L'album <em>Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, </em>de Klô Pelgag
L'album <em>Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, </em>de Klô Pelgag

Panorama: lu, vu et entendu cette semaine

Télé

The Eddy ****, Série, Collectif

On peut reprocher bien des choses à Netflix, mais certainement pas les efforts du géant de la webdiffusion pour offrir des œuvres de qualité originales. Parfois des films comme Roma ou The Irishman, d’autres fois une série comme The Eddy, conçue par Damien Chazelle (La La Land). Le récit nous plonge au cœur du Paris multiculturel où bouillonne la vie loin du tourisme. Ex-pianiste vedette, Elliot Udo (André Holland) tente d’y faire survivre une boîte de jazz — The Eddy — après l’assassinat de son partenaire Farid (Tahar Rahim). Secrets inavouables, trafic, conflits, mais aussi amour, amitié et espoir se télescopent dans chacun des huit épisodes consacrés à un personnage-clé. La réalisation vertigineuse de Chazelle, plaçant la musique à l’avant-plan, a donné la note aux deux jeunes cinéastes (Houda Benyamina (Divines) et Laïla Marrakchi (Le bureau des légendes) qui lui ont succédé. Cette magistrale série, qui évoque aussi les difficiles relations père-fille, loge tout en haut du palmarès des meilleures vues en 2020. Éric Moreault

Musique

Monovision ***1/2, Folk, Ray LaMontagne

Monovision est une œuvre de synchronicité. Ces dernières années, Ray LaMontagne s’était aventuré sur les sentiers du rock néopsychédélique avec plus ou moins de bonheur sur Supernova, Ouroboros et Part of the Light. L’Américain a décidé de revenir à son camp de base (Trouble, 2004) avec un album folk dépouillé et indolent, interprété pratiquement seul — et qu’il aurait donc pu enregistrer en confinement. D’où la synchronicité. Mais le son et le ton nous replongent 50 ans en arrière. Comme si LaMontagne avait décidé d’invoquer les dieux de l’époque : Neil Young, Van Morrison, Cat Stevens… Certains ont même évoqué le troisième album de Led Zeppelin. Mouais. Mais il manque à l’interprète à la voix éthérée une passion qu’on entendait derrière chaque inflexion des artistes susmentionnés. Prises une par une, les chansons s’avèrent exceptionnelles. En écoute continue, toutefois, il s’installe un agaçant sentiment de redondance. Un très bon disque, mais pas un classique intemporel comme le souhaitait sûrement Ray LaMontagne. Éric Moreault

Musique

Grand Prix ****, Pop/Rock, Benjamin Biolay

Saupoudré de références automobiles, ce neuvième album de l’auteur-compositeur-interprète Benjamin Biolay ne manque pas de carburant, bien au contraire. C’est un artiste inspiré qui nous revient avec cette collection de chansons qui roule entre la pop et le rock, entre des arrangements de cordes majestueux, des guitares affirmées et quelques accents provenus des machines. Le Français qui partage son temps entre l’Hexagone et l’Argentine prouve qu’il est toujours aussi fin mélodiste et encore meilleur raconteur en chansons (rappelons que notre homme est aussi acteur) : la finale, notamment, sur fond d’une mélancolique saudade et de course automobile, s’avère aussi douce que saisissante. Il est question d’amour, d’un peu de nostalgie et du temps qui passe dans ce Grand Prix aux rythmes d’une indéniable efficacité. Et il y a surtout cette voix, grave et magnétique, qui joue de nuances et qui captive l’oreille au fil des écoutes. Geneviève Bouchard

Musique

Notre-Dame-des-Sept-Douleurs ****, Indie-pop, Klô Pelgag

D’un album à l’autre, l’univers de Klô Pelgag étonne et prend de l’expansion. L’autrice-­compositrice-interprète à la voix cristalline dépose avec Notre-Dame-des-Sept-Douleurs une autre preuve de son imaginaire sans bornes et de sa créativité débridée. Cette troisième offrande n’est pas née dans la facilité. Sa créatrice a raconté la période d’épuisement qu’elle a traversée. Elle a aussi dit que ces nouvelles chansons lui avaient ni plus ni moins sauvé la vie. Il se dégage quelque chose d’intense et d’immensément libre de ces pièces qui se permettent autant un côté orchestral que Pelgag avait déjà exploré auparavant que des bidouillages sur synthétiseurs, sans qu’on en perde au chapitre de la cohérence. Le liant se trouve dans la personnalité de l’artiste elle-même, qui se révèle plus que jamais dans la vulnérabilité ou dans la force, la plume fertile en images et armée d’un sens aiguisé de la mélodie. Geneviève Bouchard