Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

MUSIQUE

Ride Out the Storm, album rock/celtique de Bodh’aktan ***1/2

Sept ans après avoir pris la scène d’ici par surprise avec son énergique métissage de rock et de musique celtique, Bodh’aktan ne ralentit pas la cadence et ne semble pas près de s’assagir. Entièrement en anglais, le tout récent Ride Out the Storm continue de creuser le sillon de solide manière et annonce des apparitions aussi musclées que festives sur les planches. La formation ne boude pas quelques ballades : cette jolie While I’m Away sur la conciliation famille-tournée ou cette relecture avec Paddy Moloney des Chieftains de la chanson traditionnelle Black Velvet Band. Mais le chanteur Alexandre Richard et ses complices logent la plupart du temps à l’enseigne de l’endiablé. Si la chanson à boire Nothing But a Game ou la reprise bien sentie de l’air folklorique Heave Away n’ont pas réussi à vous faire taper du pied (ce qui serait étonnant!), gageons que la bien nommée Reels terminera le travail. Geneviève Bouchard

MUSIQUE

Come Tomorrow, album rock de Dave Matthews Band ****

Depuis une quinzaine d’années, Dave Matthews espace la sortie de ses albums en studio, mais multiplie les CD en spectacle. Ce qui renforce son aura de jam band culte (surtout aux États-Unis), où la virtuosité, l’improvisation et l’énergie brute sont à l’avant-plan. Et en conforte dans leurs convictions que le groupe est faible sur le plan de la composition et de l’écriture. Le très inspiré Come Tomorrow, après l’endeuillé Big Whiskey & the GrooGruk King (2009) et le solide Away From the World (2012) répond à ses détracteurs avec une assurance tranquille et l’inspiration d’un chef d’orchestre qui n’a plus rien à prouver. Avec des chansons plus concises et condensées, Matthews offre du rock solide et punché, louvoyant entre les complaintes dépouillées et les sombres pièces up tempo offertes dans un chant plus rugueux qu’avant. Ce dixième opus, même s’il contient des compositions qui datent depuis quelques années, est le parfait reflet de l’époque actuelle, avec les réflexions et les interrogations d’un homme mieux dans sa peau, mais inquiet de l’état du monde. Comme beaucoup d’entre nous. Éric Moreault

LIVRE

Une vie sans fin, roman de Frédéric Beigbeider ***

La quête de l’immortalité est au cœur de ce roman de «science non-fiction» du toujours cynique Frédéric Beigbeder. L’auteur se met en scène à la première personne, en compagnie de femme et enfants, dans des rencontres avec de vrais spécialistes du vieillissement et des visites dans des centres de cure sensés ajouter des années à la vie. C’est grinçant à souhait, rien d’étonnant quand on connaît le personnage. Les explications scientifiques, abondantes, sur la façon de rajeunir les cellules humaines sont à la fois passionnantes et inquiétantes. En revanche, Beigbeder raffole du name dropping, pour la plupart des gens du milieu artistique français, ce qui risque de laisser le lecteur étranger un peu pantois. On sent entre les lignes que ce grand jouisseur de la vie qu’est Beigbeder commence, à 52 ans, à se dire que le plaisir ne sera pas éternel et que le temps des grandes questions sur la suite des choses est venu. Comme il l’écrit si bien, «la peur de l’âge est une angoisse de la mort travestie en hédonisme attardé». Normand Provencher

MUSIQUE

re:member, simple néo-classique d'Ólafur Arnalds ****

Ólafur Arnalds a multiplié les projets collaboratifs ces dernières années, si bien que son dernier album «solo» original, For Now I Am Winter, remonte déjà à 2013. Ces cinq années ont clairement profité à l’Islandais pour nourrir comme une vague de fond sa créativité. Sur le simple re:member, lancé en avril, on peut d’abord entendre le Ólafur Arnalds classique, celui des bandes sonores de Broadchurch ou encore de For Now I Am Winter, dans une douceur mélancolique de cordes et de piano. Mais c’est avant que s’impose la sonorité toute fraîche de ses fameux pianos-robots, deux pianos automatisés qui donnent la réplique au sien. Ils donnent un élan tout à fait étonnant et énergique, tout en résonnances et en rebondissement, et introduisent à leur tour des rythmes électros pimpants. Cinématographique, planant, inspirant. Si c’est là un bon résumé de l’album à paraître à la fin août, on s’en réjouit déjà! Isabelle Houde

Nos cotes: ***** Exceptionnel; **** Excellent; *** Bon; ** Passable; * À éviter