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Panorama: lu, vu et entendu cette semaine

L'équipe des arts
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Le Soleil
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Livre

Le petit astronaute ****

Bédé, Jean-Paul Eid

Jean-Paul Eid est une figure marquante de la bande dessinée québécoise depuis ses débuts dans les années 1980, notamment pour ses expérimentations stylistiques, comme dans Le fond du trou (2012). Cette fois, il sort sa plus belle plume pour un récit bouleversant et magnifiquement illustré. Le petit astronaute s’attarde au destin d’un enfant atteint de paralysie cérébrale que ses parents ont surnommé Major Tom (en référence à la chanson de Bowie). Juliette, sa sœur aînée, replonge dans ses souvenirs lorsqu’elle visite la maison (à vendre) de leur enfance. Un récit attendrissant en forme d’aller-retour temporels très cinématographiques qui aborde une autre diversité, celle des enfants différents, et le parcours du combattant que mènent les parents. La maîtrise du dessin et des atmosphères s’avère remarquable, mais on sait surtout gré au bédéiste d’avoir fait du Petit astronaute une œuvre sensible, mais sans sensiblerie. C’est très beau.  Éric Moreault

Musique

Cité des Anges *** 1/2

Pop rock, Dan Volj

Il n’y a pas beaucoup de balades sur cet album de Daniel Volj. En fait, il n’y en a aucune et c’est voulu. Les dix pistes que comporte Cité des Anges sont inscrites dans une pop où les claviers et les power chords de guitare sont rois. Une trame issue d’un pop-rock des années 80 entièrement assumée par l’auteur-compositeur-i­nterprète qui a fait les beaux jours du groupe The Box, lui qui tient toujours la basse pour les interprètes de L’Affaire Dumoutier. Sur la pièce Il était une fois, on sent une rythmique à la Bon Jovi alors que sur Je pense à toi ou Toi, on joue dans les platebandes de Simple Mind et des Pet Shot Boys. Pour Je vais te laisser, c’est le jupon de Jean Leloup qui dépasse cette fois. Mais peu importe. Même si Volj n’invente pas la roue, on adore cet espace musical très pop, un peu rock et inscrite sur des accords mineurs. Et vive la Cité des Anges !  Mario Boulianne, Le Droit

Musique

Everyday Son ****

Americana, David Lafleche 

Ses talents musicaux ont pendant longtemps été mis au service d’autres artistes. Voilà que David Lafleche se présente à l’avant-scène, et de fort belle manière. Le musicien nous ouvre son cœur avec ces chansons qui parlent de ses souvenirs, qui s’adressent à sa mère, à sa fille, à son frère, à son père maintenant décédé. On entre dans cet univers en s’y sentant bienvenu. Chaude et intime, la voix de Lafleche nous invite comme dans un secret. C’est très touchant. Et le son country/americana emballe le tout d’une impeccable manière. Ces musiciens (re)trouvés à Nashville ne pourraient mieux traduire le sentiment. Nous voilà dans une bulle chaleureuse, réconfortante et sensible. C’est une vraie rencontre que nous propose cet album. Un humain à cœur ouvert. Et un très talentueux auteur-compositeur-interprète. Geneviève Bouchard

Musique

Les Haut-Parleurs ****

Pop rock, Les Haut-Parleurs

Difficile de dire si l’univers de ces deux musiciens nous manquait ou si c’est la sobriété de la production qui séduit, mais ce premier effort en studio de Pascal Dufour (Les Respectables) et Martin Perreault (Motel 72) est tout à fait réussi. Réuni sous le nom de Les Haut-Parleurs, le duo, qui a collaboré avec l’auteur Robert Rivest, décline une pop-rock aux accents de folk qui vient toucher quelques cordes sensibles. Sur la moitié des pistes, on peut entendre le noyau musical du groupe montréalais The Brooks, ce qui offre cette rythmique très funky. Sur d’autres, les harmonies vocales inspirées de Lili-Ann De Francesco, de Doba et d’Élizabeth Blouin-Brathwaite amènent une touche inattendue de sensibilité. Cette proposition est à ajouter à vos listes de lecture sans hésiter. Mario Boulianne, Le Droit

