Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

Livre

À vos ordres, colonel Parkinson!, essai, François Gravel ***

Lorsque le diagnostic du Parkinson lui est tombé sur la tête «comme une tonne de briques», François Gravel a décidé de continuer à faire ce qu’il fait de mieux : s’installer devant son ordinateur pour raconter des histoires. À la différence que c’est de lui et des répercussions de cette maladie dégénérative dont il est question cette fois. Avec beaucoup d’humour et d’autodérision, l’écrivain de 67 ans relate comment il compose au quotidien avec le Parkinson, incapable qu’il est maintenant devenu d’exécuter des tâches aussi simples que d’écrire avec un stylo ou de sortir son portefeuille de la poche arrière de son pantalon. Il amuse aussi la galerie avec ses recherches sur ces grands personnages de l’histoire qui ont (ou auraient) été frappés par ce mal pour lequel il n’existe aucun traitement, mais dont les symptômes peuvent être soulagés par l’exercice et la prise de lévodopa. Loin de succomber au découragement, Gravel offre une note d’espoir et matière à réconfort à tous ceux qui doivent se résoudre à une existence qui ne sera plus jamais la même. Un petit livre qui fait vraiment œuvre utile. Normand Provencher

***

Télé

Growing, humour, Amy Schumer *** 1/2

N’ayant jamais eu peur des blagues crues ni de s’aventurer en bas de la ceinture, l’humoriste et actrice américaine Amy Schumer a souvent fait ses choux — et de humour, diront certains — gras avec son statut de célibataire. La voilà maintenant mariée et enceinte dans un spécial d’une heure de stand-up dévoilé mardi sur Netflix. Plus rangée, Schumer l’est certes. Plus polie, ça non! Complètement décomplexée, elle y fait notamment le point sur sa grossesse difficile, elle qui a dû annuler des spectacles pour cause d’hyperémèse, une complication qui la fait, nous dit-elle, vomir à un niveau qui rappelle L’exorciste. Sans pudeur, elle livre aussi une brochette d’anecdotes savoureuses sur son mari, qui a été diagnostiqué d’un trouble du spectre de l’autisme. Si Amy Schumer part souvent de sa vie, on peut toujours compter sur elle pour porter un message féministe, même dans le détour d’un gag bien grivois. Geneviève Bouchard

***

Livre

Les filles de Salem, BD, Thomas Gilbert *** 1/2

Le sous-titre de cet éprouvant récit en dit beaucoup sur la volonté de son auteur : Comment nous avons condamné nos enfants. Les filles de Salem raconte l’hystérie collective qui s’est emparée de ce village américain à la fin du XVIIe siècle et menée à la pendaison de plusieurs femmes sous des accusations de sorcellerie. Se servant des vraies protagonistes, Thomas Gilbert confie la narration à Abigaïl Hobbs, fille de 13 ans au centre des évènements, ce qui change la perspective du récit — un plaidoyer résolument féministe. Mais il s’agit aussi d’une dénonciation sans équivoque du fanatisme religieux, de la peur de l’Autre et de l’intolérance. Les faits servent à éclairer les dérives populistes dont la métaphore s’est inscrite dans le langage courant : chasse aux sorcières (dont un certain président use et abuse à mauvais escient). Petite mise en garde : ce magnifique ouvrage est illustré de façon très crue. Ce qui n’enlève rien à ses dessins épurés, très évocateurs. Comme l’histoire. Éric Moreault

***

Musique

La lune est passée par ici, folk country, Comme dans un film ****

Couple à la ville, les comédiens-chanteurs Isabelle Blais et Pierre-Luc Brillant en forment également un des plus originaux sur la scène artistique. Deux ans après leur premier album Comme dans un film, dont ils ont conservé le nom pour leur groupe, les amoureux récidivent avec un nouvelle offrande aux accents country folk qui envoûte avec ses sonorités planantes, fruit de la collaboration des François Lauzon (basse), Nicolas Grimard (guitare) et Francis Rossignol (batterie). Le duo, qui a écrit et composé les neuf pièces de l’album, fait voyager à travers des histoires souvent mélancoliques qui explorent les revers de fortune de la vie, comme la très belle pièce Le soleil aussi, évocation de l’espoir de jours meilleurs après un amour perdu. On craque aussi (et beaucoup) pour Bestiaire et Haiku, chansons envoûtantes à écouter sur le bord d’un lac en admirant le soleil disparaître à l’horizon (à l’image de la pochette). Le penchant des deux acteurs pour les histoires originales est au rendez-vous dans la ballade Un sac de jute, un gun pis une marche dans le bois. À l’occasion, le rythme se fait plus entraînant comme dans Torvis, un récit sur la résilience qui fait taper du pied. Au final, très belle réussite que cet album qui fait vivement espérer une tournée prochaine du groupe. Normand Provencher

***

Musique

Gold in a Brass Age, folk rock, David Gray *** 1/2

David Gray a accédé à la renommée internationale en 1999 grâce au mégasuccès Babylon et à White Ladder. Il a ensuite enregistré quatre albums, mais sans véritablement retrouver sa touche magique. La collaboration avec Andy Barlow sur Mutineers (2014) laissait entrevoir de belles choses. Mais c’est avec Ben De Vries, sur Gold in a Brass Age, qu’il semble avoir retrouvé sa zone de confort. Comme réalisateur, De Vries place la voix de Gray, dont le grain évoque les tourments de l’âme, à l’avant-plan. Une bonne affaire. D’autant que l’Irlandais est revenu à un amalgame réussi de folk rock et de musique électronique, qui mise sur des mélodies simples, mais charmantes. La paire a porté une attention aux détails et sait varier ses effets. Hall of Mirros est plus pop que le reste. Il y a aussi un moment à la Damien Rice, avec une cantatrice, sur la très belle Hurricane Season. Dans l’ensemble, on a là un recueil de complaintes enveloppantes qui peut facilement tourner en boucle... Éric Moreault

----

Excellent ****

Bon ***

Passable **

À éviter  *