrick, poursuit sa conjointe, mais les gens de son âge l’appellent Jeannot. Il a eu deux noms sur son passeport pendant un certain temps, mais c’est devenu compliqué. Son nom civil reste Jean Rusk.»

Au jour le jour

Il a fallu un bon moment avant qu’il s’ouvre à ses proches sur la maladie dont il souffre. «Ç’a pris deux ans avant qu’il le dise aux enfants, il était ben fâché de ça…» confie Mona, qui considère qu’il est devenu un exemple de ténacité. À la demande de sa fille Kim, il est maintenant ambassadeur de Parkinson Québec.

Son état ne l’empêche pas d’être le plus actif possible. «C’est un guerrier. Il a un projet par jour», glisse Mona. Il se rend régulièrement au gymnase, donne des spectacles, entretient son chalet de Saint-Aimé-des-Lacs, dans Charlevoix. L’an dernier, il a lancé un album d’une dizaine de chansons, dont une en duo avec Kim, Derrière l’arc-en-ciel (la version française d’Over the Rainbow).

«Je ne veux pas voir ce qui va se passer dans le futur. Je prends ça un jour à la fois. On va vivre au maximum.»

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Des regrets de s'être lancé en affaires

C’est par insécurité financière que Patrick Zabé s’est lancé en affaires, au milieu des années 70, en fondant la chaîne de magasins Zabé Jeans. Sauf que si c’était à refaire, il aurait passé son tour et aurait misé davantage sur sa carrière artistique.

«Si j’ai fait un bon move? Je pense que oui, mais si j’avais à recommencer, je serais resté dans le showbiz. J’aurais écrit des tounes et je me serais essayé sur la France. J’ai eu des occasions d’y aller.»

«Travailler dans le monde du spectacle au Québec, c’était pas sécuritaire comme job, tu ne connaissais jamais le lendemain, poursuit-il, songeur. Il n’y avait pas grand endroits où travailler. En même temps, c’est grâce aux boutiques que j’ai pu faire de la musique. Je suis tombé dans les bonnes années, ça marchait.»

Même s'il ne considère pas comme mauvaise sa décision de se lancer en affaires, Patrick Zabé affirme qu'il aurait dû miser davantage sur sa carrière artistique.

En raison de la lourdeur de la gestion de l’entreprise de 125 employés, le chanteur a même choisi de quitter une émission qu’il animait à la télé, Disco Tourne, au milieu des années 70.

La chaîne Zabé Jeans a compté jusqu’à une trentaine de magasins, tous situés à Québec et dans la région. Le chanteur a tout vendu en 1999 à un neveu qui a transformé les boutiques en Hangar 29. Avant Zabé Jeans, il y avait eu Zabé le bottier, au coin de Saint-Vallier et des Oblats, à la fin des années 60. «Des bottes entièrement faites à la main», souligne-t-il, photo à l’appui.

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En rafale

- Un politicien : Jean Lesage. La Révolution tranquille, c’est lui

- Un chanteur : Eddy Mitchell

- Un peintre : St-Gilles, Rémi Clark, René Richard

- Un musée : la Maison Chevalier (près de Place Royale). On y trouve beaucoup de vieux meubles québécois

- Une ville : Québec. C’est ma ville. Après, c’est Paris

- Un film : Sur les quais, avec Marlon Brando