Mana Sané

Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

Ce qu'on a pensé des derniers films de Mati Diop et Jérémy Clapin, ainsi que du dernier livre de Serge Touchette.

CINÉMA

Atlantique, **, Drame, Mati Diop

En mai dernier, Mati Diop est devenu la première femme noire à être en compétition dans toute l’histoire du Festival de Cannes, d’où la réalisatrice franco-sénégalaise est repartie avec le Grand prix. Sept mois plus tard, je n’ai toujours pas compris le choix du jury. Vrai qu’Atlantique est dans l’air du temps, s’attardant à des jeunes de la banlieue de Dakar qui rêvent d’un monde meilleur. Malheureusement, son histoire de migrants prend l’eau. Le récit décousu embrouille le spectateur, qui doit en plus composer avec un mélange de genres pas toujours heureux, entre fantastique, fable, chronique politique et enquête policière! Ajoutons à ça une histoire d’amour contrariée et de revenants. Ada (la très belle Mama Sané) est amoureuse de Souleimane (Ibrahima Traoré), mais doit se marier à Omar, dont elle ne veut rien savoir... Ensuite, il est question de religion, de famille, du travail clandestin, de la misère, des espoirs impossibles, etc. Mati Diop est tombé dans le piège béant du premier film : vouloir tout mettre. À vous de juger : Atlantique est maintenant disponible sur Netflix.  Éric Moreault

CINÉMA

J'ai perdu mon corps, ****, Animation, Jérémy Clapin

J’ai perdu mon corps a gagné le Grand prix de la Semaine de la critique à Cannes et le Cristal du long métrage au Festival d’Annecy, la référence mondiale en animation. Des récompenses pleinement méritées pour ce film magnifique qu’on peut voir sur Netflix. Cette adaptation fantaisiste du roman Happy Hand de Guillaume Laurant (collaborateur régulier de Jean-Pierre Jeunet) débute avec l’audacieuse évasion d’un hôpital… d’une main! Elle veut retrouver Naoufel. Mais avant, J’ai perdu mon corps nous propose trois récits parallèles : l’enfance insouciante du garçon jusqu’à une terrible tragédie (en noir et blanc); la rencontre du timide jeune homme avec une attachante bibliothécaire et les efforts valeureux de la main pour retrouver son propriétaire légitime. Une histoire charmante, romantique et touchante qui oscille entre le destin et la (mal) chance qui gouvernent nos vies. Superbe!  Éric Moreault

LIVRE

La fesse d’Ellis Valentine, ****, Essai, Serge Touchette

Loin du traité d’anatomie, le titre rigolo du livre de Serge Touchette fait référence à une partie sensible du corps de l’ex-voltigeur des Expos de Montréal, Ellis Valentine, l’un des joueurs les plus doués, mais aussi l’un des plus paresseux à avoir enfilé l’uniforme bleu-blanc-rouge. Affecté à la couverture de l’équipe, de 1975 à 2004, le reporter du Journal de Montréal utilise cette métaphore pour brosser un tableau des petits et grands moments de la concession, déménagée à Washington il y a 15 ans. Au gré de courts chapitres abondamment illustrés, l’auteur renvoie à une kyrielle de souvenirs et d’anecdotes, que ce soit les échanges des joueurs vedettes Rusty Staub et Gary Carter, du coup de circuit crève-cœur de Rick Monday contre Steve Rogers ou le match parfait de Dennis Martinez en 1991. Du bonbon pour l’amateur de baseball qui piaffe d’impatience à la perspective de revoir peut-être un jour nos Z’Amours, dans un hypothétique stade du centre-ville de Montréal...  Normand Provencher