Pour Patrick Rozon, vice-président aux contenus francophones chez Juste pour rire, la nouvelle dynamique dans l’industrie de l’humour ne signifie pas que des portes sont fermées pour l’entreprise chez Québecor, et vice-versa.

Patrick Rozon n'entrevoit pas de guerre Bell-Québecor en humour

MONTRÉAL — La présence grandissante des conglomérats Bell et Québecor dans l’industrie québécoise de l’humour ne devrait pas paver la voie à un clivage entre les principaux joueurs du secteur, estime le vice-président aux contenus francophones du Groupe Juste pour rire, Patrick Rozon.

Alors que le Groupe CH, qui compte Bell comme actionnaire minoritaire, est l’actionnaire majoritaire, aux côtés d’ICM Partners, de Juste pour rire, Québecor, qui avait tenté sans succès d’acheter cette entreprise, vient d’acquérir une participation minoritaire dans ComediHa!, deuxième principale entreprise au Québec dans l’industrie de l’humour.

«Présentement, on n’a pas senti une quelconque guerre ou une rivalité, a dit M. Rozon, mardi, à Montréal. Est-ce que cela va finir par arriver? Je ne le sais pas. On verra si cela arrive. Mais présentement, on ne le sent pas.»

En poste depuis bientôt cinq mois, M. Rozon participait au dévoilement du nom des artistes (Katherine Levac, Philippe Laprise, Anne-Élisabeth Bossé, Adib Alkhalidey et Julien Lacroix) à la barre des Soirées Cartes blanches qui seront présentées en juillet dans le cadre du 37e festival Juste pour rire.

À son avis, l’implication d’entreprises aux reins solides comme Bell et Québecor témoigne plutôt d’une croissance vigoureuse de l’industrie au cours de la dernière décennie grâce, entre autres, à l’émergence d’une nouvelle génération d’humoristes.

M. Rozon est le petit-cousin de Gilbert Rozon, qui a fondé l’entreprise en 1983 avant de s’en départir plus tôt cette année après avoir été visé par des allégations d’inconduite sexuelle de la part de 10 femmes.

En Québecor, ComediHa!, qui produit le ComediHa! Fest à Québec ainsi que des émissions de télévision, peut compter sur un actionnaire qui exploite entre autres une chaîne généraliste, une division sports et divertissement ainsi qu’une multitude de plateformes de diffusion. Par l’entremise de sa filiale Vidéotron, le conglomérat est également commanditaire du Grand Montréal comédie fest, mis sur pied l’an dernier par un groupe d’humoristes à la suite d’une démarche initiée par Martin Petit.

À l’autre bout du spectre, Groupe CH, derrière evenko, gère une multitude de salles de spectacle dans la région de Montréal, comme le Centre Bell, alors qu’ICM Partners est une agence d’artistes connue à l’international.

Exclusivités?

Pour le vice-président aux contenus francophones chez Juste pour rire, la nouvelle dynamique dans l’industrie de l’humour ne signifie pas que des portes sont fermées pour l’entreprise chez Québecor, et vice-versa.

«Même si cela arrivait, je ne serais pas vraiment stressé, a indiqué M. Rozon. Notre festival est international. Il y a une manière de faire en sorte que ce festival puisse vivre. Je ne vois pas cela comme une problématique.»

Dans le secteur de la télévision, par exemple, certaines personnalités médiatiques sont davantage associées à Québecor, alors que d’autres ont des liens plus étroits avec certains réseaux.

Pour M. Rozon, il n’est toutefois pas question de demander à des humoristes de choisir leur camp entre les deux principaux groupes de l’industrie. «Il n’y a pas de ‘‘je fais ComediHa! alors je ne peux pas faire Juste pour rire’’, a-t-il assuré. Je ne peux pas dire à un artiste ‘‘nous sommes axés sur la créativité et la liberté d’expression’’ et commencer à demander [une exclusivité].»

Même si l’avenir peut réserver des surprises, François Brouard, un professeur titulaire de comptabilité et fiscalité de l’Université Carlton qui dirige un groupe de recherche sur l’industrie de l’humour, n’entrevoit pas une guerre ouverte entre les acteurs du secteur de l’humour.

Il est néanmoins possible qu’il y ait des atomes crochus entre les groupes humoristiques et leurs actionnaires.

«Si ComediHa! était une filiale à part entière de Québecor, peut-être que l’entreprise pourrait être tentée de s’accaparer des artistes, a dit M. Brouard, au cours d’un entretien téléphonique. Mais étant donné qu’ils sont actionnaires minoritaires, je pense qu’ils ont moins à gagner.»

Selon M. Brouard, la récente stratégie de Québecor visant à faire en sorte que certains chroniqueurs n’aient pas de liens d’affaires avec d’autres entreprises médiatiques n’a pas été couronnée de succès.