Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

HUMOUR

Humanity, de Ricky Gervais ****

«Je vous prie de ne pas regarder Humanity si vous êtes offensés par les blagues qui traitent du sida, du cancer, de famine, de mort subite du nourrisson, de mes parents décédés, d’enfants ouvriers, de couilles pendouillantes, de moi qui ridiculise mon poids, de masturbation de chimpanzé, de l’Holocauste, d’allergies alimentaires, de pédophilie ou de Caitlyn Jenner.» Le message publié sur Twitter par l’humoriste britannique Ricky Gervais pour annoncer l’arrivée de son nouveau spectacle sur Netflix est sans équivoque. Et plutôt fidèle au contenu de ce spécial télévisé aussi mordant qu’hilarant. Celui qui a peaufiné l’art du malaise dans des séries comme The Office ou Extras — et qui a brassé la cage des Golden Globes pendant quatre ans — n’a jamais caché que pour lui, il n’y a pas de mauvais sujet en humour et que tant que la blague est bonne, on peut rire de tout. Il prêche ici par l’exemple, avec en boni une dose de gros bon sens et une lecture impitoyable du monde à l’ère des réseaux sociaux. On ne s’adresse pas ici aux chastes oreilles... Tenez-vous-le pour dit!  Geneviève Bouchard 


LIVRE

The Rolling Stones en BD, de Céka **1/2

Après les Beatles, c’est maintenant au tour des mauvais garnements du rock d’avoir le droit au traitement docu-BD en 192 pages. Le livre scénarisé par Céka n’apprendra, évidemment, rien à l’amateur éclairé des Rolling Stones. Les textes, parfois franchement anecdotiques, restent en surface et abusent des métaphores discutables (notamment sur la mort de Brian Jones). Ils mettent la table à des planches qui, forcément, deviennent redondantes. Pas toujours : la leçon «d’accord ouvert» par un pro est un bon flash. Mais l’utilisation d’autant d’illustrateurs qu’il y a de chapitres est non seulement disparate, mais de qualité fort inégale, parfois même atroce. Une curiosité, sans plus. Et on peut se demander à qui ce livre est destiné. Peut-être à des jeunes comme mon fils de 10 ans. «C’est cool.» S’il le dit. Je vais m’en tenir à Life de Keith Richards.  Éric Moreault


MUSIQUE

Respect, album de chansons d'Yves Duteil **

Après six ans de silence, l’auteur-compositeur-interprète Yves Duteil débarque avec un nouvel album né dans la foulée des attentats de Paris de 2015. De l’interprète de Prendre un enfant et de La langue de chez nous, il ne faut pas s’attendre à un changement de registre. La voix douce est toujours là, filant sur une douzaine de chansons qui font la part belle à l’humanisme, la solidarité, la résilience dans l’épreuve. Il y a un même un hommage à un Petit âne corse, c’est dire… Difficile d’être contre la vertu, mais ce débordement de bienveillance assumée a tôt fait de donner dans l’uniformité, malgré le bel effort déployé dans les arrangements musicaux. Certains airs sont plus accrocheurs, on pense à la pièce maîtresse, Respect, et Le passeur de lumière, composée en l’honneur de son beau-père. C’est aussi sous le sceau d’une infinie tendresse qu’il offre à la femme de sa vie, Noëlle, la chanson Quarante ans plus tard. En somme, le pendant musical de Bouillon de poulet pour l’âme... Normand Provencher


LIVRE

La science de l’illusion, de Luc Langevin ***½

Physicien optique de formation, l’illusionniste Luc Langevin s’appuie sur quelques principes scientifiques pour fabriquer ses tours de magie qui suscitent ébahissement et incrédulité. C’est quoi le truc? lui demande-t-on chaque fois. Or, il n’y en a jamais qu’un seul. «La réussite d’un tour repose sur l’assemblage de différents éléments: une bonne lumière, un bon geste au bon moment, une phrase bien placée […]. C’est l’étude du mouvement de la lumière ou celle du fonctionnement du cerveau humain qui me permettent de jouer avec ce que le spectateur voit, ce qu’il croit voir et ce qu’il a envie de voir», explique-t-il dans le fort intéressant bouquin La science de l’illusion. L’illusionniste lève le voile sur les coulisses de son art, dans un style accessible et léger, sans toutefois révéler toutes ses astuces puisqu’il faut bien conserver un peu de... magie. Langevin ajoute, ici et là, des anecdotes personnelles sur son adolescence timorée et sur la façon qu’il a utilisé l’électromagnétisme pour séduire sa compagne. Un livre que voudront se procurer tous ceux qui cherchent à voir clair dans son jeu, si la chose est possible...  Normand Provencher


MUSIQUE

L’amour mécanique, minialbum folk-pop de Laura Lefebvre ***

La vingtaine tout juste entamée, Laura Lefebvre dépose avec ce minialbum de cinq chansons une carte de visite sous le signe de la douceur. On vous mentirait en disant que l’auteure-compositrice-interprète d’origine beauceronne est une chanteuse à voix. C’est plutôt le contraire: par moments (sur la presque trop vaporeuse pièce-titre, notamment), on n’entend pratiquement qu’un mince filet. Mais elle ne fait pas fausse route pour autant en mettant de l’avant une poésie qui cultive les nuances et une signature sonore soignée, affinée avec la collaboration des coréalisateurs Simon Pedneault et Pierre-Emmanuel Beaudoin. La jeune artiste, qu’on a notamment pu voir en première partie de Philippe B, réussit tout au moins sa mission de piquer la curiosité. La progression dramatique qu’elle insuffle à la chanson La bête donne certes envie d’entendre la suite.  Geneviève Bouchard


MUSIQUE

Nos chansons, album pop lyrique de Marc Hervieux ***½

Artiste éminemment sympathique, simple et proche de son auditoire, Marc Hervieux s’offre la douceur de coucher sur disque la formule de concert qu’il affectionne le plus : le récital piano-voix, en l’occurrence avec son ami et accompagnateur de toujours Claude Webster. Enregistré devant public en janvier dernier, le généreux album (18 plages) réunit les coups de cœur de ses admirateurs, lesquels ont des goûts allant des airs d’opéras célèbres à la chanson française et québécoise, en passant par les standards jazz. Beau défi de livrer des couleurs aussi variées dans un tel dépouillement, mais Hervieux le relève, disons, à 80 pour cent, avec la brillance qu’on lui connaît dans les classiques italiens et pop. Le résultat est moins égal avec le répertoire en français (condensé en début et fin de disque), qui requiert plus de modestie dans la puissance et les effets, écueil que le ténor n’évite pas toujours. Steve Bergeron (La Tribune)

NOS COTES: ***** Exceptionnel   **** Excellent   *** Bon   ** Passable   * À éviter