«The Black Album», le nouvel album de Weezer

Panorama: vu, entendu cette semaine

Musique

Weezer, The Black Album, ***, Pop-rock

Cherchant à élargir sa palette (le groupe à l’univers un brin décalé en est à son sixième disque éponyme rebaptisé d’après une couleur), Weezer a enfin fait paraître son attendu album noir. Cette collection de chansons fait suite à une brochette de reprises plus ou moins percutantes réunies fin janvier sous la teinte turquoise et qui donnait un peu l’impression du prolongement d’une blague : la relecture qui a servi de tremplin à l’aventure (Africa de Toto) est née d’une pétition lancée sur le Web par un jeune fan. Souhaitant rebrasser les cartes, Rivers Cuomo s’est pour la première fois installé au piano pour créer ce qui allait devenir ce Black Album, où les guitares sont nettement moins à l’avant-plan que ce qu’on a pu entendre par le passé. Le groupe a aussi demandé les services d’un nouveau complice, Dave Sitek de TV on the Radio, à la réalisation. Résultat? Quelques perles qui frappent l’imaginaire (difficile de ne pas reprendre en chœur le refrain Die, die, you zombie bastards, plusieurs mélodies qui font mouche, pas vilain dans l’ensemble, mais tout de même inégal. Geneviève Bouchard

Livre

Feu le soleil, *** 1/2, Nouvelles, Suzanne Jacob

Il y avait neuf ans que Suzanne Jacob n’avait pas pris la plume. Un long silence qu’elle rompt avec Feu le soleil. Son court recueil de nouvelles déborde de poésie et d’images fortes. L’auteure de L’obéissance (1991) évoque en quelques phrases — c’est là toute sa force — de grands thèmes : l’amitié qui s’étiole, l’innommable, le rapport à la mère, l’inspiration, la torture, la grande extinction qui nous guette… Pas réjouissant tout ça, penserait-on. Mais la grâce de son écriture et la profonde humanité de son propos agissent comme un baume. Mais c’est surtout la façon dont la gagnante du Prix du gouverneur général, deux fois, évoque le destin de personnages de chair et d’os qui magnifie le propos. Des gens à un carrefour, qui contemplent le chemin parcouru ou celui qu’ils devront désormais emprunter. Feu le soleil se dévore d’une traite ou se savoure, une nouvelle à la fois. C’est au choix du lecteur. Éric Moreault

Cinéma

22 juillet, ****, Drame, Paul Greengrass

Le temps m’avait manqué, peut-être le courage aussi, pour visionner 22 juillet depuis sa présentation en compétition au Festival de Venise. L’implacable et déchirant drame de Paul Greengrass, adapté de L’un de nous d’Asne Seirstad, relate les attentats de 2011 en Norvège. Un loup solitaire y décime 77 personnes, dont une grande majorité d’adolescents réunis sur une île en camp d’été. Le film soulève de grandes questions éthiques. Fallait-il, par exemple, identifier le meurtrier par son vrai nom? Le réalisateur a l’habitude de marcher sur le fil de fer avec le terrorisme — il l’a prouvé avec United 93 et Capitaine Philipps. Et il a pris la bonne décision en montant en parallèle le procès du monstre avec la rééducation, physique et psychologique, de Viljar Hanssen, atteint de cinq balles. Son courageux combat, avec ses hauts et ses bas, nous en dit beaucoup sur la résilience, l’espoir et l’amour, celui d’une famille unie dans le drame. 22 juillet est un film remarquable, sur la montée de l’extrême droite et ses dérives potentielles. À méditer en ces temps troubles. Le film est disponible sur Netflix. Cœurs sensibles s’abstenir (sans sensationnalisme, les scènes du massacre sont néanmoins à la limite du soutenable). Éric Moreault