Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

Musique

Confessions of a Dangerous Mind, hip-hop, Logic ***

Difficile de reprocher à Logic de se tourner les pouces. Le rappeur qui occupe la tête d’affiche de la désormais traditionnelle soirée hip-hop sur les Plaines au prochain Festival d’été de Québec (12 juillet) enchaîne les projets : entre deux disques lancés l’an dernier et un roman assorti d’une trame sonore, le voilà de retour avec Confessions of a Dangerous Mind, son cinquième album studio. Bobby Hall (de son vrai nom) n’a résolument pas la langue dans sa poche et ce n’est pas avec cette nouvelle collection qu’il démentira sa réputation, lui qui y fait débouler des textes touffus à une vitesse parfois affolante. Il est beaucoup question de succès et célébrité en cette ère de réseaux sociaux et de ces fameux haters, qui reviennent (trop?) souvent dans ces chansons frondeuses, pas nécessairement pour les oreilles chastes, mais qui deviennent parfois redondantes. Dans cette dense proposition, Logic croise notamment le micro avec Eminem (décoiffante Homicide), Will Smith (dans un clin d’œil musical aux années 90 et à son rôle dans Fresh Prince of Bel-Air) et même avec son propre papa (Bobby).  Geneviève Bouchard

Musique

I Am Easy to Find, rock alternatif, The National ****

I Am Easy to Find s’inscrit dans le prolongement logique de Sleep Well Beast (2017). The National poursuit l’expansion de sa palette sonore de façon plus organique (et un peu moins dramatique) sur ce huitième album. Avec un ajout de taille : plusieurs voix féminines. Pas aux chœurs : sur un pied d’égalité avec Matt Berninger, la voix distinctive et plaintive du groupe. Une démarche qui découle à la fois de la volonté du cinéaste Mike Mills de faire un court métrage avec la musique (et Alicia Vikander), et des thèmes abordés par Carin Besser, la femme de Berninger : le couple, pas le leur, mais en général, et l’influence de la filiation et des interactions sociales qui nous définissent. Une palette sonore élargie, donc, mais toujours aussi mélodique, avec cette capacité de construire avec quelques accords minimalistes une chanson, souvent une complainte, qui a un maximum d’impact (Not In Kansas, par exemple). En résulte un superbe et ambitieux recueil de 16 morceaux qui réaffirme l’importance de National comme l’un des meilleurs groupes rock alternatif contemporains.  Éric Moreault

Livre

Rang de la croix, roman, Katia Gagnon ***1/2

Ceux qui aiment les lectures glaçantes pour l’été vont être servis avec Rang de la croix. D’autant qu’avec ce troisième roman, Katia Gagnon arrive avec son texte le plus abouti, tant sur le plan de l’intrigue, prenante et bien construite, que de la richesse du vocabulaire et des descriptions (on lui pardonne quelques maladresses un peu plaquées). Le récit s’articule sur quatre époques par l’entremise d’un retour en arrière décroissant, de nos jours jusqu’au début de la colonisation du Témiscouata. Une maison construite au début des années 1930 sera le théâtre d’événements troublants — Rang de la croix croise le fantastique à la Stephen King et le roman du terroir (ce qui n’est pas péjoratif), tout en explorant la puissance des liens filiaux, l’empreinte de la religion sur notre inconscient collectif, la cupidité, les interdits… Mais, surtout, la journaliste de La Presse trace le portrait de quatre femmes en autant d’époques, unies par de tragiques destinées liées à la condition féminine. Une belle exploration du côté obscur en chacun de nous...  Éric Moreault