Livre 

Mémoire brûlée  *** 1/2 

Polar, Scott Thornley 

Dans une petite ville de l’Ontario, MacNeice est appelé à résoudre le meurtre d’une jeune violoniste, dont le corps a été retrouvé dans un chalet, près d’un lac. Les recherches du policier le mèneront sur plusieurs pistes, dont certaines liées à l’Europe de l’Est. Le tout premier livre de Scott Thornley, finalement traduit en français, a tout du parfait polar : un crime horrible quoiqu’ingénieux, une victime intrigante, un détective charismatique à souhait et une enquête qui nous tient en haleine. Même s’il faut admettre que la parlure et les sacres québécois sonnent étranges dans la bouche de policiers ontariens, Mémoire brûlée demeure un ouvrage fort divertissant. Bercé par des airs de musique et le goût de la grappa, on dévore assurément ce roman qui donne envie de plonger dans les prochaines aventures de cet enquêteur qui rappelle vaguement Sherlock Holmes… et James Bond.  Léa Harvey 

Livre 

Wapke *** 

Nouvelles, Sous la direction de Michel Jean 

Innus, Inuk, Atikamekws, Crie, Wendats, Anicinape : ils sont 14 écrivains de différentes nations à avoir imaginé l’avenir. Dans Wapke — qui signifie demain en langue atikamekw —, Joséphine Bacon, Marie-Andrée Gill, Elisapie Isaac, Natasha Kanapé Fontaine, Jean Sioui ou encore Louis-Karl Picard-Sioui projettent leurs lecteurs sur quelques années, voire plusieurs décennies. Avec leurs courtes histoires, ils abordent différents enjeux sociaux, identitaires, religieux ou environnementaux. Comme la plupart des ouvrages de ce genre, le collectif, dirigé par Michel Jean, nous offre surtout l’opportunité de remettre en question notre présent et d’agir en conséquence. En tant que «premier recueil de nouvelles d’anticipation autochtone publié au Québec», Wapke pave la voie à de futures œuvres qui, comme lui, permettront au public d’avoir un nouvel, étrange, mais fascinant point de vue sur l’Histoire grâce à la distance temporelle qu’il procure. Léa Harvey 

Livre 

Le cœur en joue  *** 1/2 

Poésie , Hélène Lépine 

Il est facile de se sentir loin et déconnecté des conflits mondiaux qui font rage sur d’autres continents. Avec Le cœur en joue, Hélène Lépine rend hommage aux femmes qui subissent, depuis dix ans, la guerre en Syrie. En plus de s’imaginer ce qu’elles peuvent vivre et endurer, l’écrivaine rappelle à ses lecteurs la richesse de ce peuple détruit par les attaques. Bien que court, le recueil de soixante-dix pages ne manque pas d’intensité. En nous plongeant dans la vie quotidienne de ses personnages, la poète défait une à une nos barrières. On ne peut donc qu’être touché et sensible face à ces mères, à ces épouses et à ces filles qui tentent de survivre dans les rues d’Alep ou de Damas. Léa Harvey

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LES RECOMMANDATIONS DE LA SEMAINE PRÉCÉDENTE

Musique

Albatross ****

Néoclassique, Simon Leoza

On songe au poème de Baudelaire en lisant le titre de cet album Simon Leoza. On revient au poète à son écoute. Nous voilà devant une véritable invitation au voyage dans ces pièces créées entre le Canada et l’Islande. Nous passons ici de l’intime au grandiose, de l’orchestral à l’électro. Et tout ça se conjugue avec beaucoup de classe. Le compositeur dit vouloir créer des bandes sonores pour des films imaginés par ses auditeurs. Là-dessus, il peut dire mission accomplie. On se laisse porter par ces pièces impressionnistes, mais finement ficelées, avec grand bonheur. La musique est belle, douce… et quand l’électro s’invite, nous voilà ailleurs. Mais le périple est cohérent. Geneviève Bouchard

