Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

SÉRIE TÉLÉ

Peaky Blinders, de Steven Knight ***1/2

Il n’y a rien de doux dans Peaky Blinders, dont la quatrième saison est sortie sur Netflix Canada en décembre et sera diffusée en français à partir du 5 mars sur UnisTV. Dès les premières minutes, on plonge dans les bas-fonds d’un quartier ultra-pauvre de Birmingham, en Angleterre, en 1919. On y suit l’ascension de la famille Shelby, propriétaire d’une maison de paris, aussi connue sous son nom de gang, les Peaky Blinders. On les suivra dans leurs magouilles pour s’élever dans la société. C’est que le leader du gang, l’énigmatique Thomas Shelby (intense Cillian Murphy), possède à la fois le don de se mettre dans d’incroyables pétrins, mais aussi le génie de s’en sortir, avec des combines impossibles — et souvent sanglantes. On aime pour l’aspect cinématographique de la réalisation, le portrait sombre et cru d’une époque sans foi ni loi qui ressemble au Far West, et pour la délicieuse trame sonore, le plus souvent anachronique. Même si les cœurs sensibles — dont je suis — se cachent les yeux — à l’occasion.  Isabelle Houde

LIVRE

Le corps des bêtes, roman d'Audrée Wilhelmy ***1/2

Le corps des bêtes se dévore en quelques heures de lecture. C’est une bulle dans un lieu indéfini, imaginaire, intemporel, qui nous happe, questionne nos tabous et nos appétits, comme le font les contes — pas ceux de Disney, mais ceux des frères Grimm et de Perrault. On y suit les réflexions de Mie, qui vit dans un phare avec sa grand-mère, ses frères, son père et son oncle, qu’elle convoite, pour qu’il lui montre le sexe des humains. Sa mère, sauvage, un peu sorcière, vit seule sur la plage. Mie, elle, a le pouvoir d’introduire son esprit dans le corps des bêtes qui l’entourent. On aime sa prose furieuse, charnelle, son don pour agencer les sonorités. Ses phrases tintent, scintillent, dansent. Son récit nous plonge dans un monde inconnu, mais étrangement familier. Il s’agit, déjà, du troisième roman de l’auteure de Cap-Rouge, qui vient tout juste d’entrer dans la trentaine. Le deuxième, Les sangs, puise plus directement aux contes, en l’occurrence Barbe-Bleue, en laissant la parole à sept femmes qui ont croisé le chemin d’un amateur de chair crue. Le corps des bêtes nous amène dans une mythologie plus personnelle, qui nous donne hâte au prochain roman d’Audrée Wilhelmy.  Josianne Desloges

MUSIQUE

Nation of Two, de Vance Joy ****

Des refrains accrocheurs et une folk-pop rassembleuse… Vance Joy, c’est souvent réjouissant d’avance. Mais Vance Joy avec des cuivres, ça décolle en grand! Un peu plus de trois ans après la parution de son premier vrai album, l’Australien revient cet hiver avec Nation of Two, une offrande sur laquelle il laisse ses chansons prendre du coffre. Les meilleurs exemples : les enlevantes Lay It On Me et We’re Going Home, cette dernière méritant sans doute le titre du plus grand ver d’oreille de l’année (encore jeune, on en convient). Mention spéciale aussi à Saturday Sun, qui part d’un simple ukulélé avant de prendre de l’altitude. Sans renier un goût pour les pièces plus intimistes, l’homme derrière le succès Riptide se donne de festives munitions pour sa tournée qui commence. Aucune date n’a encore été annoncée pour Québec, mais le chanteur nous a laissé entendre en entrevue qu’il travaillait sur un retour estival. On met un petit 2 $ sur le Festival d’été?  Geneviève Bouchard

LIVRE

Le saint patron des merveilles, roman, de Mark Frutkin **** 

Pas besoin d’être allé en Italie pour savourer Le saint patron des merveilles, de Mark Frutkin (traduction de Catherine Leroux chez Alto). Sauf qu’avoir une référence sensorielle à ce doux pays, sa chaleur et ses saveurs amène définitivement une dimension supérieure à l’enivrant récit historique, mais sans âge. L’alchimie entremêle deux époques dans la Lombardie de la fin XVIIe, début XVIIIe siècle, jouant dans les cordages d’une famille de nobles, d’un prêtre excentrique sur la voie de devenir saint, d’un avocat du diable censé fouiller son passé, et d’une troupe de commedia dell’arte. Une fiction luxuriante, dépaysante, délicieuse, qui mesure l’influence des comètes sur les destins à l’aune du hasard. Frutkin a le don de nous mener doucement en bateau du réel vers le mystique, le magique et l’étrange, sans qu’on le remette en question.  Isabelle Houde