Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

MUSIQUE

Pray for the Wicked, album pop-rock de Panic! At the Disco ****

Treize ans après A Fever You Can’t Sweat Out, une percutante première carte de visite laissée par Panic! At the Disco en 2005, Brendon Urie semble revenir à ses racines avec ce très réussi Pray for the Wicked. Désormais seul membre officiel du groupe, complété par des musiciens invités, le chanteur a-t-il été inspiré par son récent passage sur Broadway dans la comédie musicale Kinky Boots? Plus théâtrale que jamais, cette nouvelle collection de chansons semble en être la preuve. Avec un indéniable sens de la mélodie — alerte au ver d’oreille! — Panic! fait montre d’une volonté d’offrir tout un voyage musical avec cet album tantôt frénétique et enlevant (efficace et bien cuivrée, The Overpass se démarque), tantôt plus emo (la ballade Dying in LA, qui arrive en fin de parcours). Toujours habile dans un registre plus haut perché et avec un sens de la formule qui ne s’essouffle pas, Brendon Urie s’avère une nouvelle fois un redoutable maître de cérémonie. Geneviève Bouchard

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LIVRE

Pacific Bell, roman de Julie Hétu ***1/2

Inspiré d’un stage de l’auteure à La Nopalera, un ranch au Mexique où elle a appris à devenir saigneuse de cactus, Pacific Bell est un entrelacs de ficelles narratives fascinantes. Il y a cette cabine téléphonique au milieu du désert des Mojaves, où les gens livrent des bribes de vie à des inconnus, le récit radiophonique d’une histoire d’amour dangereuse, le conte tragique de la Petite sirène utilisé comme code par une organisation criminelle… Portée par une femme à la mémoire trouée, taraudée par une soif insatiable, l’histoire tient à la fois de la légende, du réalisme magique et du récit de guérilla. La prose de Julie Hétu se lit d’un trait et les images nous reviennent en tête, lorsqu’on est au bord du sommeil. Un livre qui crée d’intéressants reflets. Josianne Desloges 

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MUSIQUE

Bad Witch, album industriel de Nine Inch Nails ***1/2

À l’écoute de Bad Witch, il est évident que Trent Reznor n’a pas dit son dernier mot. Ni joué sa dernière mesure. Sa musique percutante et ses textes, noirs, confrontants et, disons-le, pessimistes, sont plus pertinents que jamais. Ce nouvel essai vient conclure la trilogie depuis l’arrivée d’Atticus Ross après Not the Actual Events (2016) et Add Violence (2017). Bien que l’Anglais collabore avec Reznor depuis 2005, son empreinte sonore est plus évidente depuis son inclusion officielle dans Nine Inch Nails. Les deux premiers morceaux de Bad Witch sont un mélange industriel post-punk à la Downward Spiral (1994), un chaos musical contrôlé de guitare distorsionnée, de beats obsédants et de claviers oppressants. L’instrumentale jazzée Play the Goddamned Part, avec son sax en arrière-plan, et God Break Down the Door ont une grosse dette envers le Blackstar de Bowie. La paire conclut l’effort avec un duo de pièces plus cinématographiques et méditatives. «Time is running out», chante, comme un mantra, Trent Reznor sur Over and Out. Évoque-t-il son destin, le nôtre ou celui de la population mondiale? Éric Moreault

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LIVRE

Parler vrai, essai de Manon Massé ***

Femme politique entière, abonnée au franc-parler, la députée de Québec solidaire Manon Massé se raconte à la première personne dans cet ouvrage où elle revient sur son engagement en politique, fait d’abord et avant tout au nom des laissés-pour-compte. L’ancienne étudiante en théologie, élue pour la première fois en avril 2014 dans la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques, écrit comme elle parle, avec la sincérité du cœur, sans fioritures. Si la politicienne glisse ici et là quelques détails sur sa vie personnelle (dont son homosexualité qu’elle n’a jamais cachée), c’est pour mieux rebondir sur l’importance de la solidarité et d’une société plus juste. À quatre mois du scrutin provincial, le bouquin se veut aussi évidemment une façon pour la députée de mousser la plate-forme électorale de son parti. Normand Provencher

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MUSIQUE


Metaphora, album pop de Jill Barber ***

Ces derniers temps, la trajectoire de Jill Barber n’a rien de rectiligne. Après quelques albums jazzés fort remarqués, la chanteuse canadienne a offert un florilège de chansons françaises (Chansons, 2013), puis un recueil de pièces country folk avec son frère Matthew (The Family Album, 2016). Metaphora se veut, lui, résolument pop. Pas mauvais du tout, mais rien ne distingue ce huitième effort de la masse du genre. En fait, on trouve beaucoup mieux (Florence + The Machine, Christine and The Queens, Lorde, etc.) dans ce créneau. L’écriture, résolument girl power, est au goût du jour sur Bigger Than You et l’entraînante Girls Gotta Do, avec son petit côté rétro (sa version française, Une femme doit faire en finale, est encore mieux grâce à son accent charmant). Mais la voix suave de Barber se retrouve un peu noyée par les arrangements. Sauf sur les morceaux down tempo comme Mercy, une complainte malheureusement banale. Metaphora ressemble aux cocktails estivaux: léger, pétillant, fruité, mais faible en teneur. Éric Moreault

Nos cotes: ***** Exceptionnel; **** Excellent; *** Bon; ** Passable; * À éviter