Musique

Goulet ****

Country, Éric Goulet

Éric Goulet a une passion pour le country. Et elle est une fois de plus contagieuse à l’écoute de Goulet, sa plus récente parution. L’auteur-compositeur-interprète saisit l’essence rassembleuse de ce genre musical, maintes fois revisité. Peut-être parce que nous sommes enfermés depuis trop longtemps, ces chansons d’amour ou de route, même un brin torturées, font du bien à entendre et résonnent encore plus fort. C’est une invitation à l’évasion. Il y a une rondeur franchement réconfortante sur cet album, même quand les thèmes sont plus tristes. Le musicien et réalisateur très prisé va chercher deux collaboratrices, Sara Dufour et Cindy Bédard, pour des duos amoureux aux antipodes, mais tout aussi réussis. Ça se termine sur un plus que réjouissant hommage à un grand, Willie Lamothe. Nous voilà devant une proposition à la fois moderne, mais ancrée dans son histoire et ses références. C’est très beau. Geneviève Bouchard


Musique

Modern Age *** 1/2

Rock, Vanessa Peters

Vanessa Peters n’a rien d’une première venue, mais sa carrière passe un peu sous le radar de ce côté-ci de la frontière. Pourtant, la Texane a quantité d’atout : une écriture agile, une voix chaude et bien définie ainsi qu’une capacité peu commune de proposer des riffs simples, mais accrocheurs. Son sixième album solo, Foxhole Players (2018), s’est attiré bien des louanges. Modern Age devrait séduire tout autant, malgré une production un peu trop polie. En ouverture, la pièce-titre évoque la guitare de Juliana Hatfield, mais en moins énergique. Reproche qu’on peut aussi faire aux intonations de Peters, à la Liz Phair. Yes rappelle d’ailleurs le même genre d’atmosphère musicale et de thématique : peur, refus de la soumission, émancipation, colère… L’auteure-compositrice-interprète ne craint pas d’évoquer l’amour, la perte, la solitude, etc., sous forme de récits, ce qui suppose parfois quelques clichés. N’empêche. Modern Age demeure un album rock «classique», format rare de nos jours. Chrissie Hynde (The Prentenders) ne l’aurait pas renié. Éric Moreault

Livre 

Mukbang ****

Roman, Fanie Demeule 

Mukbang est aussi innovant que dérangeant. Avec ce troisième roman en carrière, Fanie Demeule offre au public une expérience de lecture numérique et inédite sans laisser tomber sa plume grinçante. Divisé en cinq grandes parties, l’ouvrage nous plonge dans la vie de Kim Delorme, alias «KimChiChi», qui souhaite devenir une populaire youtubeuse en réalisant des mukbangs. Ces vidéos, qui consistent à la regarder ingurgiter des quantités impressionnantes de nourriture, nous laissent entre la fascination et le dégoût. En jouant sur cette mince ligne, l’autrice réussit à accrocher son lectorat et à lui faire découvrir toutes les facettes de cet univers lisse sur l’écran, mais trouble derrière la caméra. Que ce soit grâce à ses codes QR qui nous immergent dans la folle culture du web ou grâce au ton juste qu’elle emploie pour décrire ce drôle d’univers. En plus d’être une histoire distrayante – quoique déconcertante, Mukbang est en soi un objet littéraire fascinant. Léa Harvey 

Livre 

Pour l’amour d’Elena *** 1/2 

Roman, Yasmina Khadra 

Après Le sel de tous les oublis, Yasmina Khadra nous revient avec Pour l’amour d’Elena : un ouvrage sensible et humain dont la trame narrative est portée par l’amour. En campant cette fois-ci son roman au Mexique, à Ciudad Juárez, le populaire écrivain propose à ses lecteurs un grand plongeon de 330 pages dans l’univers des cartels où bon nombre de crimes ne cessent de se commettre. Diego, le protagoniste, accepte de sombrer dans cet enfer puisqu’il est prêt à tout pour retrouver sa douce amie, Elena, soudainement portée disparue. Malgré tout le côté sombre de l’ouvrage, on s’accroche à la mission lumineuse, mais tragique, du jeune homme qui s’abandonne lui-même afin de sauver celle qu’il aime depuis la tendre enfance. Fidèle à son habitude, l’écrivain reconnu à l’international nous présente ainsi une œuvre magnifique et touchante qui, quoi qu’un peu longue, souligne la puissance de l’amour. Léa Harvey