Avec son nouveau spectacle, Harold Rhéaume part du concept du texte blanc au théâtre, un texte qui n’est pas attribué à un personnage en particulier. Il imagine deux partitions sources, interchangeables, où six danseurs apporteront graduellement leurs couleurs.

P.artition B.lanche: un grand chantier humain

Harold Rhéaume avait faim d’empathie. Et de rencontres plurielles, nombreuses, variées. Il avait envie de construire avec le public, pour le retrouver au rendez-vous au moment de diffuser sa nouvelle création, P.artition B.lanche, qu’il présentera à Québec du 13 au 15 février.

La nouvelle création du Fils d’Adrien danse s’inscrit dans une série d’actions pour allumer des étincelles avec une forme d’art qui suscite encore certaines appréhensions chez le grand public. «Je suis revenu à Québec pour construire quelque chose. Dix-sept ans plus tard, le milieu s’est mobilisé, s’est développé, on a cette belle Maison de la danse», constate Harold Rhéaume.

Le chorégraphe nous accueille dans son bureau bardé d’affiches de Danse Partout, de L’Éveil, qu’il a créé avec Marie-Josée Bastien, de livres d’art, voire d’une des sculptures d’André Du Bois créée pour le parcours Je me souviens. 

C’est justement avec ces grands déambulatoires, d’abord Le fil de l’histoire, créé pour le 400e anniversaire de Québec, puis Je me souviens, qui entraînait le public de la Citadelle au Parlement, que le chorégraphe a recruté une vague de nouveaux spectateurs pour la danse.

Deux résidences au Musée de la civilisation, au cœur de l’exposition Corps rebelles, dont il est collaborateur au contenu, lui donnent envie d’amener carrément le public dans son processus de création. «J’ai eu comme une révélation», indique-t-il. Et une incroyable envie de recommencer. Il approche donc le Musée national des beaux-arts, le Carré 150 à Victoriaville, le théâtre du Bic, les centres culturels de Sherbrooke et de Notre-Dame de Grâce pour leur proposer d’accueillir le Fils d’Adrien danse en résidence-médiation. Sept semaines de création, à la rencontre des communautés, se déploient sur un an à travers le Québec.

«C’est devenu un grand chantier humain de rencontres, indique Harold Rhéaume. On ouvrait la porte au public, je continuais à créer sous le regard des gens, ils posaient des questions aux danseurs. Ça m’a permis de créer près de 80 % de la pièce devant public.»

P.artition B.lanche en répétition

Ode à l’empathie

Pour cette création ouverte vers le public et «en réaction à la lourdeur qui nous entoure», le chorégraphe décide d’aborder l’empathie, les liens qui unissent les êtres, ce réseau qui nous englobe et nous dépasse. «Ça a donné plein de sous-thèmes, comme comment construire des choses ensemble, dans le travail, mais aussi la solitude, la tristesse. Si, pendant une heure, je badigeonne de l’empathie, ça n’a plus d’effet. Je devais créer des contrastes, du relief», indique-t-il.

Formellement, il part du concept du texte blanc au théâtre, c’est-à-dire d’un texte qui n’est pas attribué à un personnage en particulier. Il imagine deux partitions sources, interchangeables, où six danseurs apporteront graduellement leurs couleurs.

Lucie Bazzo a conçu des éclairages inspirés des clairs-obscurs de Rembrandt. «Il y a de la fumée du début à la fin, qui crée une texture visuelle et vient meubler l’espace qu’il y a au-dessus de la tête des danseurs, qui parfois peut avoir l’air d’un nuage, d’un orage, de la lourdeur dont on parlait tantôt», note le chorégraphe. Sébastien Dionne a imaginé des uniformes gris foncé, militaires, futuristes, qui lentement, comme la partition de mouvements, permettront aux danseurs de se singulariser.

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VOUS VOULEZ Y ALLER?

