Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

LIVRE

Imagine John Yoko, essai de John Lennon et Yoko Ono ****1/2

Tout fan de John Lennon se doit d’avoir dans sa bibliothèque ce beau livre de 300 pages qui relate par le détail la confection de l’album Imagine, en 1971. «Les gens qui ont travaillé sur Imagine étaient des gens de paix», explique la maître d’œuvre du projet, Yoko Ono, qui a rassemblé une somme impressionnante de documents d’époque, de témoignages et d’archives. Magnifiquement illustré, l’ouvrage explore toutes les étapes de la fabrication du mythique album et de ses mémorables chansons, Imagine, bien sûr, mais aussi Jealous Guy et Gimme Some Truth. La parole est également donnée aux musiciens et collaborateurs du couple. Au sujet de la chanson phare devenue ode au pacifisme, Lennon en donne le crédit à sa compagne: «Je n’aurais pu l’écrire sans elle. Elle m’a beaucoup aidé pour les paroles, mais je n’ai pas eu le courage de le reconnaître. En fait, cette chanson a été écrite par John et Yoko, mais j’étais encore trop égoïste et inconscient pour la créditer de ça.» Normand Provencher

MUSIQUE

She Remembers Everything, album americana de Rosanne Cash ****

Il n’est jamais facile de sortir de l’ombre d’un géant. Et pourtant, Rosanne Cash a patiemment établi son répertoire depuis 40 ans — seulement 13 albums, mais toujours de magnifiques réalisations empreintes d’une grande intériorité (Interiors, en 1990, après sa séparation, ou le bouleversant Black Cadillac (2006), qui exorcise les décès successifs de son célébrissime père Johnny, sa belle-mère June, puis de sa mère Vivian). Ce nouvel essai ne t’intitule pas She Remembers Everything pour rien. Il confronte le poids des années, mais aussi la perspective qui vient avec (relations amoureuses, doutes...). Les délicates mélodies folk rock, avec une touche de country, sont toutefois résolument contemporaines. Elles servent d’écrin à la superbe voix, chaude et incarnée, de l’auteure-compositrice-interprète de 63 ans. Dans la superbe 8 Gods of Harlem, qui confronte la culture de la violence au sud de la frontière, elle réussit même à tenir en respect Elvis Costello et Kris Kristofferson. Aucun doute: Rosanne Cash n’est pas dans l’ombre (l’a-t-elle déjà été?), elle rayonne. Éric Moreault

MUSIQUE

Look Now, album pop-rock alternatif d'Elvis Costello ****

L’air de rien, il y huit ans, avec le très bon National Ransom, qu’Elvis Costello n’avait pas offert du matériel original — The Return… (2011) est une compilation d’interprétations et l’excellent Wise Up Ghost (2013) a été coécrit avec The Roots. Le troubadour anglais sème et récolte dans un large champ musical, où s’épanouissent punk, rock, country, pop et chansons. On ne sait jamais de quoi la récolte sera constituée. Cette fois, elle est particulièrement abondante et savoureuse. Look Now est résolument actuel, mais s’avère aussi un écho des deux albums écrits avec Burt Bacharach à la fin des années 90 (le légendaire compositeur signe trois pièces). Des petits bijoux pop-rock et des ballades finement écrites et interprétées (même s’il y a parfois de l’abus de cordes). La capacité de Costello d’habiter un personnage (I Let The Sun Go Down, par exemple) est inégalable. Les 40 ans de carrière du chanteur lui ont fourni un bagage qui en fait un interprète singulier. Oui, Costello a mis la pédale douce. Ce n’est pas la première fois et espérons que ce ne sera pas la dernière. Look Now est un délice pour les oreilles. Éric Moreault

MUSIQUE

Héritage, Hommage à Félix Leclerc, album de chanson par des artistes variés ****

Ce ne sont pas tous les albums hommage qui ont leur raison d’être, surtout lorsqu’on songe au fait que les pièces originales sont encore facilement accessibles. L’exercice demande un angle inédit, une ligne éditoriale originale. C’est justement ce que propose l’album Héritage, projet chapeauté par l’animatrice Monique Giroux à l’occasion du 30e anniversaire du décès de Félix Leclerc. «L’éternité, ça se cultive», note dans le livret celle qui a confié le répertoire du poète de l’île d’Orléans à des artistes qui n’étaient pour la plupart pas nés quand il nous a quittés. Le plus grand mérite de l’entreprise est d’éviter les évidences — les classiques Bozo, Moi, mes souliers ou Le tour de l’île sont résumés à des extraits instrumentaux — et la facilité: les interprètes sont accompagnés d’un quintette à cordes de l’OSM qui forme un écrin somptueux… ou surprenant, lorsqu’il joue la note bleue le temps du Blues pour Pinky par Charles Landry. On retiendra particulièrement la fougueuse Les 100000 façons de tuer un homme d’Émile Bilodeau, la délicate Présence de la Française Pomme, la chaleureuse La vie, l’amour, la mort de Lou-Adriane Cassidy et l’incarnée L’an 1 de Lydia Képinski. Geneviève Bouchard

Nos cotes: ***** Exceptionnel;  **** Excellent;  ***Bon;  ** Passable;  * À éviter