Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

LIVRE

13e Avenue, BD de François Vigneault ***

Geneviève Pettersen a de grandes ambitions pour 13e avenue — son roman graphique vient avec tome 1 en sous-titre… L’auteure du primé La déesse des mouches à feu a transposé un fait divers survenu au Saguenay pour imaginer ce récit initiatique. Alexis, 11 ans, doit composer avec la mort accidentelle de son père, le chagrin de sa mère et un déménagement de Chicoutimi à Montréal. Une histoire de deuil et de résilience plutôt charmante qui fait malheureusement appel à un truc usé à la corde : le gentil fantôme qui demeure à l’étage supérieur... Rien à dire par contre sur le travail d’illustration en noir et blanc du bédéiste François Vigneault (Titan) dont l’aspect épuré, voire naïf, du trait correspond parfaitement avec le propos. Ce 13e avenue se termine évidemment sur une fin ouverte pour une suite qui suivrait Alexis pendant son secondaire. Si on reste dans les histoires à la Sixième sens, je vais passer mon tour... Éric Moreault

MUSIQUE

12 jours, Folk-Pop, Jordane  ***

Nous avons d’abord connu Jordane Labrie au micro de la formation Tous Azimuts avant de la voir récolter les éloges, l’an dernier, au concours télévisé La voix. Alors qu’elle renoue avec le petit écran dans la deuxième saison de The Launch, la chanteuse et auteure-compositrice propose 12 jours, un premier album de pièces originales à son nom (elle avait auparavant enregistré une brochette de reprises folk). Réalisée par Jeannot Bournival (collaborateur de Fred Pellerin), cette collection de chansons est née sur les rails, alors que la musicienne traversait le Canada en train avec son complice de création, le guitariste Clément Desjardins. Si les tableaux musicaux, d’une chaleureuse simplicité, ne se démarquent pas tellement par l’originalité de leur facture, on retiendra la voix envoûtante et nuancée de celle qui les porte, dont la présence incarnée dénote un grand talent d’interprète. On pourra voir Jordane sur les planches du Centre d’art La Chapelle lors de son lancement d’album en formule six à huit le 6 février (admission gratuite), puis le 28 mars, dans un plateau-double partagé avec Claude Bégin. Geneviève Bouchard

LIVRE

Sur les épaule des géants, essai de Umberto Eco *** 1/2 

Ce sont des leçons, prononcées par Umberto Eco de 2001 à 2015 au festival culturel de Milan, La Milanesiana, qui sont réunies dans ce recueil posthume, et qui témoignent du feu d’artifice intellectuel qu’était ce grand écrivain et sémiologue italien. Mêlant joyeusement la culture populaire à ses analyses, sans jamais sacrifier la complexité de sa pensée, Eco nous tire toujours vers le haut et incarne à merveille l’esprit des humanités, le désir encyclopédique. Sur les épaules des géants, le texte qui donne son titre au livre, est une superbe réflexion sur les nombreuses querelles entre les modernes et les anciens au cours de l’histoire, vues comme un combat entre les pères et les fils, alors que ceux-ci s’appuient souvent sur de lointains ancêtres pour commettre leur parricide. «Le risque, pour tout le monde, et sans que ce soit la faute de personne, est que dans une innovation incessante et sans cesse acceptée par chacun, des hordes de nains s’assoient sur les épaules d’autres nains», dit-il pour parler de notre époque, non sans préciser que «les pires diagnostics de chaque époque, ce sont justement les diagnostics contemporains». On retient aussi le superbe éloge de la littérature du texte L’invisible, et la très pertinente analyse des théories du complot. Un bémol cependant : dans ce beau livre illustré par des œuvres d’art qui soutenaient ses conférences, on trouve malheureusement plusieurs coquilles qui gênent un peu la lecture. La Presse

LIVRE

Marguerite Yourcenar : Portrait intime, biographie, Achmy Halley ****

Les admirateurs de Marguerite Yourcenar ne doivent pas passer à côté de ce beau livre écrit par Achmy Halley, spécialiste de l’écrivaine, première femme à avoir été élue à l’Académie française en 1980. Richement illustré de photos et d’archives, préfacé par Amélie Nothomb, ce portrait intime retrace le parcours hors du commun d’une fillette née De Crayencour, profondément aimée par un père aristocrate qui, ruiné par ses excès, lui aura transmis le plus bel héritage : le goût de la liberté, du voyage et de la culture. On y découvre la genèse de ses œuvres phares (Mémoires d’Hadrien, L’œuvre au noir, etc.), ses amours jusqu’à la rencontre déterminante de Grace Frick, avec qui elle vivra tout le reste de sa vie et émigrera aux États-Unis. Même si elle provenait au départ d’un milieu privilégié, Marguerite Yourcenar a opté pour un mode de vie simple, avec peu d’attaches matérielles, et était écologiste et végétarienne avant l’heure. On trouve même à la fin quelques recettes de celle qui comparait l’écriture à la fabrication du pain. C’est aussi, au fond, le portrait d’un des grands esprits du XXe siècle cosmopolite, à la fois spirituel et charnel. La Presse

LIVRE 

La troisième personne, roman, Danielle Dussault ***

Trois récits s’enchevêtrent au je, tu et elle. Trois femmes prisonnières d’elles-mêmes davantage que de leur vie, de leurs tourments ou des autres. Marie recouvre la liberté après avoir été incarcérée pour homicide; Xuân Lan quitte un mari indifférent en se remettant en question à chaque pas qui l’éloigne de la maison; Isa refuse longtemps l’appel de l’écriture malgré sa retraite de l’enseignement. Dans ce road story parcourant les chemins de l’intime, les trois femmes se libéreront peu à peu et se rejoindront dans une même voix, un même fleuve. L’histoire en elle-même est belle, échappe au réalisme du quotidien et s’agrémente d’accents poétiques. L’écriture parfois empesée nous place, toutefois, devant de nombreuses répétitions, des images malhabiles ou ambiguës, de bonnes idées laissées en plan, d’autres trop simplistes. Cela va du meilleur («Cette rive qui vous unit comme deux prières du soir, solitaires.»), mais malheureusement, jusqu’au pire («Il s’était fondu dans le grand tout.»). L’écrivaine semble se laisser prendre au jeu des mots. Son roman s’étire inutilement. Il aurait mérité, néanmoins, un travail d’édition plus exigeant. La Presse

LIVRE

À Québec au coeur des années 1960, essai, Pierre Anctil *** 1/2

Les férus d’histoire, particulièrement ceux de Québec, prendront un grand plaisir à feuilleter ce bouquin où son auteur, Pierre Anctil, propose une sélection de dizaines de photographies familiales prises par son père Jean-Louis, dans les années 60. Que ce soit à Noël, au Carnaval, ou encore en vacances à Old Orchard Beach, c’est non seulement la chronique personnelle du clan Anctil qui défile sous nos yeux, mais aussi les transformations apportées par la Révolution tranquille. À travers ces clichés qui rappelleront nombre de souvenirs aux «baby-boomers», l’auteur tente aussi de cerner la personnalité et le profil artistique de ce père à la sensibilité d’historien, qui a été pilote dans l’armée canadienne pendant la Seconde Guerre mondiale. Normand Provencher

Nos cotes:  ***** Exceptionnel;  ****Excellent;  *** Bon;  ** Passable;  * À éviter