Panorama: lu, vu et entendu cette semaine

Ce qu'on a pensé de la dernière BD de Sophie Bienvenue et Julie Rocheleau, du Best of 2019 du Courrier international et des derniers albums de Mon doux seigneur et Tim Dup.

LIVRE

Traverser l’autoroute, *** 1/2, BD, Sophie Bienvenue, Julie Rocheleau

Les tentatives d’un romancier à écrire un scénario de BD ne s’avèrent pas toujours heureuses — il faut, entre autres, maîtriser la concision et l’art du dialogue. Sophie Bienvenu (Et au pire, on se mariera) y arrive avec beaucoup de bonheur dans Traverser l’autoroute. D’autant qu’elle exploite avec beaucoup plus d’acuité et de véracité le thème de la crise existentielle du banlieusard surconsommateur qui étouffe dans sa routine que ne l’avait fait récemment Rabagliati avec Paul à la maison. Sens de la répartie et fines descriptions psychologiques sont au service d’une histoire toute simple, celle d’André, qui doit aller chercher un gâteau et donner un lift à son ado de 16 ans qu’il trouve con (c’est mutuel). Il reconnaît, dans le regard de son fils, le mépris qu’il affichait pour son père dans sa jeunesse… Une rencontre inattendue va les bouleverser. Avec les superbes illustrations de Julie Rocheleau, et une belle créativité, le duo livre une œuvre qui se dévore en deux temps, trois mouvements. Éric Moreault

MAGAZINE 

Courrier international : Best of 2019, ****, Actualités, Collectif

Le Courrier international est une lecture obligée pour quiconque s’intéresse à notre monde. Avec son spécial Best of 2019 (un autre titre à la française qu’on ne s’explique pas…), le magazine reprend le meilleur de de la presse étrangère des douze derniers mois. Les terroristes de Guantanamo de plus en plus âgés; la crainte du vaccin contre l’Ebola en République du Congo; un portrait du dirigeant arabe le plus puissant, Mohammed ben Zayed; la mafia italienne qui délaisse la cocaïne pour le secteur alimentaire, autant de reportages inusités et captivants qui sortent des sentiers battus. Avec, en prime, un jeu-questionnaire hyper instructif sur l’actualité internationale. Normand Provencher

MUSIQUE

Horizon, ***,  Folk alternatif, Mon doux saigneur

En annonçant la sortie du deuxième album de Mon doux saigneur, la maison de disques Grosse Boîte a mis la table : des textes ont «été improvisés jusqu’à l’enregistrement, et seront probablement pétris à nouveau pendant les concerts “puisque, dans certains cas, je sais pas encore de quoi ça parle… des fois mon histoire devient meilleure en vieillissant”», a-t-on pu lire à propos du nouvel opus du groupe présidé par Emerik St-Cyr Labbé. Vrai qu’il se dégage une certaine nonchalance de ces nouvelles chansons, ce qui n’est pas nécessairement un défaut. Une indéniable chaleur et une belle cohérence habitent cette sympathique collection mitonnée avec une brochette de collaborateurs. On ne réinvente pas nécessairement les racines folk, mais le tout coule de belle manière. Mon doux saigneur se produira au D’Auteuil le 5 mars. Geneviève Bouchard

MUSIQUE

Qu’en restera-t-il?, *** 1/2, Électro-pop, Tim Dup

Un peu plus de deux ans après Mélancolie heureuse, un premier album complet qui l’a consacré comme une nouvelle sensation de la chanson française, Tim Dup (Timothée Duperray de son vrai nom) a repris l’avant-scène en début d’année avec Qu’en restera-t-il? , une deuxième offrande qui se décline entre douceur et audace. Dans un univers chansonnier qui se rapproche parfois du slam, l’auteur-compositeur-interprète brosse d’une plume dégourdie 13 tableaux musicaux évocateurs, parfois un brin frondeurs, où il détaille des réflexions lucides sur l’état du monde (Songes), évoque des histoires de cœur pas toujours simples (Une autre histoire d’amour) ou rend hommage à la Place de la république (Place espoir). Le tout se pare d’arrangements où les sonorités électro-pop côtoient un piano épuré (Vendredi soir) des envolées de cordes (pièce-titre) ou une envoûtante ligne de trompette (Refuge). Geneviève Bouchard