Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

MUSIQUE

Ton corps est déjà froid, album rock de Pierre Lapointe et les Beaux Sans-Cœur ***1/2

Au moment de lancer son dernier album, le très orchestral La science du cœur, Pierre Lapointe avait avancé en entrevue avoir écrit à la même époque deux autres albums qu’il gardait pour l’heure dans sa manche. «Les autres vont complètement dans d’autres sens», avait observé l’auteur-compositeur-interprète. À l’écoute de Ton corps est déjà froid, qu’il a proposé en surprise il y a quelques jours avec son groupe rock Les Beaux Sans-Cœur, on ne peut que lui donner raison! Dans un style garage qui emprunte au yé-yé (et au punk par moments), Lapointe et ses complices Vincent Legault, Philippe Brault, Nicolas Basque et José Major mordent dans une série de tableaux aussi vifs que percutants: outre un jam instrumental de neuf minutes qui vient clore l’exercice, aucun titre n’atteint les trois minutes. Sous cette chouette pochette signée Cute Brute et rappelant un peu l’esthétique de Yellow Submarine des Beatles, on entre dans un réjouissant défouloir où il est notamment question de rupture, de sexe, de meurtre et de trahison. Après un passage au Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue, ces derniers jours, Pierre Lapointe et les Beaux Sans-Cœur se produiront à L’Escogriffe de Montréal du 5 au 7 septembre. Il s’agira, nous dit-on, des seules représentations de ce spectacle.  Geneviève Bouchard

LIVRE

Maisons de verre, polar de Louise Penny ***1/2

Louise Penny a beau être Ontarienne de naissance, peu d’auteurs ont fait connaître autant le Québec que l’écrivaine de 60 ans avec sa série Armand Gamache enquête, traduite en 26 langues! Le 13e tome est crépusculaire à souhait. La figure centrale du polar est un Cobrador (figure d’origine espagnole), un individu drapé et masqué de noir qui apparaît à Three Pines, petit village fictif où réside Gamache, sa femme et la galerie originale de personnages imaginés par Penny. Est-ce la mort? Ou bien la conscience, celle qui se manifeste parce qu’un protagoniste a une dette morale écrasante? Trois jours plus tard, un meurtre est commis. Que Gamache, maintenant directeur de la SQ, n’a pu prévenir… Après un début lent, Maisons de verre nous entraîne dans une intrigue finement nouée, qui invite le lecteur à réfléchir sur le poids moral des gestes posés, sur la noirceur qui peut envahir chacun lorsque la cruauté, la haine et l’intolérance prennent le pas sur la bonté et la grandeur d’âme. Un très solide livre (si on oublie l’intrigue secondaire alambiquée). Les inconditionnels vont aimer. Mais sa plus grande qualité réside certainement dans le fait que le non-initié peut le lire avec autant de plaisir, sans être perdu. Éric Moreault

MUSIQUE

Thank You for Today, album pop-rock de Death Cab for Cutie **1/2

J’étais curieux de savoir si Death Cab for Cutie allait se remettre du départ de Chris Walla. Le guitariste et compositeur a façonné le son du groupe américain et contribué à sa popularité. Et ça paraît sur ce neuvième album. Thank You for Today manque de vigueur et d’originalité. Death Cab… est né comme projet solo du chanteur et guitariste Ben Gibbard: il redevient son véhicule d’expression, lui qui signe paroles et musique de toutes les chansons sauf deux. Toujours sur le même modèle: mi-tempo avec une batterie assourdie, des arrangements linéaires et des mélodies dans les mêmes tons. Si bien qu’on différencie à peine les morceaux, interchangeables, qui traitent des thèmes habituels: désamour, solitude, sur des images de lieux et de saisons marquants… De la pop-rock proprette, très loin du dense Transatlanticism (2003) ou de Narrow Stairs (2008). Bref, une déception. Éric Moreault

MUSIQUE

Anthem, album jazz blues de Madeleine Peyroux ****

Vingt-deux ans et huit albums plus tard, Madeleine Peyroux continue à creuser son sillon dans le monde du jazz et du blues de sa voix chaude et généreuse. Avec son vivifiant Anthem, considéré comme son «plus important projet jusqu’à maintenant», la chanteuse américaine séduit du début à la fin avec des pièces inspirées, parfois entraînantes, parfois toutes en sobriété, concoctées en collaboration avec les Patrick Warren, Brian MacLeod et David Baerwald. Au premier rang, la chanson éponyme qui a inspiré le titre de l’album, une composition originale de Leonard Cohen qu’elle revisite avec une belle touche personnelle. Peyroux, qui a passé une partie de sa vie à Paris, fait aussi place à une chanson en français, le très beau Liberté du poète Paul Eluard. Entre plusieurs pièces notre cœur balance, mais celui-ci a craqué particulièrement pour Last Night When We Were Young et l’envoûtant The Ghosts of Tomorrow. L’album idéal pour mettre une ambiance feutrée dans vos prochains soupers entre amis.  Normand Provencher

Nos cotes: ***** Exceptionnel;  **** Excellent;  ***Bon;  ** Passable;  * À éviter