Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

Musique

L’étrange pays, chanson, Jean Leloup ****

La semaine dernière, Jean Leloup a surpris à peu près tout le monde en annonçant qu’il reviendrait dans quelques jours avec un nouvel album de chansons originales, quatre ans après À Paradis City. Mitonné dans la plus grande simplicité entre le Québec et le Costa Rica, misant seulement sur sa guitare, sa voix et son imaginaire foisonnant (ce qui est déjà beaucoup, avouons-le…), L’étrange pays nous ramène un Leloup fort inspiré. «Toutes les chansons ont été jouées live dehors, garanties 100 % non formatées», a-t-il promis en dévoilant son concept. Vrai que le grain sonore change d’une piste à l’autre et que l’ensemble garde un côté artisanal. Loin de nuire au résultat, ces imperfections lui insufflent un sentiment d’humanité, d’intimité. Le dépouillement remet aussi en exergue l’immense talent de mélodiste de Leloup, la clarté de sa voix et la force d’évocation de sa poésie peuplée d’enfance, de mort et d’une fascinante ménagerie.  Geneviève Bouchard

Musique

Emerikia, électro-reggae, King Abid *** 1/2

Originaire de Tunisie, fan de musique jamaïcaine et résident de Québec depuis 16 ans, King Abid, apporte toute la couleur musicale issue de ce riche métissage avec son second album Emerikia. À travers une douzaine de chansons, Heythem Tlili, de son vrai nom, propose un univers festif qui invite à la danse, mélange réussi de musique électronique et de reggae dance hall, où le français, l’anglais et l’arabe tunisien s’éclatent pour notre plus grand plaisir. Sa musique semble légère, mais elle est porteuse de messages qui reflètent les valeurs humanistes de son auteur. Dans Bienvenue à Qc, le jeune chanteur livre une lettre d’amour à sa ville d’adoption dont il est un véritable ambassadeur. Mesdames & Mesdames se veut un vibrant plaidoyer féministe. Il sait aussi se faire rigolo comme le prouve notre préférée, Harissa, preuve irréfutable d’une parfaite intégration, à preuve : Sur ma poutine / Je veux de la (sauce) Harissa. King Abid sera en spectacle au Festival d’été, le 11 juillet, sur la scène de place d’Youville.  Normand Provencher

Livre

Le Saint-Laurent d’île en île, essai, Philippe Teisceira-Lessard et Olivier Pontbriand ****

Le Saint-Laurent est peuplé de plusieurs centaines d’îles, la plupart méconnues. Pendant trois étés, de 2016 à 2018, le journaliste de La Presse Philippe Teisceira-Lessard et son collègue photographe Olivier Pontbriand ont mis le pied sur une vingtaine d’entre elles pour en rapporter de fabuleuses tranches de vie et de magnifiques clichés. Sur l’île Niapiskau, au large de Havre-Saint-Pierre, ils ont accompagné  une équipe de Parcs Canada chargée de percer le mystère du déclin du chardon de Mingan, une plante unique. Sur l’île Dupas, ils ont été témoins d’une pratique ancestrale où les fermiers amènent leurs vaches brouter tout l’été sur cette parcelle de terre du lac Saint-Pierre. À l’île aux Grues, ils ont accompagné les deux élèves qui prennent l’avion deux fois par jour pour aller à l’école à Montmagny. À l’île Blanche, ils ont suivi des biologistes qui recueillent le précieux duvet des eiders. Autant de rencontres captivantes qui donnent envie de prendre le large pour (re)découvrir ces endroits d’un charme et d’une beauté irrésistibles.  Normand Provencher

Musique

Rammstein, métal, Rammstein ***

Le nouvel album de Rammstein — son premier en 10 ans — est lancé par un «Du» guttural qui ramène tout de suite en tête le méga succès Du hast, qui a propulsé mondialement la formation allemande à la fin des années 90. Voilà qui donne en un mot le ton à un opus sur lequel les rockeurs germaniques cochent plusieurs cases dans la liste des choses que leurs fans ont appris à attendre d’eux : des guitares pesantes qui côtoient des synthétiseurs, des mélodies accrocheuses, des pièces frondeuses, des références sexuelles (nul besoin de parler allemand pour déduire de quoi parle la chanson Sex!), quelques touches lyriques et autant d’incursions dans le territoire de la ballade... Et surtout, l’interprétation théâtrale (voire caricaturale?) du chanteur Till Lindemann, dont la voix caverneuse et les «r» spectaculaires font partie de l’ADN du groupe. Rammstein ne prétend pas se réinventer, ici. Le groupe ajoute plutôt un chapitre à sa discographie qui, à défaut de surprendre, s’avère cohérent avec l’ensemble.  Geneviève Bouchard