«Des personnages comme Pauline viennent nous dire qu’on peut prendre la parole, défendre les causes qui nous tiennent à cœur et que ça peut être bénéfique pour la société», affirme la cinéaste Pascale Ferland.

Pascale Ferland souhaite sortir Pauline Julien de l'oubli

«Pauline Julien ne s’en laissait jamais imposer. Elle était extrêmement authentique, disait toujours ce qu’elle pensait. L’indignation était le moteur de ses actions. C’était une insoumise», lance Pascale Ferland. La cinéaste constate que le moment ne pouvait être mieux choisi pour consacrer un documentaire à l’actrice et chanteuse qui a profondément marqué le Québec du XXe siècle. À preuve, l’intérêt que suscite «Pauline Julien, intime et politique», présenté en première mondiale cette semaine au Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ).

Ses combats sont toujours brûlants d’actualité. «Pauline Julien était une femme étonnamment d’avant-garde. Il y avait beaucoup d’artistes qui chantaient pour l’indépendance [du Québec] à cette époque, c’était en vogue, mais au-delà de ça, elle prenait vraiment position pour les femmes, pour les démunis et militait pour les travailleurs.» Elle allait même jusqu’à chanter en prison et accueillir chez elle ceux qui étaient en libération conditionnelle...

Le volet politique était donc incontournable. Artiste engagée, Pauline Julien a su compter sur un énorme capital de sympathie à ses débuts. Son combat pour l’émancipation des Québécois, sur un ton posé, mais avec passion, son talent et ses prestations fougueuses la propulsent sur toutes les tribunes. Où elle soulignait, dès qu’elle le pouvait, «moi, je ne fais pas de politique partisane, je suis une citoyenne engagée».

Le propos, croit Pascale Ferland, ne s’adresse pas qu’aux nostalgiques de l’interprète de L’âme à la tendresse. «J’ose espérer que c’est un modèle pour la jeunesse. […] Il y a plein de choses qui les intéressent: le féminisme, l’égalité, le français, l’environnement… Les jeunes sont indignés par ces causes-là. S’ils vont voir le film, ils vont voir un modèle qui prenait la parole sur la place publique pour des causes comme celles-là. Je trouve ça important qu’ils voient qu’avant eux, il y a des gens qui ont milité pour les mêmes causes.»

À l’aide d’images d’entrevues de fond que Pauline Julien donne à l’époque, Pascale Ferland illustre ses réflexions humanistes, tout en nous faisant revivre l’effervescence des triomphes de la chanteuse sur scène, jusqu’en Europe.

Dans l’intimité
Ce volet politique cède peu à peu la place à l’intimité d’une femme tourmentée. Pas de faux-fuyants, Pascale Ferland a voulu aborder de front ses tourments d’éternelle angoissée, sa maladie et son départ planifié. Le film est plus discret sur sa relation de 30 ans avec Gérald Godin, le poète devenu ministre de René Lévesque.

Un choix qui se veut un peu en réaction à Godin, de Simon Beaulieu (2010), alors que la réalisatrice mitonnait son long métrage depuis 1999. «Quand j’ai vu son film, il a traité Pauline de la même façon, en filigrane. On comprend que Pauline est importante, mais on ne sait pas à quel point. On ne pouvait pas laisser ça de même.»


« Quand j’ai commencé à faire ce film, le souvenir de Pauline s’estompait, on connaît de moins en moins les acteurs de la Révolution tranquille et ce qu’ils ont fait pour le Québec. Je pense que c’est important de leur rendre hommage et de ne pas les oublier. »
Pascale Ferland

Il lui fallait quand même attendre pour être prête à s’investir dans un tel projet. «Mais aussi trouver une façon de me dissocier cinématographiquement du film sur Godin et un équilibre pour que les deux films soient complémentaires. Ces deux personnages ont marché côte à côte. […] Ils se nourrissaient l’un et l’autre pour avancer. Gérald [Godin] aidait sa femme à être grande, à se projeter au-delà d’elle-même. Pauline, la même chose.»

Il y a un autre homme qui a beaucoup compté dans la vie de Pauline Julien, son ami Alan Glass. Il est le seul qui est interviewé dans le documentaire. Parce que, estime la réalisatrice, Simon Beaulieu avait fait le tour des gens qui les avaient côtoyés avec Godin. Et, surtout, parce que Glass pouvait faire le lien avec les périodes manquantes sur le plan visuel.

L’Anglo-Montréalais et Pauline Julien ont fui la grande noirceur des années 50. Glass a donc été témoin de ses premiers tours de chant en France. Mais aussi, jusqu’à la toute fin, des ravages de l’aphasie dégénérative chez son amie.

Tout comme du déclin de sa popularité dans les années 80, alors qu’elle tente de se libérer de son image d’extrémiste qui lui colle à la peau depuis son emprisonnement pendant la crise d’octobre 1970. Elle met de l’avant son côté plus romantique. «Le Québec la boude», croit la réalisatrice. «On n’entend plus beaucoup parler de Pauline.» L’artiste fera de grands séjours en France, année après année, où «elle est restée une grande vedette».

Dans les circonstances, Pascale Ferland considère aussi son film comme un devoir de mémoire. «Oui, vraiment», dit-elle. «À un moment donné, y en a marre. Des personnages comme Pauline viennent nous dire qu’on peut prendre la parole, défendre les causes qui nous tiennent à cœur et que ça peut être bénéfique pour la société. Quand j’ai commencé à faire ce film, le souvenir de Pauline s’estompait, on connaît de moins en moins les acteurs de la Révolution tranquille et ce qu’ils ont fait pour le Québec. Je pense que c’est important de leur rendre hommage et de ne pas les oublier. Il y a une histoire qui est amorcée et il est de notre devoir de la poursuivre. Si on sait d’où on vient, on va peut-être mieux savoir où on va.»