Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

Musique

FEU, pop, Laurence Nerbonne ****

On connaissait déjà le penchant de Laurence Nerbonne pour la pop accrocheuse : après son aventure au sein de la formation Hôtel Morphée, son premier album solo, XO, n’était pas passé inaperçu en 2016. L’auteure-compositrice-interprète a poussé la machine à fond quand est venu le temps de créer la suite, parue récemment sous le titre FEU. Résolument actuel sur la forme comme sur le fond, ce deuxième opus est l’œuvre d’une artiste qui voit grand et qui se permet d’oser. Décliné en deux axes, FEU prône d’une part des chansons pop dansantes d’une grande efficacité mélodique. Mais c’est quand elle se fait frondeuse et plonge dans le rap (seule ou en duo avec FouKi) que Nerbonne étonne, dans le bon sens du terme. Avec un flow bien maîtrisé, elle n’y va pas par quatre chemins pour faire écho au mouvement #MeToo ou à la place des femmes dans l’industrie musicale («Seule fille au festival, sur un bill rempli d’ego, jamais l’acte principal, depuis Céline c’est zéro», lance-t-elle dans Back Off). De l’attitude, un discours et du talent, en somme.  Geneviève Bouchard

Musique

Amidst the Chaos, pop-rock, Sara Bareilles ***1/2

Sara Bareilles avait un peu disparu des écrans radars depuis six ans, occupée à écrire et à jouer sur Broadway (ce dont témoigne Songs from Waitress, 2015). Une pause bénéfique qui a permis à l’artiste américaine de raffiner ses compositions et son interprétation de celles-ci. Exit la pop exubérante et l’utilisation à tout crin de son très large registre, place à un climat plus atmosphérique et teinté de mélancolie — une spécialité du maître réalisateur T-Bone Burnett. Pardonnez l’expression galvaudée, mais ce très bon sixième album est celui de la maturité. À 39 ans, Bareilles propose un virage qui se rapproche de la production de Norah Jones, sur le plan musical (Miss Simone, Saint Honesty ou encore A Safe Place to Land, en duo avec John Legend), et de celle de Joni Mitchell pour la plume. Amidst the Chaos évoque en effet autant les failles du cœur que les fractures sociopolitiques actuelles, mais en allusion subtiles. Sans pour autant oublier de nous séduire : If I Can’t Have you, petit bijou soul-R & B-pop ferait fondre un glacier plus vite que les changements climatiques… Éric Moreault

Série télé

Des liens bien serrés (Bonding), comédie dramatique, Rightor Doyle ***

Étudiante en psycho le jour, dominatrice la nuit. Voilà en somme l’expertise de Tiff, personnage central de Des liens bien serrés (Bonding), sympathique nouvelle série de Netflix. Disons qu’avec cette prémisse, la porte est grande ouverte pour l’imagination du scénariste et réalisateur Rightor Doyle, qui s’en donne justement à cœur joie. Cette comédie dramatique dégourdie au format compact (des épisodes d’une quinzaine de minutes) explore les liens amicaux et amoureux alors que cette adepte du cuir, du fouet et des cordes entraîne son ami d’adolescence Pete à devenir son assistant et garde du corps. Homosexuel timide aux allures de hobbit rouquin (c’est lui qui le dit!), il en verra de toutes les couleurs auprès de cette clientèle aux fantasmes pour les moins singuliers. Sans jugement et un peu crue, la série a le mérite de surprendre.  Geneviève Bouchard

Livre

Transcolorado, roman, Catherine Gucher ***1/2

Lauréate du Prix Québec-France Marie-Claire Blais, qui récompense une première œuvre, la professeure de sociologie Catherine Guncher a séduit la planète littérature avec ce récit campé dans les grandes plaines du Colorado où, paradoxalement, elle n’a jamais mis les pieds. Dan, une jeune fille cabossée par la vie, est à la recherche d’une paix intérieure, loin des mauvais souvenirs qui l’habitent, entre deux boulots et de nombreux cafés whisky. À travers un monologue, le lecteur est témoin de ses démons intérieurs et de sa touchante vulnérabilité. Avec son style imagé et sa description détaillée de cette nature et de ces rudes paysages qui ne sont pas sans façonner la vie des femmes et des hommes, Catherine Gucher fait de ce premier roman une belle réussite. On a hâte de voir la suite des choses pour cette romancière.  Normand Provencher

Livre

Factfulness, essai, Hans Rosling ***1/2

Selon vous, quel est le pourcentage des habitants de la planète qui a accès à l’électricité? Beaucoup plus grand qu’on peut le croire : 80 %. Hans Rosling, médecin et chercheur à l’Organisation mondiale de la santé, déboulonne quelques mythes sur notre perception du monde dans cet intéressant ouvrage qui cherche à développer la saine habitude de fonder son opinion sur des faits. À l’aide de nombreux graphiques et dans un style très simple, Rosling nous invite à ne pas toujours succomber à notre instinct dramatique induit par notre cerveau primitif et à mieux voir la réalité telle qu’elle est. Car «le monde n’est pas aussi dramatique qu’il en a l’air», estime le scientifique qui croit que les médias sont en partie responsables de cette vision biaisée, par leur propension à succomber trop facilement à l’«instinct de la peur». Un ouvrage apaisant pour ceux qui pensent que notre monde va de plus en plus mal.  Normand Provencher

Musique 

Hurts 2B Human, pop, P!nk **

On a connu par le passé une P!nk mordante, flamboyante et forte en gueule. Où diable est-elle partie? Près de deux ans après un Beautiful Trauma qui ne se démarquait pas par son éclat, voilà la vedette de retour avec Hurts 2B Human, un nouvel opus qui ne viendra certainement pas détrôner ses succès d’antan. Pas vraiment mauvaise, cette nouvelle collection de chansons manque cruellement de pep et joue sans doute un peu trop la carte de la ballade (de la pièce-titre mitonnée avec Khalid au bilan chansonnier de My Attic en passant par la grandiloquente Courage). On aime le refrain (au potentiel scénique épique) de Walk Me Home, le message d’acceptation de Happy ou la nostalgie dansante de Can We Pretend, qui porte la griffe de Cash Cash. Pour le reste, on repassera.  Geneviève Bouchard