Malgré ses succès, comme ce 12e trophée remporté dimanche au gala Artis, Gino Chouinard compte parmi les êtres les plus sympathiques du milieu artistique.

Pas de place pour l’ego pour Gino Chouinard

CHRONIQUE / Bientôt 12 ans qu’il se lève au beau milieu de la nuit du lundi au vendredi, après l’avoir fait quatre ans le week-end. Mais Gino Chouinard a eu une vie avant «Salut bonjour», de sorte qu’il compte 30 ans de carrière à son actif, un anniversaire qu’a voulu souligner son équipe vendredi dernier.

«Je devais aller tourner une publicité à Québec, mais on m’a fait croire qu’il fallait que je reste parce qu’on consacrait une partie de l’émission au Gala Artis. J’ai été bien naïf», raconte l’animateur de 51 ans, encore sous le coup de l’émotion. Prenant le contrôle de l’émission, Jean-Michel Anctil a alors refait la ligne du temps de la carrière de Gino, sortant bien sûr de multiples extraits et photos, pas toujours les plus flatteurs!

Il est loin le temps où, durant ses années d’études au Conservatoire Lassalle, il annonçait des rabais sur des jeans avec un porte-voix au centre d’achats Pie-IX à Montréal. Ou qu’il annonçait des sous-vêtements et des serviettes en coton molletonné au magasin La Baie du Mail Champlain. «J’aimais ça parce que ça me permettait de construire des messages publicitaires. C’était une école, et ça faisait partie de mon apprentissage», dit-il aujourd’hui avec philosophie.

C’est à titre d’annonceur maison du jeu Double défi qu’il a fait ses débuts à l’écran à TVA, le 10 mai 1989, avant de devenir la voix de Fais-moi un dessin et de Charivari. «Après 10 ans comme annonceur à TVA et à la radio de Joliette, je voulais me réinscrire à l’université pour finir un bac, mais finalement ce creux de vague-là n’a pas duré longtemps. Je pense que j’ai bien fait», affirme celui qui a ajouté une corde à son arc depuis en devenant ambassadeur et propriétaire des boutiques Chocolats favoris.

Sur ces 30 ans, Gino Chouinard en aura passé six à Québec, à la barre notamment des émissions Ciné-magazine, Zap week-end et à la chronique culturelle du Grand journal de TQS Québec, mais aussi au micro de CHIK. «C’était des années d’exploration. Durant mon université, je travaillais dans un hôpital comme préposé aux bénéficiaires tout en faisant de la télé et de la radio communautaires. Quand je suis arrivé à Québec, je faisais de l’écran pour la première fois après des années comme annonceur à TVA. J’ai pu délimiter ma zone, ma couleur, ma personnalité. Au Grand journal, on nous laissait très libre. Mon patron d’alors, Pierre Taschereau, qui est maintenant mon patron à Montréal, nous encadrait bien mais nous permettait de créer notre couleur. Le grand journal avait connu un succès phénoménal à l’époque.»

Près du record de Guy Mongrain

À la veille de battre le record de Guy Mongrain, qui a quitté Salut bonjour après 13 ans de service, Gino Chouinard ne songe pas encore au jour où il pourra rester couché le matin. «Guy est une référence, mais je ne me donne pas comme but d’atteindre son record. Je préfère me demander si j’ai encore du plaisir. J’ai une belle équipe, je ne sais pas si je vais encore être capable de me lever à cette heure-là, mais pour l’instant, quand j’y réfléchis, je n’ai pas le goût d’arrêter.» Née à l’automne 1988, l’émission est encore la référence le matin. «L’automne dernier, on a fait autour de 360 000 pour 45 parts de marché», dit avec fierté l’animateur, citant au passage la forte concurrence des multiples plateformes.

Et pourtant, il n’y a pas que des avantages à tenir la barre d’une émission aussi populaire. «La charge de travail de quatre heures de direct fait que la vie sociale est inexistante. Ma fille a 12 ans, mon fils a 9 ans, ils sont rendus à venir me donner un bisou à 20h15 avant d’aller faire de la lecture. Je ne sors jamais, c’est une de mes déceptions, j’aimerais ça aller voir des chums, des humoristes, des chanteurs, mais j’ai un choix à faire.»

Gino ne caressait pas du tout l’ambition de succéder à Guy Mongrain, ni même à Benoît Gagnon, qui l’a fait durant trois ans. «Je ne l’avais tellement pas qu’il a fallu me convaincre de remplacer Guy Mongrain à son premier été d’absence. J’avais été annonceur à Charivari, Guy était un modèle pour moi, je ne me sentais pas prêt à le remplacer.» L’animateur souffre-t-il du syndrome de l’imposteur? «Je viens d’une famille bien modeste, où il fallait laisser la place aux autres. J’ai grandi dans des commerces, mon père était postier, il s’occupait de l’hôtel de mon oncle, j’ai toujours été en contact avec le public, il a toujours fallu que je prenne peu de place. Aujourd’hui, une bonne partie de ma job est de mettre les autres en valeur. C’est comme si cette jeunesse-là, en contact avec le public, a fait de moi un bon gars de service à la clientèle. C’est comme ça que je me vois à Salut bonjour.»

Abonné au gala Artis — il a remporté son 12e trophée dimanche dans la catégorie des émissions de services — Gino Chouinard entend bien sûr ce commentaire, «c’est toujours les mêmes qui gagnent», sans toutefois le prendre personnel. «Ça ne m’insulte pas, je comprends ces commentaires. Dans ma catégorie, il y a de très belles personnalités, de bons animateurs. C’est le public qui décide, alors j’ai beau me sentir un peu coupable ou mal à l’aise comme je l’ai déjà mentionné dans mes remerciements, je n’ai pas de contrôle là-dessus. J’ai cessé de m’en faire avec ça, mais j’avoue que je me suis questionné et j’ai souhaité qu’ils en fassent gagner un autre. J’ai beau être modeste, à un moment donné, il faut que je prenne ce qui m’arrive.»

Tout le monde s’entend sur une chose : Gino Chouinard compte parmi les êtres les plus sympathiques du milieu artistique. Pas de place pour l’ego dans son cas. «Ce n’est pas valorisant de tirer sur la couverte des autres pour en prendre de son bord. Étonnamment, en agissant comme ça, je récolte davantage. Ce matin, j’ai été ébranlé par les témoignages de mes collègues. J’essaie toujours d’être un bon compagnon, un bon guide, un bon capitaine. Je suis fier d’avoir su créer quelque chose d’aussi sincère au sein de mon équipe.»