  • Quoi: P.artition B.lanche
  • Qui: Le fils d’Adrien danse, chorégraphies d’Harold Rhéaume, avec Jean-François Duke, Alan Lake, Ariane Voineau, Fabien Piché, Eve Rousseau-Cyr, Arielle Warnke St-Pierre
  • Quand: du mardi 13 au jeudi 15 février, 20h
  • : théâtre de la Bordée
  • Billets: 26 $ à 43,50 $ sur Billetech
  • Info: www.larotonde.qc.ca/spectacle/p-artition-b-lanche/

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HAROLD RHÉAUME EN TROIS PROJETS

Ces ombres dans l’angle mort

Le fils d’Adrien danse parraine la création Angle mort, présentée du 20 au 24 février par le Théâtre pour pas être tout seul, à Premier Acte. Issu d’un laboratoire présenté aux Chantiers du Carrefour international de théâtre de Québec, Angle mort regroupe Harold Rhéaume et Lydia Wagerer, qui ont une solide expérience de chorégraphes, et des interprètes de la relève, Élizabeth Baril-Lessard, Vincent Nolin-Bouchard et Vincent Roy (qui signe également la musique de P.artition B.lanche). «On a chacun nos projets, mais ça me fait beaucoup de bien à la tête d’arriver dans un projet où je ne suis pas le leader, où je suis comme une roue sur la charrette», indique Harold Rhéaume. Les interprètes de cette proposition théâtrale sans texte, très axée sur les corps, font de la musique, émettent des sons et manipulent les consoles d’éclairage pour évoquer tout ce qu’on ne voit pas, qui se cache dans l’angle mort, qu’on refoule.

Un troisième Bourgeois gentilhomme

Harold Rhéaume enseigne le mouvement au Conservatoire d’art dramatique de Québec et a été invité, de facto, à diriger les danseurs du Bourgeois gentilhomme mis en scène prochainement par le directeur, Jacques Leblanc. «C’est ma troisième expérience. J’ai moi-même incarné un laquais à l’époque de Danse Partout, quand ça a été monté au Trident avec André Montmorency dans le rôle du Bourgeois. Jacques Leblanc jouait le maître de musique», se souvient Harold Rhéaume, qui avait joué près de 150 fois puisque la production avait été reprise à Toronto. Il a ensuite chorégraphié la mise en scène loufoque, clownesque et éclatée de Martin Genest au Trident en 2014. Cette fois, il doit composer avec la musique «très comptée» de Strauss et Lully. «Ce sera donc une danse hybride, pas totalement contemporaine, qui flirte avec le menuet et un côté forain, mais qui contient aussi des chutes au sol et des portés», indique le chorégraphe. Le Bourgeois gentilhomme sera présenté le 28 février avec l’Orchestre symphonique de Québec et du 1er au 3 mars au Théâtre du Conservatoire.

Faire corps avec Giacometti

En sachant que l’œuvre de Giacometti venait à Québec, Harold Rhéaume a eu un grand coup au cœur. «Il fallait qu’on propose quelque chose!» s’exclame le chorégraphe, qui a suivi une formation en arts visuels avant de se tourner vers la danse. Parlant des sculptures longilignes, marquées par la trace des mains de l’artiste suisse, il explique : «Il y a quelque chose dans ce corps immobile qui suggère le mouvement dans l’immobilité, qui a une parenté avec mon travail. Lorsque je crée, je n’envoie pas les danseurs en coulisses, j’aime voir les corps créer une collectivité, une communauté, les voir debout dans l’espace, les voir juste résonner, ça m’inspire.» Le cœur d’Empreintes mouvante, danser Giacometti a été créé à partir de Piazza, une sculpture où cinq silhouettes semblent sur le point de se croiser, sans toutefois qu’aucune ne soit dans l’axe de l’autre. Les danseurs seront habillés par le designer Philippe Dubuc, dont «la manière de sculpter les corps et la matière luisante du vêtement rappelait les bronzes». Dans une structure qui rappelle La cage, sur la musique d’Arvo Pärt, les danseurs s’exécuteront au moment qui coïncide avec la fin des tours guidés, le mercredi 21 mars, puis les samedis 31 mars et 21 avril.