Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

WEBSÉRIE

Autour du jukebox, avec divers artistes ***1/2

Quel chanteur est «central» dans les vies d’Ingrid St-Pierre et d’Alexe? Quel air a accompagné Roxane Bruneau lorsqu’elle a fait ses adieux à son défunt chat? Vous l’apprendrez (et bien davantage!) en visionnant la troisième saison de la websérie Autour du jukebox, chapeautée par l’ADISQ et Urbania. Le concept est simple: deux artistes d’ici, un jukebox bien garni de chansons québécoises, une pièce de 25¢ pour en écouter une seule. Le choix provoque questions, confidences, théories… Comme lorsque Hubert Lenoir et Pierre Lapointe évoquent les influences prog d’Amène pas ta gang de Beau Dommage et que le deuxième propose sa lecture de la trame narrative de la pièce: «Moi, je pense que le chum de la fille est gai.» Ou que Klô Pelgag et La Bronze, accessoirement maquillées en Arlequin, passent du côté dansant de l’Infonie à une méprise commune autour des paroles de Kevin Parent. On rigole d’entendre Émile Proulx-Cloutier s’étonner du fait que Tire le coyote ne parle pas comme il chante. Mais au-delà de l’anecdote, ça parle de musique dans ces capsules au fil desquelles les auteurs-compositeurs-interprètes se révèlent de sympathique manière.  Geneviève Bouchard

LIVRE

L’allégorie des truites arc-en-ciel, roman de Marie-Christine Chartier ***

Le résumé ne laissait rien paraître de révolutionnaire: un gars et une fille jouent sur la mince ligne entre amour et amitié depuis trop longtemps. Et le début laissait craindre une bonne dose de clichés: la jeune femme trop souvent blessée qui ne veut pas s’engager, le gars qui enchaîne les histoires d’un soir pour éviter de s’engager. Et pourtant, tous leurs amis ne cessent de leur répéter la vérité qu’ils ne veulent pas voir en face : ils sont faits l’un pour l’autre. On avait envie de dire: «Accouchez, qu’on baptise!» Or, on a fini par se laisser prendre au jeu. Non pas que le suspense soit haletant ou que la fin soit surprenante, mais au fil des pages, l’analyse psychologique s’affine, l’histoire s’approfondit au-delà des clichés, les personnages gagnent en substance et le récit s’avère bien manœuvré pour nous amener au point d’orgue. On apprécie aussi la représentation assez fidèle, sans condescendance ni lunettes roses, de la génération de l’auteure de ces lignes. C’est plutôt rare qu’on réussisse à dépeindre les fameux «milléniaux» sans en faire une caricature ni une glorification, mais un portrait qui sonne juste, tout simplement. Une courte lecture d’été parfaite pour ne pas se casser la tête. Isabelle Houde

MUSIQUE

En cas de tempête, ce jardin sera fermé, album de chansons de Cœur de pirate ***1/2

Trois ans après Roses, sur lequel elle s’était commise dans les deux langues officielles, Cœur de pirate retrouve l’avant-scène avec En cas de tempête, ce jardin sera fermé, un album uniquement francophone et éminemment personnel. Entre les pièces épurées où elle renoue avec la facture piano-voix qui l’a fait connaître et les refrains plus dansants qu’elle a embrassé dans les dernières années (Prémonition en offre sans doute le meilleur échantillon), le cœur de Béatrice Martin balance sur cette collection de chansons. L’auteure-compositrice-interprète livre ici des textes très intimes: le titre Je veux rentrer, par exemple, raconte une agression sexuelle dont elle a été victime. Qu’on aime ou pas le maniérisme qui teinte le chant de Cœur de pirate (ça peut charmer les uns et tomber sur les nerfs des autres…), l’artiste demeure fidèle à elle-même. Et son duo avec le rappeur Loud a le mérite de la sortir un peu des sentiers qu’elle a battus par le passé. Geneviève Bouchard

Nos cotes:  ***** Exceptionnel;  ****Excellent;  *** Bon;  ** Passable;  * À éviter