The Glimmer, Fredric Gary Comeau

Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

MUSIQUE

The Glimmer, folk, Fredric Gary Comeau ****

Voilà 18 ans que Fredric Gary Comeau n’avait pas sorti d’album en anglais, depuis Hungry Ghosts en fait. Pour The Glimmer, l’auteur-compositeur-interprète acadien, également poète et romancier à ses heures, donne la pleine mesure de son talent, usant de sa voix grave et mélancolique, qui n’est pas sans rappeler celle de Leonard Cohen, pour livrer un travail d’une grande qualité. Le deuil, les ruptures et les fins de parcours sont des thèmes récurrents dans cet album à la sonorité folk apaisante, où jaillissent ici et là les voix d’Andrea Lindsay et Alexandre Desilets. Dans That Song That Makes No Sound, il rend hommage à son amie disparue Lhassa de Sala et salue le courage d’une autre, survivante d’un cancer, dans Little Lion. On apprécie particulièrement toute la douceur qui émane de la chanson éponyme qui ouvre l’album, The Glimmer, en mémoire de sa défunte mère, et de One Thing I Never Learned, apaisante à souhait. Vivement de voir cet artiste en spectacle bientôt à Québec.  Normand Provencher 

MUSIQUE

Et voilà, pop, Robert Charlebois *** 1/2

C’est vrai qu’un jour, «y’en aura d’autres, plus jeunes, plus fous, pour faire danser les boogaloos», mais pour le moment Robert Charlebois est toujours là, à preuve ce 25e album où le célèbre chanteur s’en donne à cœur joie au gré d’une dizaine de chansons où se mélangent mélancolie, humour et poésie. Bientôt 75 ans, le Robert, le temps file et il en est conscient. D’où l’importance pour lui de célébrer le moment présent et surtout l’amour à sa femme Laurence (So Much Love et Fou amoureux de vous, adaptation réussie de Can’t Help Falling In Love, d’Elvis Presley). On apprend d’ailleurs qu’il a toujours eu une préférence pour les femmes de sa génération (Les filles de mon âge). Charlebois va aussi chercher l’inspiration musicale auprès de jeunes musiciens comme Simon Proulx (Les trois accords) pour l’entraînante Musique de chambre. Cinquante ans après Lindbergh, Charlebois retrouve aussi Louise Forestier pour Monsieur l’ingénieur, clin d’œil à la passion amoureuse à l’ère du prêt-à-jeter. Autre perle qui fait écho au passé, Le manque de confiance en soi, d’après un texte écrit dans les années 70 par Réjean Ducharme et que la grande nationaliste qu’était Pauline Julien a toujours refusé de chanter. Et pour cause, la chanson laissant entendre qu’il fallait oublier les rêves d’émancipation : «On va manquer notre coup / On va y goûter/ On va se faire avoir / Restons chacun chez-nous / On mange pas trop de misère». La chanson titre Et voilà donne à entendre un Charlebois émouvant, à nu, comme à l’époque d’Ordinaire, mais cette fois à l’heure des bilans. «J’ai peur de me montrer bien peu ordinaire que vous pouvez l’imaginer.» Robert Charlebois sera en spectacle au Grand Théâtre le 25 mai.  Normand Provencher

LIVRE

Amours solitaires, roman, Morgane Ortin ***

L’amour 2.0 n’a pas tué l’amour. Morgane Ortin en est convaincue, elle qui a colligé 278 conversations d’amoureux anonymes sur Instagram pour la fabrication d’un puzzle baptisé Amours solitaires, récit d’une passion qui naît, s’étiole et meurt sous la forme de textos. «Amoureuse éperdue de l’amour», l’auteure fignole cette histoire de couple à travers des mots doux, crus, touchants, érotiques. Le «je t’aime» devenu cliché, l’amour se décline sous de multiples formes, pendant plus d’un an, les deux amants dévoilant leur intimité dans une prose qui remue, étonne, fait rigoler («Tu dois être en train de te muscler les jambes à force de me trotter dans la tête.»). Puisque chaque page renferme seulement quelques textos (parfois aucun, à certaines dates du calendrier), il en résulte un livre original qui se lit en deux temps trois mouvements, non sans laisser un merveilleux souvenir. Le romantisme n’est pas mort, vive le romantisme 2.0.  Normand Provencher

Amours solitaires, Morgane Ortin

MUSIQUE

Drift Code, pop-rock alter-natif, Rustin Man *** 1/2

Pas moins de 17 années séparent les deux disques de Rustin Man, l’alias de Paul Webb. Et encore là, le très bon Out of Season servait surtout de véhicule à Beth Gibbons, l’envoûtante chanteuse de Portishead. Dans une autre vie, Webb était le bassiste du groupe-culte Talk Talk (Spirit of Eden, un classique). Il ne faut pas s’étonner d’en entendre de lointains échos sur Drift Code, d’autant qu’il a endisqué avec Lee Harris, le batteur… de Talk Talk (triste coïncidence, le chanteur Mark Hollis est décédé lundi). Mais Rustin Man propose un éclectique mélange de pop-rock avec des accents rétro psychédéliques (Our Tomorrows), de folk, voire de chant classique (les magnifiques chœurs sur Brings Me Joy). Webb a une magnifique voix dont il use avec parcimonie, préférant délaisser sa puissance pour la vulnérabilité. Sur un album marqué par des thèmes comme la perte, la nostalgie et la mortalité, il faut l’entendre chanter «It feels so good to be alive» à la fin de Vanishing Heart. Drift Code est inclassable et sans compromis. Bref, une œuvre d’art.  Éric Moreault

MUSIQUE

Shine a Light, pop-rock, Bryan Adams ** 1/2

Avec un répertoire bien garni de vieux succès qui font encore courir les foules, on ne pourra pas reprocher à Bryan Adams de (trop) s’asseoir sur ses lauriers : l’auteur-compositeur-interprète canadien a ajouté ce vendredi un 14e album studio à sa discographie. À 59 ans, Adams ne réinvente pas la roue, proposant sur Shine a Light (dont la pièce-titre porte la griffe d’Ed Sheeran) une collection de chansons de facture pop-rock pour le moins conventionnelle. Passons outre cet insipide duo avec Jennifer Lopez (That’s How Strong Our Love Is, complètement dépourvu de chimie) ou cette superflue (et rauque!) reprise de Whiskey in the Jar : The Pogues ou Metallica avaient déjà fait le tour du jardin. On retiendra l’énergie souriante de Driving Under the Influence of Love ou de Part Friday Night Part Sunday Morning, mais pour le reste, cette nouvelle offrande fait peu de vagues. Le vétéran ne prend pas ici de grand risque artistique et n’offre du coup rien de bien excitant à se mettre sous la dent.  Geneviève Bouchard 

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Exceptionnel   *****        

Excellent   ****

Bon   ***

Passable   **

À éviter  *