Le groupe Papa Roach sera en spectacle au Grand Théâtre mardi.

Papa Roach: les temps changent...

En 2000, Papa Roach a marqué l’imaginaire avec la locomotive Last Resort, sur laquelle le chanteur Jacoby Shaddix distillait ses idées noires dans un coup de poing nu metal aux vers suicidaires. Au moment de créer le dernier album de la formation, Crooked Teeth (2017), le Californien a une nouvelle fois mis en musique un épisode dépressif sur la chanson Help, aux influences plus pop et dont le message prend davantage la forme d’une main tendue pour aller chercher de l’aide. Les temps changent chez Papa Roach, qui a depuis quelques années fait le plein de nouveaux fans en brouillant les frontières des genres et en récoltant les clics par millions sur les plateformes de diffusion en continu. Discussion avec le leader de la formation attendue au Grand Théâtre mardi.

Q Dans quel état d’esprit étiez-vous au moment de créer le dernier album?

R Nous réfléchissions beaucoup à notre parcours, à ce que Papa Roach a accompli. J’ai beaucoup pensé aux éléments qui ont fait la force de notre groupe au fil de notre carrière. J’ai voulu replonger dans ces éléments pour créer quelque chose qui rappellerait ce que Papa Roach était il y a longtemps, mais qui aurait en même temps un son actuel. J’aime le rock, j’aime le hip-hop, j’aime le punk, j’aime la pop, j’aime la musique électronique. Tous ces styles que j’aime et que j’écoute, je veux trouver un moyen de les mélanger. 

Q Vous avez écrit la chanson Help dans un épisode dépressif. Qu’est-ce qui vous a poussé à le faire?

R C’est l’une des dernières chansons que nous avons écrites pour l’album. Dans ma vie, je me suis battu contre la dépression, j’ai lutté contre une noirceur intérieure. Pendant le processus de création de cet album, j’ai vécu un creux, émotionnellement et spirituellement. J’étais pratiquement au bout du rouleau. Nous étions en studio et les gars travaillaient sur quelque chose de super entraînant. Moi, j’étais assis dans un coin à me dire : «Fuck ça! Fuck cette musique. Je n’aime pas cette chanson, c’est de la merde, c’est vraiment nul…» C’est là que les gars ont suggéré que je prenne mes idées noires et que je les mette dans cette musique en disant que ça pourrait donner quelque chose de puissant. Je me suis souvenu que c’est ce qu’on avait fait avec la chanson Scars [en 2004]. C’est ce qu’on a fait et ç’a super bien sorti. C’est devenu l’une de mes chansons favorites. 

Q Décririez-vous cette chanson comme une version plus mature de Last Resort?

Dans les paroles, c’est totalement ça. Dans Last Resort, on est pris dans la noirceur. Dans Help, il y a au moins une main tendue en dehors de la noirceur. 

Q Vous chantez Last Resort depuis 18 ans. Et vous n’avez clairement pas le choix de continuer…

Ouais… C’est un classique. Je suis tellement reconnaissant d’avoir une chanson comme ça dans notre répertoire. Chaque fois qu’on la joue, peu importe où on est, peu importe l’heure qu’il est, peu importe qui est au spectacle, ça explose. 

Q Cette chanson a eu un tel succès. J’ai l’impression qu’à force de l’entendre ou de la chanter, on perd un peu de vue le sens des paroles qui sont sans issue, qui parlent clairement de suicide. Ressentez-vous la même chose?

R Je le perds dans l’énergie de la performance sur scène, je pense. C’est sûr que quand je m’arrête pour réfléchir à ce que je dis, je fais comme toi et je me dis : «Fuck, man. C’est horrible!» Mais je crois aussi que plusieurs fans se sont déjà sentis comme ça. C’est comme une libération d’avoir vécu ces sentiments et d’être capable de partager ce moment avec d’autres. Quand on est sur scène, c’est un bon moment. 

Q Quelle importance accordez-vous au message social de vos chansons? 

R C’est un des éléments des premiers albums que j’ai voulu ramener. J’ai des opinions sociopolitiques bien tranchées, mais je ne les exprime pas toujours en musique. Cet album m’a donné l’occasion de replonger là-dedans et de parler de ma vérité. Maintenant plus que jamais, c’est le temps de se lever pour défendre ce à quoi on croit.

Q Qu’est-ce qui vous fait dire ça?

J’en suis à un moment de ma vie où je suis un protecteur et un père. Pour moi, c’est la chose la plus importante. Je veux enseigner à mes enfants qu’ils doivent se tenir debout et faire entendre leur voix. Qu’ils doivent être des leaders plutôt que de suivre. Avec la chanson Born for Greatness, j’ai eu envie d’écrire quelque chose de positif. Ce monde peut être tellement fou. Aussi ringard que ça puisse paraître, j’ai eu envie de dire qu’en tant qu’individu, on peut tous faire de grandes choses. 

Q Avez-vous l’impression que votre public s’est renouvelé dans les dernières années?

Absolument. Dans les cinq dernières années, on a vraiment observé un virage. Notre base de fans s’est transformée. C’est en grande partie à cause de la musique qu’on écrit et de l’histoire de notre groupe. Mais c’est aussi beaucoup à cause de la diffusion en continu. Ça nous a donné l’opportunité de rejoindre un tout autre groupe de fans. Avec Spotify, on peut voir où on se tient. On a entre six et sept millions d’auditeurs mensuels. Si on se compare à nos pairs, on botte des culs! On voit des fans plus jeunes se pointer à nos spectacles. Pour nous, c’est très excitant parce qu’on a encore beaucoup à dire avec notre musique.

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VOUS VOULEZ Y ALLER?

  • Qui: Papa Roach (précédé de Nothing More et Escape The Fate)
  • Quand: 17 avril à 19h
  • : Grand Théâtre
  • Billets: de 57,20 $ à 74,70 $
  • Info.: www.grandtheatre.qc.ca