Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

Livre

Mademoiselle Samedi soir, roman, Heather O’Neil ****

Cinq ans après sa parution, voici enfin la traduction du deuxième roman d’Heather O’Neill. La Montréalaise a confié la narration de Mademoiselle Samedi soir, chronique du Québec à l’aube du tumultueux référendum de 1995, à Nouschka Tremblay, jeune femme qui cherche à s’émanciper de sa famille dysfonctionnelle, en général, et de son jumeau, en particulier. Le truculent tableau d’un Québec ouvrier — il y a un peu du Tremblay des Chroniques du Plateau et de réalisme magique à la Garcia Marquez là-dedans — se lit d’une traite. L’auteure d’Hôtel Lonely Hearts (2018) sait puncher ses fins de chapitre, a une plume agile, du souffle, une tendresse infinie pour ses personnages et un talent fou pour les images fortes. Il y a quelque chose d’envoutant dans ce roman, à la fois très personnel et, par le fait même, universel. Après 482 pages bien serrées, on en voudrait encore… Je suis soufflé, encore une fois. Éric Moreault 

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Livre

La fille dans l’écran, roman graphique, Manon Desveaux, Lou Lubie ***1/2

Ce récit à quatre mains est particulier à bien des égards. La fille dans l’écran évoque le récit parallèle de Coline, qui vit en France, et rêve de devenir illustratrice, et de Marley, une photographe qui a, peu à peu, délaissé sa passion après s’être installée à Montréal. Manon Desvaux s’occupe de Coline, dans la page de gauche, en noir et blanc, et Lou Lubie de Marley, à droite, en couleurs. Un choix qui évoque autant l’océan qui les sépare que leurs personnalités à l’opposé. La première est introvertie et souffre de crises de panique qui la paralysent, jusque dans l’expression de son talent évident, alors que la seconde, exubérante, mène une vie sociale trépidante. Les deux jeunes femmes vont peu à peu nouer des liens intimes en s’échangeant des textos (il y a un peu trop d’émoticônes à mon goût)… L’ensemble est un peu prévisible, mais l’originalité du concept, la fraîcheur du récit et la patte des deux illustratrices, différentes mais complémentaires, forment un tout irrésistible. Éric Moreault

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Musique

When We all Fall Asleep, Where Do We Go?, pop, Billie Eilish ****

Pas facile à faire entrer dans une case, cette Billie Eilish. À 17 ans, l’auteure-compositrice-interprète déferle sur la scène pop comme un ouragan. Et elle se permet autant de nous donner froid dans le dos avec la vidéo de la petite bombe Bury a Friend que d’ouvrir son premier album complet sur ses bruits de bouche alors qu’elle retire son appareil dentaire en rigolant. Entre ces deux extrêmes, la Californienne brode avec son frère un univers pop touffu et polymorphe, qui mise souvent sur le contraste porteur entre des basses profondes et son timbre aérien. On passe de l’éthéré (Xanny, Goodbye) au percutant (You Should See Me in a Crown), du groovy (All the Good Girls go to Hell) au mélancolique (When the Party’s Over au refrain obsédant). Ponctués d’effets sonores et sur la voix qui lui donne une facture juste assez décalée, cet éclectique ensemble s’avère mélodique et diablement efficace. Geneviève Bouchard

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Excellent ****

Bon ***

Passable **

À éviter  *