Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

LIVRE

Histoires naturelles, ***, essai, Jean Provencher 

L’historien Jean Provencher voue depuis son enfance une passion pour la nature. Avec cet ouvrage, abondamment illustré de ses propres clichés, l’auteur des Quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent pose un regard bienveillant sur la faune et la flore de son coin de campagne. Ses mangeoires lui offrent des moments privilégiés pour l’observation des oiseaux. Bourdons, guêpes et autres insectes le fascinent des heures durant. Fleurs et plantes qui l’entourent n’ont plus de secrets pour lui. Un livre d’une belle authenticité, saupoudrée d’un zeste de poésie, qui fait la preuve que l’émerveillement devant les petits miracles de la nature est un art qui se cultive.  Normand Provencher

MUSIQUE

Everyday Life, *** 1/2, pop-rock, Coldplay

Coldplay répète sensiblement la même formule pop-rock depuis le très bon A Rush of Blood to the Head (2002). C’est beaucoup de talent gaspillé et un manque d’originalité navrant. L’organique Everyday Life fait mentir tous ceux qui, comme moi, avaient lancé la serviette concernant le quatuor anglais. Ce huitième album s’aventure sur des terrains musicaux jamais explorés par le groupe. Il s’ouvre sur une belle instrumentale (Sunrise) jouée par un quatuor à cordes et poursuit avec un petit bijou pop-rock aux harmonies vocales arabisantes (Church). Suivront des incursions gospel (brokEn), folk lo-fi avec chants d’oiseaux (WOTW/POTP), rétro (CryCryCry) et trip-hop jazzé (Arabesque) avec Stromae (en français!). Évidemment, Coldplay conserve parfois le son un peu pompeux qui le caractérise. Mais il faut écouter la dépouillée Old Friends ou la superbe Daddy, poignante pièce piano-voix sur un père absent où Chris Martin chante de magnifique façon pour prendre la mesure de la réussite d’Everyday Life, qui risque d’en déstabilisé plusieurs. Une très agréable surprise.  Éric Moreault

MUSIQUE

Thanks for the Dance, *** 1/2, chansons, Leonard Cohen

Les œuvres posthumes suscitent invariablement un certain malaise, peu importe le désir qu’on peut entretenir d’entendre une dernière fois (?) la voix rocailleuse de Leonard Cohen. Même si les maquettes du bien nommé Thanks for the Dance furent complétées dans le plus grand respect par son fils Adam, son proche collaborateur sur You Want It Darker (2016). Celui-ci a volontairement, imagine-t-on, opté pour des arrangements très minimalistes afin de laisser toute la place aux mots du grand poète. Ces textes, souvent récités sur un ton incantatoire, mettent en évidence l’amour des femmes de Cohen, en général, et sa sensualité, en particulier (The Night of Santiago). Enregistrés en fin de vie, ces écrits sont hantés par sa condition, avec beaucoup de lucidité (The Goal), et chaque syllabe de sa timbre élégant laisse transparaître la lassitude — une voix d’outre-tombe, si on me permet la figure de style. L’ensemble vient tout de même avec un sentiment diffus d’inachevé. Un album qui fera plaisir aux admirateurs inconditionnels.  Éric Moreault

LIVRE

Une fille pas trop poussiéreuse, *** 1/2, roman, Matthieu Simard

J’ai attrapé Matthieu Simard sur le tard, avec Ici, ailleurs et Les écrivements. Deux plaquettes délicieusement bien écrites, avec un brin d’étrangeté décalée, de la tendresse et des deuils à guérir. À la lecture d’Une fille pas trop poussiéreuse, ce qui saisit est l’humour redoutablement niaiseux et bien envoyé à travers un récit post-apocalyptique un brin philosophique. Dans un monde soudainement sans wifi et sans électricité, les Nord-Américains mesurent la vastitude de leur incompétence à survivre. Le narrateur (qui s’appelle Matthieu, comme l’auteur) annonce dès les premières lignes qu’il va mourir. Comme toutes les filles maigres, estropiées et maculées de poussière qui croiseront son chemin, d’ailleurs… Le romancier (aussi scénariste) maîtrise l’art du décalage et des rebondissements. Le livre se lit d’un trait, avec une joie renouvelée par chaque jeux de mots qui sert de titre de chapitre, avec presque une larme lorsqu’il rencontre un Petit Prince, vers la fin. Josianne Desloges

MUSIQUE

Hyperspace, ***, pop-rock, Beck

Deux ans après le bien nommé Colors, récompensé de deux prix Grammy, Beck part en orbite avec Hyperspace, son 14e album en carrière. Reconnu pour son éclectisme, l’auteur-compositeur-interprète multiplie les collaborations sur cette nouvelle collection de chansons, qui portent notamment la griffe de Pharrell Williams, de Paul Epworth (Adele, Rihanna) ou de Chris Martin (Coldplay). Outre quelques parenthèses plus groundées — comme l’efficace Saw Lightning ou l’organique et rassembleuse Everlasting Nothing, qui nous arrive en fin de parcours —, l’Américain visite la plupart du temps des territoires vaporeux dans ses nouvelles créations. Fort en synthétiseurs, Hyperspace donne lieu à des arrangements travaillés et des rythmes subtilement brodés, qui créent une bulle cohérente, mais qui peut parfois devenir linéaire. Sans décevoir complètement, l’ensemble manque un peu de coffre.  Geneviève Bouchard

MUSIQUE

Yasuke, *** 1/2, hip-hop, IAM

«L’équipe de choc est de retour», peut-on entendre en introduction de Yasuke, ce 10e album d’IAM. Voilà qui résume certainement l’état d’esprit des vétérans de la scène rap française, qui, 30 ans après leurs débuts, reprennent du service avec inspiration et une indéniable énergie. Fidèles à eux-mêmes, Akhenaton, Shurik’n et leur bande proposent ici un nouveau chapitre qui offre à bien des égards une célébration de leur parcours. Dans les textes soignés et les rimes qui rebondissent, on trouve plusieurs perles qui font l’éloge de leur art (clairement, la flamme brûle toujours) ou qui dessinent une ode à la persévérance. Nostalgie? Peut-être un peu. Mais dans son discours actuel et les diverses perches tendues à des rappeurs plus jeunes, on ne peut pas reprocher à IAM d’être figé dans le passé. Toujours forte en gueule, la formation se fait frondeuse, engagée, investie. S’ils ont depuis un moment acquis le titre de pionniers du rap francophone, les Marseillais ont le mérite de ne pas s’asseoir sur leurs lauriers ni d’avoir déposé les armes.  Geneviève Bouchard