Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

Livre

Pierre Bruneau: même heure, même poste ***

Biographie de Pierre Bruneau, avec la collaboration de Serge Rivest

Raconter la vie de Pierre Bruneau, c’est passer au travers de l’histoire de l’information à la radio et à la télé privées depuis les années 70. Premier journaliste à occuper le poste de lecteur des nouvelles à Télé-Métropole, auparavant attribué à des annonceurs, l’homme aux 20 trophées Artis décrit avec humilité les moyens bancals de l’information à son arrivée en 1976, et puis comment il avait poussé pour qu’on prenne les journalistes au sérieux. Mais aussi comment l’ont marqué des événements comme la tuerie de Polytechnique et la crise d’Oka, qui a sorti le service des nouvelles de TVA de son image de broche à foin. 

On sourit et on a mal en lisant l’épisode navrant de l’ordinateur détraqué à l’élection de 1981, qui a couvert de ridicule le service des nouvelles de Télé-Métropole. Même heure, même poste, c’est aussi le courage et la douleur d’un père, dont le fils Charles, devenu un héros, est décédé de la leucémie, une histoire aussi touchante qu’inspirante.  Richard Therrien

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Musique

Begin Again ***

Pop-rock, Norah Jones

Avec Begin Again, Norah Jones vient nous faire un petit coucou avant son prochain effort. Il s’agit en effet d’une (courte) compilation de simples qui ont vu le jour depuis l’été 2018. Le titre est approprié, mais il ne faut pas se laisser tromper. Il ne s’agit pas à proprement parlé d’un nouveau départ, plutôt du prolongement d’une démarche amorcée il y a longtemps qui a culminé avec le superbe pop-rock The Fall (2009). Depuis, Jones louvoie entre les styles musicaux, du country (Foreverly) au pop-jazz (Day Breaks). Les sept titres sont ici tout aussi éclectiques, au gré de ses collaborations, comme A Song With No Name duo guitare acoustique-voix avec Jeff Tweedy, ou la décevante électropop Uh Oh avec Thomas Bartlett (Doveman). L’idée de déployer ses ailes est bonne, même si le vol est parfois chaotique. On prend toutefois note que le meilleur titre, la dépouillée It Was You, est celle où Norah Jones, au piano, titille la note bleue et nous caresse de sa voix envoûtante...  Éric Moreault

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Livre

Sortie côté tour ***

Roman de Patrick deWitt

Patrick deWitt a le rare talent de pouvoir jouer avec aisance des codes littéraires pour mieux les détourner, avec un humour aussi fin que brillant. Pour Sortie côté tour, il s’est attaqué à la comédie de mœurs en explorant la dynamique entre une mère sexagénaire et son fils trentenaire qui ont dilapidé leur fortune. Frances est une veuve joyeuse au bord du gouffre alors que l’apathique Malcom se laisse porter par le courant. L’auteur explore le rapport à l’argent, la culpabilité, l’individualisme et la possibilité d’y survivre… Le récit est savoureux, la plume vive, Paris vivante et deWitt sait charmer le lecteur avec son imagination débordante. Mais, car il y a une grosse réserve, ses antihéros sont aussi antipathiques… J’ai, en effet, peu d’empathie pour la misère des riches et leur neurasthénie. Les personnages secondaires sont fabuleux — ils arrivent bien tard, cependant. Pas aussi marquant que Les frères Sisters (2011), il n’en demeure pas moins une fort agréable lecture.  Éric Moreault

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Musique

Nul n’est roé en son royaume ****

Hip-hop, Robert Nelson

Membre du collectif Alaclair Ensemble et moitié du duo Rednext Level, Ogden Ridjaniovic, alias Robert Nelson, se commet pour la première fois sur disque en solo avec Nul n’est roé en son royaume. Les amis ne sont toutefois pas bien loin sur cette collection de 12 titres, auxquels ont contribué les complices d’Alaclair KNLO, Eman et Claude Bégin. L’étourdissant premier extrait Jacques Plante a donné le ton en partie à l’aventure, bien garnie de textes denses mitraillés par le rappeur. Mais celui-ci se permet aussi de ralentir un peu la cadence pour exorciser quelques démons et aborder le deuil d’un ami (très belle Lucioles), une rupture amoureuse (Chimie) ou des épisodes d’anxiété (Ligne de front, en duo avec Caro Dupont). L’ensemble s’avère habile et inspiré, avec en bonus une réjouissante visite de Koriass sur Jacques Demers.  Geneviève Bouchard