Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

MUSIQUE

Beaucoup de plaisir, album rock des Trois Accords ****

On ne peut pas dire qu’il soit mal nommé, ce nouvel album des généralement réjouissants Trois Accords: on a effectivement beaucoup de plaisir à entrer dans les dansants tableaux de cette sixième offrande. Si les Drummondvillois se sont parfois imposé des concepts (on pense notamment aux amours en tous genres de J’aime ta grand-mère ou au grunge gai du dernier disque), ils tirent dans tous les sens. Sous la plume imagée (et juste assez décalée) du chanteur et parolier Simon Proulx, on passe par exemple d’un irrésistible hymne à la danse au récit de commotions cérébrales, d’une chanson d’amour sur fond horticole à un pep-talk mélodique à une bactérie. On ne trouve aucun temps mort sur cette collection percussive à souhait, indéniablement festive et bien garnie de refrains vers d’oreille (offrons ici la palme à cet Albino trois-quarts). Ça promet pour le spectacle, qui sera présenté à l’Impérial le 15 mars. Geneviève Bouchard

MUSIQUE

Elle et moi, album pop de Marie-Mai **1/2

À ceux qui se demandaient où rebondirait Marie-Mai sans son complice de toujours, Fred St-Gelais, l’auteure-compositrice-interprète offre une éloquente réponse avec Elle et moi. Avec la complicité du compositeur et réalisateur Oliver Som (un Anglais installé à Berlin qui a notamment travaillé avec James Blunt, Robbie Williams et Louise Attaque), la blonde artiste revient à l’avant-plan armée d’une solide galette pop. Dans une facture généralement dansante, elle exorcise ses dernières années en mettant de l’avant des textes très transparents: quiconque a suivi sa rupture très médiatisée reconnaîtront ses références. Ici et là, quelques coups de gueule, mais surtout une volonté exprimée de se retrouver, de se reconstruire, de se renouveler. En ralentissant la cadence, elle offre deux tableaux fort évocateurs: on entend sur La fin une ex qui agite un drapeau blanc avec beaucoup de classe, puis c’est la mère qui s’exprime dans l’inspirée Ton histoire, portée par de somptueux arrangements de cordes. Geneviève Bouchard

MUSIQUE

Walls, album de chanson de Barbra Streisand ****

Le titre du 36e album en carrière de Barbra Streisand ne fait aucun doute sur son orientation engagée. Walls renvoie au mur que Donald Trump rêve de voir ériger à la frontière avec le Mexique. Dans ce qu’elle considère comme son disque le plus personnel, la chanteuse aux huit Grammys décline avec sa divine voix une dizaine de mélodies qui expriment ses préoccupations au sujet de la situation politique dans son pays et sur l’état du monde. Ainsi Don’t Lie to Me fait directement référence à la propension du controversé président américain à détourner la vérité à son profit. Elle l’invite dans Take Care of This House à rester digne de sa fonction entre les murs de la Maison-Blanche. Le discours d’investiture d’Abraham Lincoln, en 1861, sert de toile de fond à Better Angels. Impossible de ne pas être touché par sa magnifique reprise d’Imagine, de John Lennon, dans lequel se fond, à mi-parcours, What a Wonderful World. Les touchants arrangements de Walter Afanasieff, John Shanks et David Foster contribuent à faire de cet album une oasis dans un monde en proie au tumulte. Normand Provencher

LIVRE

L’âge d’or, bande dessinée de Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil ****

La trame de L’âge d’or est, croirait-on, assez classique. Le vieux roi est mort. Sa fille Tilda doit accéder au trône où sa compassion mettra un baume sur les souffrances du peuple. Toutefois, son jeune frère et son entourage intriguent et la princesse doit fuir en exil. Le récit est palpitant, mais il sert aussi de prétexte au duo d’auteurs pour aborder des thèmes très contemporains: inégalités hommes-femmes, trahison, coercition, désinformation, etc. Et grâce aux preux chevaliers Tankred et Bertil, ce livre richement illustré prétend aussi qu’il reste de l’espoir et de la noblesse de sentiments dans le cœur de certains hommes — chacun cherche le mythique livre de l’âge d’or qui relate un temps où hommes et femmes vivaient dans une société égalitaire et juste. S’il n’y avait que ça! Les illustrations des quelque 200 pages sont un pur ravissement. Empruntant aux enluminures du Moyen-Âge et aux techniques cinématographiques, cette BD est tout simplement exceptionnelle. Éric Moreault

MUSIQUE

Suspiria, trame sonore de Thom Yorke ***1/2

Il est approprié que ce soit Thom Yorke qui se charge de la trame sonore de Suspiria, le remake de Luca Guadagnino du classique baroque de l’horreur de Dario Argento (1977). Le chanteur de Radiohead a largement prouvé, avec ses disques solos, qu’il était passé maître dans la création d’atmosphères. D’ailleurs, les détracteurs des falsetto de Yorke pourront se réjouir, il ne chante pas souvent — mais quand il le fait (A Storm That Took Everything, Unmade ou la plus mélodique Suspirium finale, par exemple), les admirateurs du groupe anglais vont se retrouver en terrain connu. Le reste du temps, toutefois, la musique remplit à merveille son rôle de terrifier l’auditeur: A Choir of One est particulièrement éprouvante, tout comme The Hooks avec ses grognements qui procurent une sensation désagréable dans la colonne dorsale. Yorke a aussi fait belle place aux chœurs, mais le résultat est parfois déstabilisant (Sabbath Incantation). Bref, une démarche expérimentale intéressante qui remplit parfaitement son rôle, mais qui ne plaira pas à toutes les oreilles... Éric Moreault

Nos cotes: ***** Exceptionnel;  **** Excellent;  ***Bon;  ** Passable;  * À éviter